Budget 2007-2008: la «petite fierté» de Charles Denis
La semaine dernière (L’Express d’Outremont, 21 juin 2007), le président de l’association libérale d’Outremont, Charles Denis, «auto-congratulait» son parti dont le gouvernement est finalement parvenu à faire voter des baisses d’impôt de 950 millions de dollars. Reprochant aux partis d’opposition d’alimenter «à des fins électoralistes» la polémique autour de cette prétendue «bouffée d’air frais», M. Denis feint d’ignorer que 70% des répondants des multiples sondages sur le sujet ne voulaient pas de ces baisses d’impôt.
C’est que contrairement à M. Denis, la population constate quotidiennement la pression subie par nos services publics et sait trop bien que les augmentations de budget de 6 et 5 % en santé et en éducation couvrent tout juste la hausse des coûts de système. Rien que dans la circonscription d’Outremont, l’Université de Montréal (UdeM) annonçait la semaine dernière un déficit de 19 millions de dollars pour l’exercice financier 2007-2008, ce qui portera sa dette accumulée à 120 millions $. Parions qu’avec de telles «bouffées d’air frais», le méga projet frisant le milliard de dollars dont rêve l’UdeM dans la fameuse cour de triage d’Outremont restera sur la glace encore très longtemps. La seule décontamination des sols fait l’objet d’une demande de subvention fédérale de 30 millions $ qui moisit à Ottawa depuis un bon moment. Et M. Denis a-t-il vaguement entendu parler de l’UQAM, qui cherche une solution au gouffre de 300 millions $ hérité de ses déboires immobiliers dans l’îlot Voyageur et le complexe des sciences? Aussi, les coûts de 1,7 milliard $ du CHUM au centre-ville et de 1,6 milliard $ du CSUM dans la cour Glen ont-ils vraiment fini d’augmenter?
Les citoyennes et citoyens de la circonscription d’Outremont et de l’ensemble du Québec osent encore espérer que leurs élus pensent ce qu’ils disent. Or, après que les trois partis à l’Assemblée nationale aient martelé à l’unisson pendant des années qu’en vertu du déséquilibre fiscal, «les besoins sont à Québec et l’argent est à Ottawa», voilà que le budget Jérôme-Forget lance à tout le monde le message que tous ces beaux discours n’étaient que de la foutaise. Les 700 millions $ provenant d’Ottawa pour contrer ce fameux déséquilibre nous seraient soudainement à ce point inutiles qu’on les cède aussitôt en baisses d’impôt. Ce tout autre point de vue de la population, que M. Denis croit circonscrit aux partis d’opposition et que la ministre Jérôme-Forget qualifiait de «petite fierté» et de «coquetterie», a plutôt des allures de sagesse. Les comparses libéraux de M. Denis auraient intérêt à s’en inspirer.
Christian Gagnon, résidant de Montréal