Acte Ier : Les citoyens s’expriment mais ne sont pas entendus
La volonté de vendre l’ancienne maison mère de la Congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (le 1420, Mont-Royal), ce joyau patrimonial, acquis à bon prix par l’Université de Montréal en 2003, est annoncée par la direction de l’Université de Montréal en 2007. Cette décision est décriée au sein de la communauté universitaire. La direction maintient sa décision et annonce en juillet 2008, pendant les vacances universitaires, qu’une offre d’achat conditionnelle a été acceptée.
Le Rassemblement pour la sauvegarde du 1420, Mont-Royal est mis sur pied. Une campagne d’information et de sensibilisation est lancée. Des pétitions et textes dans les grands quotidiens dénoncent cette braderie. La mairie de Montréal choisit de déférer le dossier à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) plutôt que d'aller directement en référendum et de consulter les citoyens d’Outremont.
Lors des audiences de l’OCPM en mars 2009, plus de 70 % des interventions et des mémoires présentés sont défavorables à la vente et à la transformation de cet immeuble patrimonial en condos de luxe par un promoteur privé. La lecture du rapport de l’OCPM révèle que cette instance n’a ni la latitude ni le pouvoir de refuser le projet sur la base des constats des audiences. Tout au plus les commissaires suggèrent-ils timidement à la direction de l’Université de chercher des alternatives (financement de la mise aux normes). Ne faisant preuve d’aucune ouverture ni d’imagination à ce sujet malgré le fait que des fonds fédéraux d’infrastructures sont disponibles, la réponse de cette dernière est immédiate : NON.
Acte II : Les modifications au règlement de zonage ne concernent pas les citoyens
Il est surprenant de constater que la responsabilité et le contrôle de la modification du règlement de zonage d’institutionnel à résidentiel, indispensable pour permettre la transformation du pavillon 1420, Mont-Royal en condos de luxe, appartient au conseil municipal de la Ville centre (Montréal). Les citoyens d’Outremont sont ainsi écartés du dossier tout comme l’ensemble des Montréalais. La mairesse, Marie Cinq-Mars, membre du parti du maire Gérald Tremblay, s’offusque alors du bout des lèvres. Les membres du Rassemblement multiplient les interventions publiques afin que cesse cette privatisation à la pièce du mont Royal, projet par projet, ce qui contrevient à l’esprit même du décret qui a présidé à la création de l’Arrondissement historique et naturel du Mont-Royal en 2005.
Ils déposent des demandes visant le classement de ce patrimoine collectif et des chefs-d’œuvre qu’il contient et ils proposent des mesures favorisant l’accès au flanc nord du mont Royal. Ils alertent le premier ministre, la ministre de l’Éducation, la ministre de la Culture, les députés des autres partis politiques responsables de ces dossiers et les élus municipaux de tous les partis. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, est interpellé plusieurs fois lors de séances successives du conseil municipal. On lui demande de faire en sorte que le conseil municipal sursoie au vote sur la modification du règlement de zonage et que la Ville de Montréal impose un moratoire. Faisant fi du tollé général et de la grogne des citoyens, la décision du conseil tombe : le règlement modifiant le zonage est adopté à la majorité en mars 2010 par le parti au pouvoir.
Entre-temps, la direction de l’Université s’est obstinée à ne pas dévoiler les chiffres invoqués quant aux coûts de mise aux normes – l’inflation a été galopante à ce sujet, les estimés passant de 40 millions à plus de 150 millions en moins de 3 ans !
Acte III : Des citoyens forcent la tenue d’un référendum
Dernier rempart pour contrecarrer ce geste inqualifiable que constitue la privatisation de ce patrimoine collectif : un référendum. Le Rassemblement s’active, poursuit sa campagne d’information et franchit une première étape en obtenant le nombre de signatures nécessaires à l’ouverture d’un registre en vue de permettre la tenue d’un référendum.
La loi portant sur les référendums municipaux est complexe et illisible à un point tel que les avis du personnel du greffe de la Ville de Montréal sur le sujet sèment la confusion. Il faut d’abord qu’un règlement soit adopté par le conseil municipal, règlement qui définira les éléments sur lesquels pourrait éventuellement porter le référendum. L’adoption du règlement est retardée jusqu’à la séance du conseil municipal du 14 juin et l’ouverture d’un registre est fixée au 22 juin. Le choix de cette date tardive est dénoncé puisque plusieurs résidants habilités à voter auront quitté leur appartement ou seront en vacances à l’étranger. Malgré ces protestations, le maire a refusé de reporter l’ouverture des registres au début de septembre. Le mardi 22 juin : 224 personnes habilitées à voter dans les zones concernées doivent signer le registre pour obliger la Ville centre à tenir un référendum. Les citoyens se présentent d’abord par petits groupes, des membres du Rassemblement les accueillent à l’extérieur du lieu de la signature du registre et les informent de la procédure. Entre 17 h et 19 h, la circulation est plus dense autour du 520, chemin de la Côte Sainte-Catherine, les citoyens signent le registre, puis s’attardent à l’extérieur pour faire part de leur mécontentement vis-à-vis de la gestion du dossier par la mairie de Montréal et de l’attitude de la direction de l’Université de Montréal. Après un décompte officiel, le registre compte 278 signatures. La mairie de Montréal n’a plus le choix et ne peut plus se défiler. Elle devra consulter les citoyens d’Outremont au plus tard 120 jours après le 14 juin, date de l’adoption du règlement. Les citoyens des zones concernées ont donc rendez-vous au plus tard le 14 octobre 2010. Souhaitons qu’entre-temps l’offre d’achat soit retirée et que la nouvelle direction de l’Université gère le dossier en mettant de l’avant des valeurs telles que la protection du patrimoine et le développement durable.
Les membres du Rassemblement pour la sauvegarde du 1420 Mont-Royal: Andrea Audet, Danielle Blanchard, René Brault, Micheline Cabana, André-Pierre Contandriopoulos, Denise Courteau, Louis Dumont, Ginette Dupré, Claude Godon, Sylvie Hébert, Michèle Joubert, Pierre Labelle, Jean-Claude Marsan, Elisabeth Papageorges, Isabelle Peretz, Mariette Plante, Madeleine Reid, Madeleine Sauvé, Michel Seymour, Daniel Turp, Denyse Vézina