«Quand je suis arrivée d’un quartier où tout le monde était juif, j’ai eu un choc, se souvient-elle. La première semaine où j’étais ici, on m’a traitée de "sale juive". Difficile pour quelqu’un qui n’avait jamais vécu de haine.»
Selon elle, l’intolérance dont est victime sa communauté est injustifiée et ne date pas d’hier. «Des gens nous rendent la vie misérable et ce n’est pas d’hier. N’oublions pas que certaines personnes ont beaucoup souffert, simplement parce qu’elles étaient juives.»
La cohabitation difficile avec les non-hassidim d’Outremont se serait d’ailleurs envenimée au fil du temps. «Je ne peux pas dire que j’ai été victime de plus de propos haineux à mon égard, mais la police vient plus souvent, et il y a plus d’intolérance pour des comportements que nous avons qui sont normaux», juge Hanna.
Au fil de l’entrevue, Hanna s’est employée à déconstruire ce qu’elle considère être des mythes, dont celui des tolérances de stationnement, des écoles et des synagogues illégales.
«Par exemple, durant le Roch Hachana [nouvel an hébraïque], nous ne pouvons pas conduire de voiture ou écrire, il nous est donc impossible de déplacer la voiture. «Quel est le problème?», se demande-t-elle, arguant que les catholiques ont aussi droit à des tolérances de stationnement lors des fêtes de Noël.
Pour Hanna, il n’y a pas de synagogues ou d’écoles illégales à Outremont. «Nos écoles sont absolument légales. Les enfants hassidiques suivent des cours de religion ainsi que les matières séculaires. La majorité parle un français impeccable, et apprend les mathématiques et les sciences.
La femme hassidique soutient, de plus, que les enfants apprennent les valeurs fondamentales de leur religion, soit la modestie et la charité, tout en étant éduqués à servir Dieu. «Ce sont des principes qui sont anciens, mais qui ont encore la même valeur aujourd’hui», révèle-t-elle.
Qui plus est, celle qui a elle-même déjà travaillé dans une école rappelle que le programme TAV (Torah and Vocational lnstitute) est affilié à l’UQÀM et l’Université Concordia et permet aux hassidim d’aller chercher l’équivalent d’une formation collégiale ou universitaire, dans des matières comme l’informatique. Pour Hanna, il est donc faux de prétendre que les hassidim ne savent pas utiliser d’ordinateurs, ou qu’ils ne sont pas informés sur le monde extérieur.
«J’ai fait une petite recherche. Il est vrai que peu de personnes lisent les journaux, possèdent une radio ou regardent les nouvelles, mais il y en a.» Et pour les élections? Votent-ils selon ce que le rabbin leur dit? «Savez-vous ce que le rabbin fait de ses journées? Il apprend la Torah, fait du bénévolat et fournit de l’aide aux couples», exprime Hanna. Peu de chances selon elle qu’il s’intéresse donc vraiment à la politique municipale.
Et les hommes hassidiques, est-ce vrai que la majorité d’entre eux ne travaillent pas? «Comment vivrions-nous? Les miracles n’arrivent pas si souvent que ça», rigole-t-elle.
«Si vous voyez un homme hassidique marcher dans la rue en se parlant à lui-même et en évitant votre regard, ne vous dites pas qu’il est fou. Il travaille sur lui-même et tente d’atteindre un niveau spirituel plus élevé, donne Hanna à titre d’exemple. Oui les hommes [hassidiques] ne parlent pas aux femmes [non-juives], mais ce n’est pas mal. Nous ne faisons que suivre un certain mode de vie.»
Hanna dit avoir eu de manière générale un bon rapport avec ses voisins, même si certains d’entre eux refusent de la saluer ou de répondre à ses sourires.
Elle espère qu’Outremont ne devienne pas un foyer avec un groupuscule d’extrême droite, mais elle est optimiste. «Ça ne peut pas continuer comme ça de toute façon. J’espère qu’ils s’ouvriront les yeux.»
La résidante d’Outremont maintient que sa vie est celle d’une dévotion totale à la famille et à la religion. «Nous n’essayons pas de rendre quiconque comme nous, il ne faut pas essayer de nous rendre comme vous», conclut-elle.