Aurait-il fallu qu’il y ait 200 000 autres poireaux à se faire aller la touffe et le ti-drapeau ben gentiment pour que c’eut été plus agréable cette fois-là? À moins de mesurer 2,15 mètres ou d’être monté sur un promontoire – genre gavé de pouvoir – vous auriez pu en voir combien à la fois, des poireaux? 100? 200? Expliquez-moi à quoi auraient servi les autres alors?
À rien, sauf de faire saliver ceux qui regardent la fête de haut. À rien, sauf pour ceux qui s’en remplissent les poches ou le capital politique.
Depuis quelques années, on veut nous faire croire que nous ne sommes plus capables de faire la fête sans festivals. Il semble qu’il nous faille la méga patente, la grosse exagération cosmique, les clôtures, la grosse police. Gna gna! Ma foule est plus grosse que la tieeeenne!
Et quand arrive que deux ou trois innocents prennent un petit coup de trop, qu’il y en ait un ou deux qui perdent les pédales, que ça se tape un peu dessus, personne n’intervient. On regarde en attendant les gros bras de la police : « cachez ce sang que je ne saurais voir! » Et puis on se met à avoir peur de tout, on chigne et on pleure, on fait dans nos petites culottes.
On interdit alors l’alcool, question de ne pas nuire au plaisir des matantes et des mononcs! Question de ne pas faire craquer leurs sourires béats, on les assure d’une sécurité garantie. Le confort et l’indifférence… (c’est le titre si bien trouvé d’un film de Denys Arcand, paru en 1981 à la suite du premier référendum et qui fessait là où ça faisait mal, mais dont plus personne ne parle…).
Allez, tous en rang et à go, riez! On installe le contrôle. On installe l’habitude de l’uniforme. On installe la société de flic, la société de peurs.
Contre, c’est être avec
La contre culture, c’est savoir dire non à ça. La liberté – l’indépendance, tiens, tant qu’on y est – c’est dire non à ça. Je ne dis pas qu’il faut aller provoquer les p’tits flics (quoique, enlevez-moi dix ans…), je dis qu’en tant que citoyens, on a le devoir de dire non en ne se présentant pas et en refusant que nos impôts servent à payer ça.
Refuser ça, c’est s’organiser entre voisins pour se faire une petite fête dans la ruelle la veille de la Saint-Jean. Refuser ça, c’est partir en campagne et aller fêter, vraiment, et à échelle humaine.
Jeudi dernier : fuir Montréal. Enfin, me fuir de Montréal parce que j’avais peur de m’autodéborder. Comme il était hors de question que j’aille me faire fouiller à Québec sous les regards amusés de certains animateurs de radios, j’ai roulé jusqu’au show de la Saint-Jean de mon village d’adoption. Le band s’appelait Chiendent (https://www.facebook.com/pages/CHIENDENT/18040279491). Des jeunes du coin qui ont fait deux disques et qui sont en train de devenir vraiment hot, en dehors des circuits bénis des grands festivals morbides et des grands réseaux de contrôle. Des gars qui font et qui n’attendent pas qu’on leur dise s’ils sont à la mode ou non. Ils font leur musique, leurs textes en faisant résonner notre monde tel qu’il leur apparaît.
Il devait y avoir autour de 150 personnes autour du pont couvert. Pour un Canton qui en compte 450, c’est plutôt énorme. La bière était à 3$ (comme quoi, c’est possible…), le son était bon, le feu de la Saint-Jean était impressionnant et personne ne s’est jeté dedans. Il y avait des enfants, des jeunes, des adultes, des vieillissants (hum) et des vieux. Tout le monde rigolait, on se parlait de nos vies et de nos morts de l’année. On se racontait les choses qui vont bien et les autres qui vont moins bien.
Il n’y avait ni besoin de flic ni d’agent de sécurité.
Et oui : plus la soirée avançait, plus il y avait de gars saouls. Les autres gardaient sur eux un petit œil responsable. Pas besoin de flic pour ça. Ni de personne qui fouille les sacs.
J’en ai même vu qui fumaient des joints. Et personne n’a appelé la police.
La cultuuuure, telle qu’est nous est maintenant vendue et présentée (fourrée dans la gorge, oui) dans cette province de plus en plus triste, est en train de refaire de nous les petits moutons de panurge dociles que nous n’avons finalement jamais cessé d’être : peur de tout et de tous, du moindre poilu et du moindre sac suspect. Proprets, polis, policés, contents d’être enfermés à l’intérieur d’un cordon de sécurité.
Contents et heureux de vivre dans la taule dont nous avons nous-mêmes érigé les murs, entourés des screws que nous payons nous-mêmes.
Vancouver et ses délateurs 2.0, j’en suis certain, c’est moins loin qu’on pense…