Adieu, Baldwin!

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Je n’arrive pas à dormir.  J’ai su, hier. Mon ami Sébastien qui me l’a appris : Baldwin est mort samedi.

(Photo: archives)

Oh, ce n’est pas comme si on ne l’avait pas vu venir : Baldwin mourrait, aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, depuis la fin juillet.

Cancer du poumon.

Il avait arrêté de fumer il y a quelques années.

Trop tard. Où trop tôt, c’est selon.

J’accuse le coup. J’aimais beaucoup Baldwin.

Fin août, je suis passé le voir à l’hôpital. Couché sous son mince drap bleu pâle d’hôpital, les dentiers enlevés, la barbe plus blanche que blonde, oui, sa grande barbe, sa grande, grande barbe, Baldwin dormait avec les deux mains posées sur le ventre.

Un mage.

Baldwin Baldwin, qu’il disait. Deux fois, pour être sûr que le monde comprenne.

Qu’est-ce tu fais icitte, mon Baldwin?

J’t’en train d’mourir câlisse! C’est pour ça qu’on vient au monde, non?

M’a serré la main très fort. En me scrutant le fond de l’âme avec son regard de ciel.

Pendant une bonne heure, nous avons parlé de vie, de maladie, de pourquoi, de comment c’est arrivé, de son moulin, de son bois et de sa Machine, oui, de sa Machine avec un grand M.

De LA Machine.

La Machine à orgueil.

J’ai connu Baldwin Baldwin il y a une quinzaine d’années. Il était apparu sous notre chapiteau, comme ça, sans avertir, sans s’annoncer, au Cochon Souriant. Il ressemblait comme un frère à un personnage qu’un des comédiens de la gang, Stéphane, avait créé.

Grande barbe blonde et cheveux pareils, chapeau de cuir troué sur la tête, il n’y avait jamais assez de poil pour lui assombrir le regard, pour l’empêcher de rire et d’illuminer nos soirées.

Après le show, il était resté et je lui avais demandé qui il était : Baldwin Baldwin, propriétaire du Haut Saint-François et directeur des ventes des affaires inutiles.

Nous avions ri.

Beaucoup.

Et bu, aussi.

 

Mon ami

Jusqu’à hier soir, j’avais envie de vous parler de Sept-Îles, où j’ai passé 24 heures la semaine dernière. Vous savez comment j’aime vous parler de mes voyages.

Je voulais vous parler du prix des maisons dans l’amorce du plan Nord, de toutes ces langues parlées et entendues, là-bas, des immigrants qui enseignent aux Innus, des Québécois qui ne connaissent pas le Québec. Je voulais vous parler de propreté et de saleté (non, ça n’a rien à voir avec Sept-Îles). Je voulais aussi vous parler de Franco et de Radio-Canada.

Mais ça n’a plus aucune importance, cette nuit quand je ne dors pas.

Mon ami Baldwin est mort.

Quelques mois après qu’il se soit pointé sous notre chapiteau, je suis passé faire un tour chez lui, un jour de février. Baldwin Baldwin habitait dans une cabane toute croche, sur le bord d’un mini réservoir artificiel, une retenue d’eau, un barrage de fermier. Gelé dur.

La cabane devait mesurer douze pieds par seize (4m X 5m, grosso merdo). Il y avait un lit, une table, deux chaises, un poêle à bois et un évier dans lequel l’unique robinet coulait sans cesse pour que ça ne gèle pas. Pour l’eau chaude, la bouilloire. Pour les besoins, dehors.

Comment tu fais, Baldwin, pour vivre ici?

Quand t’auras vécu trente-cinq ans dans une boite de truck, mon homme, icitte, c’t’un château.

Assis à table sans son chapeau il avait l’air de Merlin, oui, j’avoue.

Merci

Ensuite, Baldwin s’est trouvé un ancien moulin, il l’a acheté, s’est construit un appart dedans, a ramassé du vieux bois tout partout et l’a vendu à ceux qui voulaient bien payer cher pour du vieux bois. Du monde de la ville, évidemment.

