Sur l'information et sur l'alcool

Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Une chronique de Michel Vézina

(Photo: archives)

Sur l’information

Plutôt que de vous laisser lâchement bâillonner en jouissant d’une liberté sans grandeur, que disons-nous, complice, parce que silencieuse, vous ferez imperturbablement votre devoir, quittes à remplir la prison de vos personnes et agir par ainsi de la plus efficace façon en faveur des libertés de la Presse et de la Nation. Jacques Roumain, in Jacques Roumain, Œuvres complètes (Agence universitaire de la francophonie).

J’oscille de plus en plus librement entre la ville et les bois. À ce temps-ci de l’année, la différence est marquée.

D’abord la température : aucune commune mesure. En ville, le béton et l’asphalte agissent comme masse thermique pour garder les nuits à peine un peu plus fraiches que les jours. Dans les bois, la nuit, il gèle. Là-bas, les arbres sont rouges et jaunes. Dans la nuit de dimanche à lundi, ça a du descendre à -5o. Faut chauffer, avoir de bonnes couvertures et les pipis du matin se font de plus en plus fumants.

Les préoccupations ne sont pas les mêmes : qui dit ville dit rentrée. Où donner de la tête? Entre telle première, tel lancement, tel buzz, telle nouveauté ou tel nouveau projet, le corps et le cœur ne peut faire autrement qu’osciller. Qui dit bois dit travaux. C’est la préparation d’hivernation des maisons, poser les châssis doubles et faire son bois de chauffage. Couper, rentrer, corder… Les vaches sont encore dehors, mais les éleveurs rassemblent les troupeaux et les rapprochent déjà des étables. Les chasseurs inspectent leurs caches, font des tas de pommes et de carottes dans le bois, huilent leurs carabines et affilent leurs couteaux.

C’est la période des abatages et des remplissages de congélateurs. Moi, j’ai déjà des lapins, des poules, une pintade, un coq et un chevreau que je vais partager avec mon ami Desbois, qui lui, commence à avoir hâte d’avoir le temps de finir sa galerie avant qu’il neige et qui, j’imagine, sautille aussi de soirées en premières.

Un peu plus tard cet automne, je vais prendre réception de beaux morceaux de bœufs, de porcs et d’agneaux bios. De quoi éviter les étalages de viandes en plastique jusqu’à l’an prochain.

Nous vivons dans des bulles. Nous ne savons rien les uns des autres.

Pour ne pas agir de la plus efficace façon en faveur des libertés, nous remplissons nos prisons imaginaires de nos plus intimes différences.

 

Sur l’alcool

Comme la tartine, l’ivrogne tombe toujours du côté qui est beurré. Auguste Derrière, in Les moustiques n’aiment pas les applaudissements (Le Castor astral).

Je dévore, je butine, je m’amuse à sortir du monde. En lisant, vous le savez. En écrivant, aussi. Beaucoup ces temps-ci.

J’amorce le dernier sprint d’un roman sur lequel je travaille depuis que j’ai dix-neuf ans. Enfin, je travaille… c’est vite dit. Mettons que j’ai eu l’idée à 19 ans, quand je me suis rendu compte qu’un jour je mourrais.

Je suis athée depuis que j’ai 14 ans. Sur son lit de mort, ma mère, semi comateuse, m’avait avoué, dans un instant de lucidité, avoir peur de la suite, dont elle avait pourtant toujours été convaincue. Ma mère a été croyante toute sa vie, et triste que son fils ait arrêté de l’être si tôt.

J’avais éclaté de rire en lui disant qu’elle n’avait plus le droit de douter. Je lui avais raconté que sa mère, son père et son frère l’attendaient, au paradis, pour Noël (nous étions le 12 décembre). Elle m’avait répondu que je n’y croyais même pas. Je lui avait dis non, mais toi si.

Elle est morte quatre jours plus tard.

Et je suis convaincu qu’elle a été accueillie par sa mère, son père et son frère.

Le cerveau construit les images qu’on veut bien qu’il construise.

Quelles sont les dernières images de celui qui ne croit en rien?

L’athée qui meurt pourrait-il, lui aussi, tomber toujours du côté beurré?

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires