Annonces gratuites | Enchères en ligne | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne
L'Express d'Outremont / Mont-Royal
Accueil
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

Rostro et moi

par Claude Jasmin
Voir tous les articles de Claude Jasmin
Article mis en ligne le 10 mai 2007 à 10:53
Soyez le premier à commenter cet article
Rostro et moi
Le fantastique violoncelliste Rostropovitch vient de mourir. Paix à ses cendres! Je me suis souvenu: c’était au temps où la SRC télédiffusait des concerts, de la danse, du théâtre universel. C’était au temps où «Bruxelles bruxellait»(cher Brel).

Le brillant réalisateur, Pierre Morin, accueillait avec une joie réelle, une fierté méritée, au studio 42, le très célèbre musicien, et j’étais son scénographe. S’amena donc en studio un haut gaillard, guilleret, humble, rigolard, aux manières polies et familières à la fois. D’une modestie étonnante, il était pourtant une immense vedette, mondialement reconnue.

Autour de lui, plein de monde. Adjoints nécessaires et… ses surveillants. Deux lourds bonshommes. Méfiants. Très attachés à ses pas. Des teignes. Deux armoires à glace… glaciales.

Rostropovitch se montra vite un curieux de tout. Il me questionnait sur tout: sur les poreuses mécaniques, sur les machines des coulisses, les porteuses, sur les éclairages sophistiqués commandés par Morin-le-méticuleux. Énervés par nos échanges techniques, les deux sbires venus d’URSS collaient à nos talons. Peut-être étais-je un agent stipendié par la CIA-RCMP pour faire évader leur grand homme?

Monté à la régie du studio, Rostro examinait le comptoir multi-boutons, la cabine des techniciens, lumières et sons. Le musicien russe, c’était comique à voir, se cognait sans cesse à ses gardiens nerveux et envahissants. Je me souvenais de Béjart, le chorégraphe venu en ce même studio pour – Morin encore – présenter sa Messe pour un temps présent. Même curiosité, même affabilité et même courtoisie chez un type illustre mondialement.

Attitude contrastante avec certaines stars du music-hall d’ici, immodestes et égocentriques. À une pause, le violoncelliste sous haute surveillance – on sait la suite, on sait sa fuite, on sait la rage de l’URSS – décidait de jaser ad lib. Au moment où je veux lui parler de nos musiciens (les Bernier, Mercure, Garant), les vigiles coupent net nos propos et l’entraîne, sans ménagement, dans la solitude de sa loge-lobby. Vraiment sans ménagement. Un vulgaire prisonnier! Malaise de Rostro! Ma tristesse de voir un génie musical empêché de vivre librement.

Viendra 1990, 1991, et viendra la paix, la liberté, le retour en sa patrie pour le lumineux musicien qui avait osé joindre Soljenitsyne. Lui mort, je me suis rappelé ce temps maudit quand la Russie toute entière était un bagne pour ses créateurs. Il va se constituer maintenant, dans le paradis promis aux croyants, un fameux concert et Rostropovitch, toujours curieux de tout, ira examiner les coulisses célestes d’un libre royaume fait de lumières! Dans l’éternité sans gardes aucun!

Vos commentaires

Nom complet:
(requis)


Adresse courriel:


Vos commentaires :
(requis)


Svp inscrire le mot affiché ci-dessus Impossible de lire le mot?

Svp inscrire le mot affiché ci-dessus:


Chez nos voisins


La question du net

  • La crise de Montréal-Nord a-t-elle été bien gérée par les services de police ?
  • Oui
  • Non

Liens