Baldwin a trouvé sa petite craque à lui dans la vie. Il s’est fait. S’est organisé pour ne dépendre de personne. A été plus brillant que tout le monde. A refusé de se faire fourrer.

Baldwin a aidé beaucoup de monde. À survivre, à se sortir de la merde, à se remettre sur pieds, ou carrément à se mettre sur pieds.

Et il a aussi sauvé des vies. Au moins une, en tous cas.

La mienne.

À l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, vers la fin août, après une heure à parler de tout et de rien, il a bien fallu quitter, partir, reprendre nos vies.

C’est court la vie, Mich! C’est ben trop court…

T’as fait des bonnes choses, Baldwin… Au moins une bonne chose, en tous cas… Pis j’t’ai jamais remercié pour ça. Tu m’as sauvé la vie, mon chum. Merci…

Baldwin a éclaté en sanglots. Je l’ai serré fort dans mes bras et on a pleuré ensemble quelques minutes. Quand on s’est calmé, Baldwin m’a regardé dret dans le fond de l’âme avec ses yeux bleus et m’a dit : c’est dur en crisse, Mich, c’est dur en crisse.

Salut Baldwin. C’est dur juste pour nous, là. Toi, c’est fini, t’as plus mal nulle part.

Repose, mon ami, repose…

 

Organisations: Radio-Canada

Lieux géographiques: La Machine, Sept-Îles, Innus Québec Merlin

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Commentaires

Derniers commentaires

  • Sonia
    29 octobre 2012 - 23:33

    Baldwin Baldwin était un original, un être unique qui a tracé son propre chemin. Je passais souvent devant son 'domaine' car mes parents demeurent à Bury. Dernièrement alors que je savais qu'il était malade, je me disais que lorsqu'il quitterait pour de bon, cela ferait un grand vide à Bury et bien plus loin encore. Ca m'a fait tellement de peine de savoir qu'il était malade et c'est une grande tristesse d'apprendre qu'il est décédé.

  • R.Roy
    29 octobre 2012 - 19:32

    Mon souvenir de toi c'est dans les années 70 ou on fesait de la moto et trippait ensemble dans le même patelin toi avec ton Norton et moi avec ma BSA avec bien des chums qui se souvienne bien de toi, repose en paix.

  • DENIS TURCOTTE
    26 octobre 2012 - 05:34

    Baldwin Baldwin ! Quel personnage, son look bien a lui qui a su traverser le temps .Il ne fallait qu'un regard de Baldwin pour comprendre et surtout voire toute la profondeur de cet homme .Moliere n'a pas invente de mot pour d'écrire qui il était vraiment.A Gilberte sa mere (qu'elle grande dame) et a toute la famille je souhaite mes condoleances.Baldwin tu as été et tu restera toujours un model d'humilité a suivre je t'aime mon amie.

  • Daniel Gendron
    25 octobre 2012 - 20:29

    Etre de mystère, de vécus inconnus et d'intensité n'appartenant qu'à toi. Certaines cités, certaines personnes, certains journaux t'ayant abrités savent... Je te salut et t'embrasse. D'une grande tendresse... Daniel

  • Ernesto de Panamá
    25 octobre 2012 - 20:20

    Baldwin Baldwin, mon beaufrère, pour moi il a été un personnage de la bible, omble, intégre, devoué pour ceux qui le besoin était une priorité, prêt à aider tout le monde et donner ce qu'il n'avait pas. Je n'ai jamais connus quelqu'un aussi généreux que mon beau frère. Merci Baldwin de m'avoir permis de partager de beaux moments avec moi et me laisser comme héritage ton ouverture d'esprit et comprehension de la vie. Je t'aime vraiment, Ernesto

  • Annie Beaudoin
    25 octobre 2012 - 19:34

    Bonjour Michel, merci pour ce bel article écrit pout mon oncle que j'aimais de tout mon coeur. J'aimerais beaucoup vous serrer la main si vous êtes des nôtres aux funérailles samedi, Merci ! Annie Beaudoin

