Kathleen Caillier exposera des tableaux les 25 et 26 août dans le cadre d’un concours organisé par le cimetière du Mont-Royal.
(Photo: Éric Carrière)
L’artiste vagabonde
Originaire de la Louisiane, l’artiste en arts visuels Kathleen Caillier réside à Ville de Mont-Royal depuis près de trois ans. Vagabondant de par le monde en compagnie de son mari, diplomate pour l’administration française, elle a notamment exposé à Montréal avec la Table ronde sur l’art de Mont-Royal (TRAM).
«Quand j’étais petite fille, je ne savais pas que j’allais peindre et exposer. Mais, j’ai dit à ma sœur qu’il fallait que je vois tout avant de partir de Louisiane. Je savais que j’allais vivre dans le monde», confie Mme Caillier.
Née en 1962 au cœur des bayous américains, elle a notamment étudié la médecine en Ohio avant de quitter pour la France à l’âge de 19 ans. «Je suis partie à la recherche de mes racines françaises. Je les ai trouvées en Franche-Comté!»
Passionnée de peinture depuis l’âge de huit ans, l’artiste fait aussi de la photo et écrit de la poésie.
En France, elle a fait des études linguistiques et a travaillé comme professeur et interprète. «J’ai d’abord été expatriée par moi-même. J’ai ensuite rencontré l’homme idéal, mon mari, qui a aussi envie de vagabonder», révèle-t-elle le regard brillant.
Elle a accompagné pour la première fois son mari en poste au Japon. Le séjour a duré cinq ans. Des années notamment marquées par l’art et les matériaux utilisés par les artistes japonais.
Les différentes affectations de son mari l’ont notamment mené quatre ans en Israël et cinq ans en Estonie. Le séjour de quatre ans à Montréal prendra fin l’an prochain et la petite famille, le couple a deux filles, prendra ensuite le chemin de Paris. «Je n’aime pas les déménagements», confie dans un grand éclat de rire l’artiste.
«Il y a des choses qui sont très agréables dans le fait de résider dans un pays. Quand on voyage, on voit des sites magnifiques, mais on ne comprend pas les mentalités. Par exemple, je peux maintenant dire que le Québec est vraiment pittorresque dans sa langue.»
Ses différents pays d’adoption lui ont permis d’évoluer en tant qu’être humain et artiste. «On doit aller dans des endroits différents pour progresser. Une partie de nous grandit à chaque fois.»
Elle a attendu un certain temps avant de présenter ses œuvres au public parce que le travail préparatoire à une exposition demande beaucoup de travail. «Je pouvais peindre et faire mon métier, mais pas exposer parce que cela prend trop de temps.»
Elle estime aussi qu’elle devait être prête à affronter le regard du public avant de présenter ses toiles. «Je savais qu’il fallait que je sois insensible à la critique pour être capable d’exposer un jour.»
Elle a exposé pour la première fois en 1994 au Musée d’art de Setagaya à Tokyo et de nouveau en 1995 et en 1996. Mme Caillier a enseigné l’anglais dans une université japonaise tout en continuant à peindre. Ses œuvres ont aussi été exposées en Israël en 1997 et 1998 et à Tallinn en Estonie. Cinq de ses tableaux sont exposés au Musée d’Air France à Paris. Représentant diverses régions françaises, les toiles visent à encourager les voyageurs à sortir des sentiers touristiques bien connus. À Montréal, Mme Caillier a participé à plusieurs expositions, notamment au sein de TRAM.
Ses différents lieux de résidence ont entraîné l’artiste au cœur de différentes démarches artistiques. «Il y a plusieurs éléments qui influencent mon travail. Par exemple, les limites imposées dans les maisons où j’habite. En Ohio et à Paris, je vivais dans de très petites maisons et je ne faisais plus de peinture à l’huile parce que matériau a besoin d’air et d’espace. J’ai alors redécouvert l’aquarelle et l’acrylique.»
La lumière et certains faits marquants des pays visités imprègnent ses créations. «Depuis que je suis à Montréal, j’ai envie de faire des toiles avec du rouge, du blanc, du or et du noir et j’utilise surtout l’huile ou l’acrylique», relate-t-elle.
Certaines de ses œuvres s’apparentent au pointillisme, à la mosaïque ou aux vitraux des églises. «Pour certaines de mes toiles, je laisse aller un peu le hasard et je trouve ce que je veux dans le tableau selon le "giclage" de la peinture.»
S’éloignant des définitions figées et du cadre rigide souvent imposé par le milieu de l’art, l’artiste combine figuratif et abstrait. «Malheureusement, les galeries obligent les artistes à se fixer un style. Pour moi, mes toiles représentent mes styles», mentionne l’artiste qui ajoute en riant que les collectionneurs japonais étaient un peu déroutés par l’éclectisme de ses œuvres. Elle entend cependant continuer à créer des toiles témoignant de ses différentes recherches picturales. «Je ne travaille pas sur un style à la fois, mais plutôt sur plusieurs. Je peins très vite, je termine souvent un tableau en moins de quatre heures.»
L’artiste a un rituel de création bien particulier. «Je me lève vers 3h du matin sans réveil matin. C’est mon corps qui se réveille. C’est très bien de travailler très tôt le matin, on n’est pas dérangé. Je pense aussi qu’il y a une énergie particulière à cette heure. Je pense qu’on est plus libre à ce moment là.»
L’artiste s’estime comblée par la vie qu’elle mène à Ville de Mont-Royal. «On a découvert Mont-Royal après avoir choisi la maison. La vie est vraiment bien ici avec tous les parcs, les activités et la magnifique bibliothèque.»
Sa participation aux activités de TRAM lui permet de rencontrer d’autres artistes. «Tous les artistes du fait de leur travail se sentent un peu isolé. TRAM organise par exemple des séances de modèles vivants et une sortie à l’extérieur chaque semaine pour peindre.»
Elle émet cependant un bémol en soulignant les obstacles rencontrés pour exposer ses œuvres. «À Montréal, c’est très difficile de faire des expositions. Les galeries d’art ont de longue liste. C’est vraiment un coup de chance, il faut avoir des ailes», raconte l’artiste.
Photographe passionné depuis longtemps, Mme Caillier exposera peut-être un jour ses œuvres photographiques. En attendant, elle désire soumettre de nouveau à l’œil du public ses tableaux. «Je cherche un endroit un peu nu, un loft par exemple pour exposer de grandes toiles.»
Dans le cadre d’un concours organisé par le cimetière du Mont-Royal, Mme Caillier exposera des œuvres les 25 et 26 août au complexe funéraire Mont-Royal. Alors que cinq de ses toiles seront exposées pendant le salon d’automne de TRAM qui se déroulera les 19, 20 et 21 octobre.
(Photo: Éric Carrière)