Elles étaient trois mousquetaires…dont Lucie Lamoureux
Une fondatrice du centenaire Hôpital Sainte-Justine, Mme Beaubien, le proclame dans son testament : «… mes co-fondatrices, Mademoiselle Euphrosine Rolland et Madame Théodule Bruneau …». Cette dernière, Lucie Lamoureux de son vrai nom, était liée de plusieurs façons à Justine Beaubien.
Elle était l’épouse d’un de ses proches parents, médecin en chef de l’Hôtel-Dieu de Montréal. Elle sera la mère d’un chirurgien au même endroit : Jacques prendra la relève de Théodule. Les fondatrices voient donc à la bonne marche de l’hôpital; Lucie Bruneau, pour sa part, de l907 à l934 saura où recruter et canaliser au profit de Sainte-Justine d’essentielles ressources, compétences et expertises médicales.
Elle était donc là, au premier site, en 1907, à l’angle de la rue Saint-Denis et de l’avenue des Pins, dès le début de ‘l’œuvre’. Elle continue avec les autres sur la rue DeLorimier, coin Rachel, dans une résidence plus vaste, cette fois. Elle suivra toujours en 1914 lors du retour sur la rue Saint-Denis, plus au nord. C’était l’époque pionnière et les bénévoles cumulaient toutes les tâches, selon un mode de collaboration pour les trois fondatrices acquis dès leurs études au couvent d’Hochelaga, où elles avaient obtenu leur diplôme en 1895. Lucie Bruneau joue un rôle déterminant dans l’élaboration du cadre réglementaire et juridique de l’hôpital, comme la convention établie avec les religieuses soignantes, ou encore l’obtention de la charte provinciale en 1908. Lorsque Justine Beaubien, qui voyage beaucoup, s’absente pendant de longs mois, c’est elle qui la remplace à la présidence du conseil d’administration.
Et elle en rajoute. Ainsi, en 1925 – c’était l’ère des parcimonieuses subventions publiques – elle organise une collecte de fonds qui, pour une dépense de 253,59$, rapportera 11209,42$, une somme considérable à l’époque. Puis surtout, elle lance en 1926 l’École des enfants infirmes, devenue l’École Victor-Doré. Ainsi, s’ajoutait aux soins hospitaliers la possibilité de s’instruire pour les enfants handicapés suffisamment autonomes.
Cette dernière initiative progressera de façon telle que Lucie Bruneau finira par y engloutir tout son temps et toute son énergie. Tant et si bien qu’en 1934, quittant l’hôpital pour l’école, son départ incitera Madame Beaubien à rappeler une première fois que Madame Bruneau était «une des fondatrices, qu’en maintes circonstances elle a assumé la direction générale de l’hôpital» mais qu’elle se consacrerait désormais à «l’école des Enfants infirmes, au camp Le Grillon et à l’École pour les enfants épileptiques». Ce qu’elle fit pendant près de 25 années. On nommera la Maison Lucie-Bruneau pour handicapés en sa mémoire.
Elle décéda en 1951. La Révolution Tranquille aura à prendre le relais.
(Source: Société d’histoire d’Outremont)