L’activité organisée par l’Assistance maternelle et la résidence Outremont a permis une rencontre intergénérationnelle et interculturelle empreinte de douceur et d’émotions.(Photo: Éric Carrière)
Des mamies adoptives
Il était impossible de ne pas être attendri à la vue des dames de la résidence Outremont berçant amoureusement des petits poupons, sous l’œil attentif des mamans chinoises, latino-américaines, arabes, indiennes et haïtiennes, le 15 juin dernier.
L’activité, une première à Outremont, a permis de réunir sous le même toit trois générations de différentes nationalités. «On a des grands-mères de souche avec des mamans et bébés immigrants», a dit en souriant Marie Guillemette. Elle est l'une des deux employés de l’Assistance maternelle, un organisme fondé à Outremont en 1912 qui recueille des layettes complètes et neuves pour les futures mamans en difficulté.
Bon nombre des minuscules bonnets et pantoufles sont tricotés par des aînés dans quelques résidences d’Outremont, dont celle nichée au coin des avenues Bernard et Outremont où la rencontre a eu lieu. Ce sont d’ailleurs les dames de cette résidence qui ont demandé à voir les petits chérubins une fois qu’ils allaient naître.
«C’est la première fois que ça se fait, on s’est dit "Pourquoi on ne les ferait pas se rencontrer?"», explique Mme Guillemette qui avait préparé des cadeaux pour les mamans avec le concours de Line Vincelli, infirmière et propriétaire de la résidence Outremont.
Un avis d’ailleurs partagé par cette dernière. «C’est une réussite totale! On réunit à la fois l’interculturel et l’intergénérationnel, c’est merveilleux, dit la dynamique femme. Il y a beaucoup de déprime, de solitude et de dévalorisation chez les aînés. Avec les dames de la résidence, j’ai beaucoup de projets et de buts. Je sais que ce genre d’événement leur rappelle de beaux souvenirs et je voudrais créer un précédent. Ce genre d’activité est magique et stimule les dames, dont leur envie de tricoter!»
Une rencontre touchante et enrichissante
Mme Proulx, 94 ans, était visiblement ravie de câliner les petits poupons qui leur ont rendu visite, même si elle n’a pas tricoté pour eux. «J’ai beaucoup tricoté avant pour mes 10 enfants et mes 13 petits-enfants, mais j’aime beaucoup l’activité d’aujourd’hui. Ça me rappelle des souvenirs et surtout nous permet d’apprécier davantage la vie», raconte celle dont la lucidité et la jeunesse de cœur irradient.
Plus loin auprès de deux dames dans leur chaise berçante, Mouna observe une «grand-maman adoptive» bercer son petit chérubin âgé de 5 mois. Arrivée du Maroc il y a à peine un an et demi, elle est enchantée de participer à une telle activité. «Je suis toujours à la maison, alors ça me change les idées de voir des gens, de discuter avec des adultes et de discuter aussi avec d’autres mamans immigrantes comme moi.»
Chaque année, l’Assistance maternelle aide près de 1500 futures mamans. «Nous n’avons eu aucune difficulté à trouver une douzaine d’entre elles pour venir nous voir aujourd’hui, même si pour certaines cela signifie un long trajet en métro ou en autobus avec la poussette et le bébé, se réjouit Mme Guillemette. Plusieurs n’ont pas de famille ici, et ces dames sont comme des grands-mamans pour leurs petits.»
La rencontre qui a permis à une vingtaine de femmes de différents âges et horizons d’échanger, risque vraisemblablement de se répéter, vu le succès évident de cette première tentative.