Oscar Elimby : l’art de Mener autrement

Antoine
Antoine Dion Ortega
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Depuis huit ans déjà, Oscar Elimby sacrifie une bonne partie de ses temps libres pour organiser des pratiques de soccer pour les enfants de 6 à 12 ans. Enseignant la semaine dans un centre de formation professionnelle pour adultes, ce comptable d’origine camerounaise enfile, le samedi venu, sa tenue sportive et court accueillir les dizaines d’enfants qui viennent profiter de ces heures de pratique, entièrement gratuites.

« Honnêtement, je ne sais pas pourquoi je le fais. Ce ne sont pas mes enfants. Je ne gagne rien. Je ne suis même pas payé. Des fois, mes propres enfants, je les mets de côté pour aller me battre pour des enfants dont je ne connais même pas les parents. Mais je crois que c’est ma croyance en cette force. J’aime les enfants, je n’aime pas l’injustice. Je ne tolère pas l’injustice. » (Photo: Denis Beaumont)

Tout a commencé en 2003, à la suite d’une rencontre qu’il fait tout près de chez lui et qui le marquera durablement.

« Un jour, il y avait un jeune qui faisait de la mendicité sur le boulevard Langelier, juste devant le dépanneur, raconte-t-il. Je n’avais jamais vu un enfant [il avait 7 ou 8 ans] faire de la mendicité à Montréal-Nord. C’était un jeune Maghrébin. Je lui ai dit : “Qu’est-ce que tu fais là? C’est ton père qui t’a envoyé ici? “ Il m’a dit non. Alors je lui ai dit : “Fiche le camp d’ici, retourne à la maison.” Il devait être à la maison, plutôt que d’être là à mendier. »

Était-ce parce qu’il s’agissait d’un enfant que M. Elimby s’est permis d’intervenir ainsi? « Même un ado je pourrais lui dire ça, parce qu’il y a toujours des choses qu’il pourrait faire au lieu de faire ça, répond-il. Au lieu de donner, je vais essayer d’aider différemment. Faire quelque chose qui puisse aider la personne plus longuement et qui lui permette d’être autonome. »

C’est alors que surgit l’idée des pratiques de soccer. Déjà à cette époque, M. Elimby travaille, deux semaines par année, comme entraîneur bénévole dans un camp de vacances de la Virginie, aux États-Unis.

« Un ami m’a dit : “Tu vas jusqu’aux États-Unis pour faire ça, mais regarde autour de toi. ” »

Le constat de M. Elimby est simple : « [Les jeunes] veulent mener, ils veulent être des leaders, soutient-il. Alors, plutôt que de voler des petits bonbons dans le dépanneur d’à-côté ou faire des petites bêtises, je ne pourrais pas leur faire faire des activités où ils pourraient mener, mais différemment? Le nom de Mener autrement vient de là : qu’ils soient des meneurs, oui, mais pas dans la rue. C’est pour ça que mon combat pour qu’ils puissent être ailleurs que dans la rue, c’est les gymnases. Les deux sont liés. »

Mener autrement sera incorporé la même année. À la base de l’organisme, il y a le programme sport-école. « Puisque les jeunes ont de la difficulté à l’école, et que le sport, c’est un moyen de les atteindre, pour qu’on puisse les aider et qu’ils restent concentrés à l’école, on va leur proposer des activités sportives. C’est la toile de fonds de Mener autrement. » L’organisme compte actuellement près de 70 enfants, qui viennent jouer les samedis au gymnase de l’école Jules-Verne. L’été, bien sûr, les rencontres se font plus fréquentes, s’étendant aux après-midis de la semaine.

Outre les pratiques « régulières », Mener autrement offre également, le dimanche et grâce au soutien du CLSC Montréal-Nord et de l’organisme Autisme Montréal, un volet pour les enfants présentant une déficience intellectuelle.

Ce qui le pousse à donner autant de son temps? D’abord, l’amour des enfants. Mais, surtout, un dégoût profond pour l’injustice, qu’il dit ne pas pouvoir même sentir. Pas l’injustice qui règne ailleurs, à des milliers de kilomètres d’ici, mais bien celle qui persiste, têtue, à un coin de rue de chez soi.

« Là où je suis, c’est mon monde, dit-il. Je ne peux pas changer le monde ailleurs. Je dois faire ce que je peux faire là où je suis. Un peu comme si j’étais un caillou [jeté] dans la mare, ça va propager des ondes. C’est là où il est tombé, que j’ai de l’influence et où je peux vérifier. Pas à des kilomètres. Les grosses campagnes internationales, ce n’est pas mauvais, il y a des gens qui ont les moyens pour ça. Moi, j’ai déjà du mal à aider les jeunes proches de moi, je ne pourrais pas aider ceux qui sont très loin. »

Oscar Elimby en trois questions

Qui est votre modèle? Mon maître de yoga, Rajinder

Quelle est votre plus grande réalisation? Elle est en cours, je ne l’ai pas encore réalisée! C’est quelque chose qui n’est pas matériel, quelque chose comme la paix intérieure, qu’on peut contaminer aux autres, après

Si vous pouviez changer une seule chose dans le monde? Changer moi-même. Je ne pourrais pas changer quoi que ce soit dans le monde. On veut toujours changer les autres, mais on ne veut pas changer soi-même.

Organisations: école Jules-Verne

Lieux géographiques: CLSC Montréal-Nord, Boulevard Langelier, États-Unis Virginie

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