  • Monique Lortitch
    25 octobre 2012 - 09:04

    J ai connu Baldwin jadis il y a tres longtemps .....toujours une histoire plus abracadabrante a nous raconter !!!! Que de souvenirs resteront gravés dans ma mémoire et non Baldwin je ne danse pas a soir !!!! love xxxx

  • valérie sanders
    24 octobre 2012 - 21:09

    Baldwin était un de nos voisin un homme droit tout un personnage quelqu'un qui éveillait l'imaginaire de mon fils de trois ans comme personne avec son allure de magicien. Mon fils croyait dur comme fer qu'il était l'acteur de fushia la mini sorcière , un de ses films préférés cette été justement je l'ai croisé au dépanneur du village de Bury ou nous habitons et je lui ait dit combien il comptait pour mon fils.Ils s'est arrêter devant lui ,il la fixé longuement ma demandé son nom je lui ai dit mon fis s'appellait Lancelot il à tripper sur son nom et lui as dit tu vas travailler pour moi lancelot quand tu va être grand!!! Justement ce soir lorsque j'ai endormi mon fils je lui disait comme par hasard qu'il habitait à bury près de baldwin ainsi il ne persrait jamais son chemin car tout le monde connaît baldwin, je croyait du moin tout le monde ici et de partout je me refere toujours à lui pour dire mon adresse.. .

  • Chantal R
    24 octobre 2012 - 20:18

    Balwin bon voyage, je t'aime tu sera toujours une personne inspirante et surtout un être que l'on ne peut juger sans la connaître. Merci pour tout...Tu seras plus qu'une légende pour ton beau coin de pays.

  • Carol C.
    24 octobre 2012 - 19:24

    Merci Mich. Merci Baldwin.

  • Nathalie Lemelin
    24 octobre 2012 - 18:05

    Ce cher Baldwin Baldwin, c'est le cousin de mon père. Il fait parti de ma vie depuis que je suis au monde. Toujours à nous rendre visite quand j'étais petite avec une suprise pour moi. C'est tout un personnage que j'aime profondément. Son départ m'attriste car il avait une belle philosophie de la vie : vivre à fond et en profité. C'est ce qu'il à fait. Repose en paix, je ne t'oublirai jamais. Bizou et câlin le cousin. xxx

  • lolo
    24 octobre 2012 - 14:16

    Allo Micheboule jaime tes textes. Tu me touches tout le temps Lolo

  • Véronique Marcotte
    24 octobre 2012 - 13:21

    Très beau texte, je suis encore toute retournée... Baldwin est un ami de mes parents, je le connais depuis que je suis toute petite. Vous avez bien saisi la personne, c'était quelqu'un d'inspirant... Il m'a beaucoup appris... Bisous Baldwin d'amour....

  • Donald
    24 octobre 2012 - 08:42

    Moi, j'ai connu Baldwin , aussi avec son chapeau et son sourire. Toujours des bonnes histoires à conté, au foire avec son jeu de marteau à sonner la cloche. Il nous a toujours fait rire. Merci . Et repose en paix!

  • gab roy
    24 octobre 2012 - 00:28

    Baldwin était un ami de la famille, on le logeait quand il venait à Mtl. Il était un genre d'oncle pour moi!

  • Jérôme Décarie
    23 octobre 2012 - 20:41

    C'est beau Micheboul! La vie, c'est fait pour mourir. Pis brailler pis rire, entre les deux. Rencontrer du monde qui nous la sauve, c'te vie, du monde qu'on finit par voir mourir, sans trop comprendre pourquoi. Parce que c'est de même. Des fois on a pu envie d'la vivre, pis un Baldwin apparaît pour nous montrer qu'y faut la vivre, pour pas s'laisser avoir, pour voir qu'est-ce qu'y a plus loin... la mort... À bientôt. Profites-en. Jérôme