Bête politique

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Une chronique de Michel Vézina


La semaine dernière, je vous ai dit que je vous parlerais de Trois-Pistoles. J’ai encore besoin d’un peu de temps et un autre sujet s’est imposé à moi. En jargon journalistique, ça s’appelle « tuer la une», mais dans ce cas-ci je ne tue rien, j’anesthésie un court temps : je parlerai de Trois-Pistoles la semaine prochaine, c’est du bonbon politique, ce qui se passe là-bas…

(Photo: archives)

Depuis mercredi dernier – un peu plus longtemps dans le cas de Jean Charest qui a démarré sa cruise au moins trois semaines avant tout le monde –, nous sommes en campagne électorale. Sur une campagne de cinq semaines, ça veut dire que demain, 20% de la campagne sera derrière nous.

Trop tôt encore pour faire des pronostics, mais quand même, une tendance semble se démarquer : Jean Charest est en train de planter tous les autres à plate couture. Et à moins d’un miracle, nous serons coincés pour quatre ans encore avec lui et ses tinamis.

Chaque fois qu’il ouvre la bouche, je ne peux faire autrement, et ce même s’il me fait pousser des poils mauves sur le revers de la main chaque fois que je l’entends, que de reconnaître en lui la bête politique. Jean Charest est né dans la politique. Son père était un conservateur notoire et son grand-père organisateur pour l’Union Nationale de Maurice Duplessis. De toute sa vie, Johnny James n’a rien fait d’autre que de la politique, à part un court stage dans un cabinet d’avocats.

Son lexique est clair et précis, des mots reviennent sans cesse : la rue, le chaos, la loi, l’ordre, la stabilité, la démocratie. Il est a parier qu’un think tank d’une efficacité exceptionnelle travaille d’arrache-pied en coulisses pour garder le discours électoral à l’intérieur de balises très spécifiques, avec en filigrane, des phrases toutes faites qui minimisent ou détournent les critiques qui, ils le savaient tous, étaient pour siffler comme autant de volées de bois verts autour de la tête du chef du Parti libéral du Québec.

Pour l’instant, Jean Charest contrôle sa campagne de main de maître.

Pauline Marois? Elle semble loin d’être prête. Chaque fois qu’on l’entend parler, on l’entend tenter d’étouffer son élitisme, essayer se descendre au niveau de la plèbe. Elle bafouille ou se matantise à un point d’énervement tel qu’elle sonne toujours faux. Ceci dit, ces derniers jours, elle semble comprendre qu’il faut qu’elle laisse la place à ses ténors et lieutenants, les Drainville et autres Lisée.

François Legault? Blanc bonnet, bonnet blanc avec Charest. Même droite conservatrice, même projet de société de riches et de pauvres, mêmes rhétoriques vaguement ressassées et remâchées… Rien à espérer de ce côté, sauf peut-être une division du vote de droite. Et comme l’écrivait Marie-Ève Sévigny sur Facebook : « Legault a été un ministre-catastrophe à la santé et à l'éducation. Imaginez une semaine... en tant que Premier ministre. »

Je comprends que des partis comme Québec solidaire et Option nationale n’ont pas les ressources des trois autres qui sont nettement plus à droite, donc nettement plus à même de lever des fonds. Je comprends aussi que la classe médiatique joue un rôle déterminant dans cette absence de visibilité des petits partis – le choix des télédiffuseurs de ne pas inviter Amir Khadir au débat des chefs le démontre bien.

Ceci dit, ce n’est pas une raison pour qu’il n’y ait pas eu une seule pancarte de QS ou de Option nationale dimanche sur la route entre mon repère et Sherbrooke, alors que tous les autres partis y avaient les leurs.

Le plus grave problème des porte-parole – et de la stratégie de parti – de Québec solidaire est probablement la maladresse absolue avec laquelle ils exposent leurs politiques, la manière qu’ils organisent leur discours pour qu’il soit compris.

Mais pire encore que le manque de visibilité, il faut arrêter de s’adresser aux électeurs comme s’ils s’agissaient de thésards, il faut expliquer de manière compréhensible à tous les Québécois le projet politique de gauche, tout comme les risques que constitue une réélection du Parti libéral, tout comme l’élection d’un gouvernement caquiste ou péquiste.

Québec solidaire doit faire comprendre ce risque aux Québécois, et pour ce faire, doit sortir de Gouin ou du Plateau. Il faut que leur autobus de campagne sorte de la ville et se promène dans les petits villages, il faut que les porte-parole se déplacent en région et s’adressent au monde dans des mots qu’ils peuvent comprendre.

Et peut-être, qu’ils se rendent à Trois-Pistoles, d’ailleurs, tiens... Il y a du travail à abattre, là-bas!

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