Michel Forgues dirige la troupe des abonnés, en pleine répétition de la pièce Les Géants de la montagne.(Photo: Denis Fortier)
La troupe des abonnés fait une scène
Les 21 et 22 juin, la troupe des abonnés du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) brûlera les planches en présentant Les Géants de la montagne de l’auteur italien Luigi Pirandello. À la levée du rideau, les spectateurs verront une quarantaine de passionnés abonnés se donner la réplique.
La troupe, dirigée depuis quatre saisons théâtrales par le comédien, dramaturge et metteur en scène Michel Forgues, déclamera une traduction unique à ce spectacle, réalisée par la sociologue et traductrice outremontaise Isabelle Perrault.
C’est Lorraine Pintal, la directrice générale du TNM, qui a suggéré à Michel Forgues de monter cette pièce de Pirandello. Heureux hasard, puisque le metteur en scène l’avait déjà travaillée il y a dix ans lorsqu’il travaillait à l’Université de Montréal. Une relecture de Pirandello que M. Forgues adore visiblement.
«J’ai demandé à Isabelle de faire une nouvelle traduction, elle est une très bonne traductrice italien-français. Elle a fait un travail qui est bien en bouche, qui se parle bien et qui est théâtral», raconte-t-il, à propos de son acolyte.
Aussi, confie le metteur en scène résidant du Plateau–Mont-Royal, Les Géants de la montagne est une œuvre certes étrange, mais pleine de couleurs puisqu’elle mélange comedia dell’arte, tragédie et mélodrame.
Une pièce entremêlée de divers styles mais qui n’a pas nécessairement rendu la tâche ardue à Isabelle Perrault. «Ce n’est pas du tout difficile à traduire, sur le plan de la langue, il n’y a rien de dialectal, c’est de l’italien classique. En mettant le texte en français par contre, il faut rendre les énigmes manifestes. La parole du théâtre étant entièrement fabriquée, il faut que ce soit efficace. Ce qui est intéressant aussi c’est qu’il existait environ cinq traductions, en plus de toutes celles qui n’étaient pas publiées. J’ai donc pu comparer, arbitrer et voir les erreurs qui s’étaient transmises d’une génération à une autre», relate Mme Perrault, impliquée dans la troupe des abonnés depuis ses débuts il y a 14 ans.
La pièce
Les Géants de la montagne est l’épopée d’une troupe errante en quête d’un théâtre pour présenter l’œuvre d’un jeune poète suicidé. Par hasard, les comédiens font halte dans une ville abandonnée où le mystère et la magie se côtoient.
Pour M. Forgues, «c’est une pièce qui parle du théâtre et de ce qui se passe dans la psyché des humains. Ce sont tous les thèmes de Pirandello, "Est-ce que le monde de l’esprit et de la matière peuvent cohabiter ensemble?" La réponse de Pirandello est visiblement non et cette pièce est la somme de toutes ces réflexions.»
Aussi, ajoute Isabelle Perrault, le fait qu’il s’agisse d’une œuvre inachevée ajoute à la complexité de l’œuvre. «La nuit de sa mort, Pirandello a raconté à son fils comment devait finir sa pièce. J’ai traduit ce texte et Michel en a fait une adaptation.»
Luigi Pirandello vivait en pleine époque du fascisme, et acceptait difficilement le fait que lorsqu’il a reçu le prix Nobel de littérature, il n’avait que deux amis pour l’accueillir à l’aéroport de Rome. Sa Fable de l’enfant échangé avait été retirée de l’affiche et il était blessé par la tournure des choses. Aussi, l’auteur avait dédié sa pièce à une jeune femme avec qui il entretenait une relation platonique. «La pièce est imprégnée de tout cela», soutient Isabelle Perrault. «L’œuvre n’est pas tant biographique ou anecdotique que testamentaire», ajoute Michel Forgues.
La troupe des abonnés
Pour le metteur en scène, travailler avec une troupe amateur est beaucoup de travail, mais aussi beaucoup de plaisir. «Lorraine Pintal s’est inspirée d'employés de Radio-Canada qui avaient fondé une troupe de théâtre amateur. Elle s’est dit qu’elle allait offrir aux abonnés l’opportunité de vivre l’expérience théâtrale. L’idée est de faire vivre le théâtre dans les meilleures conditions possibles aux gens. Ce sont des gens de tous les milieux qui participent. […] Je me souviens d’un homme venu reconduire sa fille qui participait à une réunion de présentation. Ça fait maintenant deux ans qu’il est dans la troupe avec sa fille!», souligne M. Forgues, le sixième metteur en scène de la troupe des abonnés.
Des anecdotes comme celle-là, Isabelle Perrault et Michel Forgues en ont une tonne, après 14 années d’existence de ce projet un peu fou qui permet, aux dires de M. Forgues, «la mise en commun des individualités.»
Aussi, rappelle Mme Perrault, nombre de personnes découvrent le théâtre professionnel après avoir assisté à du théâtre amateur. Toutefois, la troupe des abonnés est plus qu’une activité de loisir. Auditions, ateliers de mise en scène, d’histoire du théâtre, de jeu masqué, de voix et de dramaturgie, conception des décors, de maquillage et de costumes, les abonnés ne vivent que de théâtre et d’eau fraîche durant quelques mois!
«Le plaisir croit avec l’usage, estime Isabelle Perrault. C’est beaucoup de travail, on se dit à la fin qu’on ne reviendra pas, mais on finit par revenir l’automne suivant.»
Pour la quinzième édition, Michel Forgues voit grand. Commanditaires, donateurs, mais surtout une adaptation de Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges de Michel Tremblay. À suivre!
Les géants de la montagne
Troupe des abonnés
Théâtre du Nouveau Monde
21 et 22 juin à 20h