1er mai 2012

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La fête des travailleurs, le 1er mai, se célèbre et se chôme de plus en plus à travers le monde et surtout dans la plupart des pays d’Europe. Pas vraiment ici, par contre. Le 1er mai n’est pas un jour férié en Amérique du Nord.

(Photo:Eric Carrière)

Son origine nous vient pourtant des États-Unis où des ouvriers revendiquaient que la journée de travail soit limitée à huit heures. Bien entendu, les entreprises et le gouvernement n’ont pas voulu céder à cette demande farfelue qui ne pouvait qu’avoir de trop grandes conséquences sur l’économie de l’époque, lire sur le remplissage de certains comptes et de certaines poches.

Les travailleurs se sont organisés et ont intensifié leurs moyens de pression. Bien entendu, les premiers ont bafoué les seconds dans tous les médias dont ils étaient propriétaires, dont ils contrôlaient largement le contenu et par lesquels ils diffusaient leurs messages au profit de l’idéologie en place, appelant probablement les arguments des grévistes de l’illogisme, de la paresse et de l’irréalisme social et économique.

Deux ans plus tard, le 1er mai 1886 – parce que la plupart des exercices financiers des compagnies débutaient ce jour-là –, une grève générale est décrétée, à laquelle participent plus de 350 000 travailleurs. C’est à Chicago, avec tous ses ouvriers d’usine, que le conflit se fait le plus vif : la ville des vents devient le siège de la revendication.

C’est là que se concentre le mouvement et deux jours plus tard, une manifestation dégénère et fait trois morts.

Le 4, une manifestation de protestation à ces morts se met en branle. Au moment de sa dispersion, alors que ne restent encore que quelques centaines de participants, un affrontement éclate entre la police et les derniers manifestants. Une bombe explose, des policiers meurent. S’ensuit alors une vraie bagarre qui fait plusieurs morts et où plusieurs arrestations sont effectuées.

Cinq anarchistes sont reconnus coupables. Ils seront pendus, sauf un qui s’est suicidé en prison.

On peut d’ailleurs encore lire, sur une stèle d’un cimetière de Chicago, les dernières paroles de l’un des condamnés : «Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui» http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18860501

À tous les travailleurs, anciens, présents ou futurs, je souhaite une bonne fête des travailleurs.

Que nos conditions de travail s’améliorent, en mémoire de nos ancêtres exploités, afin que ceux qui aujourd’hui voient leurs conditions dépérir puissent ne pas perdre leur dignité, et pour ceux qui, demain, deviendront la force productive de ce monde que nous sommes en train de leur laisser.

Mon amie Élise

Elle m’est apparue pour la première fois en 1985. Elle avait à peine 15 ans, elle était d’une telle sauvagerie, elle était si sale et fière de l’être que j’ai failli l’appeler Carmen, comme la Carmen de Prosper Mérimée, qu’avait rendue populaire le cinéaste Carlos Saura quelques années plus tôt dans ce qui se voulait une allégorie autour des années franquistes dans lesquelles l’Espagne avait été plongée.

J’ai essayé de deviner ce qu’elle pourrait devenir, mon Élise; de quelles opportunités d’amélioration pourrait-elle bénéficier. Que le monde lui réserverait-il?

C’était en 1985 et j’étais déjà convaincu que les problèmes de pauvreté dont elle était devenue mon symbole ne seraient pas réglés. Le monde serait aussi pauvre, aussi sale et aussi sauvage qu’à l’époque où j’observais ma voisine déambuler à Verdun, seins dehors et cuisses au vent. Le monde ne serait probablement pas meilleur, malgré toutes les promesses de nos dirigeants.

Je me suis alors surpris à décrire ce monde, cet univers. Je me suis demandé s’il allait toujours être possible d’y conserver un semblant de liberté lorsque les compagnies et les gouvernements ne rencontreraient plus aucun obstacle qui les empêcherait d’afficher ouvertement leurs relations et leurs niveaux de collusion, lorsqu’il serait clair que plus rien ne remettrait en question leur logique du contrôle, leur emprise sur le discours, sur l’information autant que sur la richesse.

Lorsque le roman Élise est paru, en 2007, je me souviens avoir dit et écrit qu’il tentait de dépeindre « le Québec tel qu’on ne voudrait jamais qu’il devienne. »

Quelle naïveté.

Puis la série Élise est née, en même temps que Coups de tête.

Nous avons cru, avec mes amis et coauteurs Benoît Bouthillette, Laurent Chabin et Alain Ulysse Tremblay, que nous avions encore du temps devant nous. Qu’il était encore temps…

Quelle stupidité.

Si nous avons l’impression d’avoir eu raison en imaginant le monde d’horreur que nous avons dépeint : presque tout ce que nous avons imaginé dans nos romans devient de plus en plus plausible, nous devons avouer aujourd’hui que nous nous sommes joyeusement plantés sur l’époque. Ce qui ne devait arriver qu’au milieu du XXIe siècle se déroule sous nos yeux, aujourd’hui.

Le Québec est devenu tel que nous n’avions jamais voulu qu’il devienne.

Dans une semaine, paraitra le dernier tome de la série Élise, Les derniers vivants, tome que nous avons écrit à dix mains, sous la direction du sublime Maxime Catellier.

Dans ce dernier opus, le Québec est fini. Mort. Presque plus rien n’y existe.

J’espère que dans ce cas nous avons eu tort.

J’espère.

CLAC

Un bruit sec et franc. Celui des mots qui giclent, qui volent, qui trouvent une oreille.

Toute la semaine dernière, j’étais invité d’honneur du Festival la crue des mots, à Mont-Joli et dans toute la région. Le Carrefour pour la littérature, les arts et la culture organisait cette édition du festival où nous nous sommes retrouvés, une trentaine d’écrivains et des centaines de lecteurs, à partager notre amour des mots.

Des dizaines et des dizaines de classes visitées, des ateliers, des rencontres d’auteurs, des soupers littéraires, des spectacles et des cabarets. Samedi soir dernier, à la salle le Colombien, près de 150 personnes s’étaient déplacées pour nous entendre dire nos mots… Dans une municipalité d’à peine 6700 citoyens, attirer 150 personnes pour écouter des écrivains lire leurs textes, c’est un peu comme si on remplissait trois Centre Bell.

Comme quoi, lorsqu’on en fait la promotion de manière efficace et passionnée, la lecture finit par trouver son monde.

Merci au CLAC. Continuez : nous aimons vos bruits secs et francs!

Organisations: Élise, Carrefour, Centre Bell

Lieux géographiques: États-Unis, Cimetière de Chicago, Québec Espagne Verdun Mont-Joli

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