La politique et le pouvoir

Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Une chronique de Michel Vézina

Pendant que j’étais en vacances et depuis que je suis rentré, j’ai suivi de loin la patente de Trois-Pistoles. Vous vous souvenez, cette histoire de maire qui coupe le financement d’un événement vieux de dix ans (L’Échofête), parce que Gabriel Nadeau-Dubois y serait présent et qu’il y parlerait de désobéissance civile.

(Photo: archives)

Ça semble simple comme ça, mais c’est d’une grande complexité. Ça semble simple, mais c’est un exemple du fonctionnement de la politique dans nos régions. Dans ce cas-ci, l’exemple est libéral, même s’il semble calqué sur une autre époque, celle d’avant la Révolution tranquille, celle des bouts d’asphalte dans le bois, celle des curés qui disait en chaire que le ciel est bleu et que l’enfer est rouge. Les couleurs ne matchent plus, les curés ne sont plus les mêmes, mais la méthode semble encore prévaloir.

Remontons un peu dans le temps

Souvenons-nous, ce devait être en 2001, du premier projet de harnachement de la rivière Trois-Pistoles. Branle-bas de combat des deux côtés de la paroisse. Il y a ceux qui veulent à tout prix ce barrage : promesse de prospérité économique, promesse d’emploi, de retombées économiques, etc. De l’autre, il y a ceux qui n’en veulent pas : le projet sens le roussi, on va créer un réservoir qui va tuer un écosystème, et aussi parce qu’ils doutent des promesses économiques liées au projet.

En signe de protestation, un gars – Mikaël Rioux – s’accroche au-dessus de la rivière. Des personnalités publiques, sous le chapeau d’Eau secours, prennent position contre le projet de mini centrale et Jean-Claude Germain devient parrain de la rivière. Victor-Lévy Beaulieu, personnage influent et hautement médiatique à Trois-Pistoles, prend le parti des opposants.

Le projet tombe finalement à l’eau et la rivière n’est pas harnachée.

La même année, Mikaël Rioux co-fonde Échofête.

On peut imaginer que les promoteurs et les élus locaux n’aiment déjà pas beaucoup le gars ni son projet de fête d ‘éducation populaire écologiste. D’autant plus que chaque fois que le projet de mini-centrale renaît de ses cendres, ils trouvent Mikaël Rioux sur leur chemin.

En 2009, le maire de Trois-Pistoles  et le député du comté proposent à Échofête de verser à l’organisme tous les profits d’une éventuelle centrale sur la rivière Trois-Pistoles. Belle manière d’acheter le silence… tout en sachant qu’en surévaluant la production et en sous-évaluant la capacité du réservoir, il est très facile de sur ou de sous-évaluer les profits, selon à qui on s’adresse. Mikaël Rioux refuse la proposition.

Jusqu’à tout récemment, la municipalité, ainsi qu’un grand nombre d’institutions locales et régionale, finançaient en partie le festival Échofête.

Trois semaines avant la tenue de l’événement, un article paraît dans un journal local : Gabriel Nadeau-Dubois, « un activiste », viendra faire de la formation à Trois-Pistoles. Une radio de Rivière-du-Loup reprend la nouvelle et compare la présence de GND à celle d’un chef d’Al-Qaida venu entraîner des fidèles. Le ton monte et Mikaël Rioux, toujours président d’Échofête, est convoqué dans les bureaux du maire Jean-Pierre Rioux, président du parti Libéral dans Rivière-du-Loup, organisateur en chef et ancien candidat.

C’est le 10e anniversaire d’Échofête et Mikaël Rioux tient à ce que l’événement se tienne. Il ménage la chèvre et le chou, négocie, et annonce l’annulation de l’atelier sur la désobéissance civile. Il cherche même des carrés verts pour qu’ils puissent s’exprimer dans le cadre de son festival.

Le conseil municipal convoque ensuite les organisateurs du festival pour discuter de la situation. La rencontre doit avoir lieu le 23 juin. Mais, coup de théâtre, le 21, une information coule, un communiqué, déjà écrit et déjà signé par le maire, comme de quoi la Ville et ses partenaires retirent leur participation financière à Échofête. Deux jours avant la tenue de la rencontre… « Un diner de cons, raconte Mikaël Rioux. »

Échofête décide quand même d’aller de l’avant, malgré le manque à gagner provoqué par le retrait des partenaires. À quelques jours de son événement, il est décidé que le festival se tiendra dans la cour du caveau théâtre, l’habituel terrain prêté par la municipalité lui ayant été retiré.

La Sureté du Québec convoque Mikaël Rioux et son équipe pour discuter de la sécurité de l’événement. La municipalité refuse de donner l’autorisation pour fermer la rue, ce qui invalide le permis d’alcool demandé par l’organisation du festival, et du même coup, empêche toute possibilité de revenus autonomes.

Finalement, grâce à une intervention de la Sureté du Québec auprès de la municipalité, le festival s’est tenu quand même, avec un manque à gagner évident.

Pour Mikaël Rioux : « les masques sont tombés : on s’est maintenant à quoi s’en tenir : on va chercher à devenir autonome à 100%, à ne plus compter sur les pouvoirs locaux. »

Bel exemple de gouvernance, vous ne trouvez pas? 

Organisations: Sureté du Québec, Al-Qaida

Lieux géographiques: Rivière Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, Rivière-du-Loup

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires