Dans une ruelle près de chez vous!
Le poète chanteur juif anglo, Leonard Cohen, a grandi dans le ghetto riche de Westmount. Hasard de la naissance. Cohen tournera le dos à une vie de pacha assurée dans les usines des parents puissants. Mordecai Richler, le romancier, juif anglo comme Cohen, a grandi dans le très modeste quartier du Mile-End, rue Saint-Urbain, en petit pauvre. Cohen, descendu de sa butte de verdure tranquille, va tenter souvent de nous connaître, nous les gens de la majorité. Pas Richler.
La CBC a mis quatre ans et 7 millions$ pour tourner St-Urbain’s Horseman. Voilà que cette série-télé est refusée par notre réseau français et des Mario Roy publient que «C’est une honte!» Il prétend que c’est la séquence de bataille de rue où Richler nous dépeint en racistes antisémites. Eh! Si Cohen, lui, avait de la sympathie pour nous, Richler n’a jamais cessé de nous diffamer. À Londres, où il s’exila longtemps, ou dans de chics magazines de New York, Mordecai Richler s’acharnait à nous pisser dessus. À ses yeux, il se faisait le héros résistant bafoué par les Québécois —de sinistres demeurés— nous n’étions qu’un tas d’insignifiants, des bornés, des individus louches, les pires racistes et il était fier de brosser ses noirs tableaux.
Ce né Montréalais, unilingue anglais parmi 84% de la population, Richler, voulait que cela se sache dans l’Empire anglo-saxon. Son fort bon talent de romancier lui offrait des tribunes volontiers et il en a profité pour baver son fiel.
Les compères à la Roy d’un «bonententisme» loufoque, veulent oublier le tort considérable que Richler nous fit à l’extérieur en colporteur de ragots sans fondement.
Buveur invétéré, le gaillard du Mile-End, se réinstallant parmi nous, titubera de bar en bar dans l’ouest de «sa» ville en continuant de répandre ses bobards sans cesse.
Cohen, lucide et honnête, devinait bien notre misérable statut de jadis, le colonialisme enduré par les nôtres. Cohen, ami du poète Michel Garneau (qui l’a traduit), parlait français.
«On ne pardonne pas», dit un éditorial de Roy (La Presse), c’est que Richler est impardonnable. Son furieux racisme, si puant envers nous tous, est exactement impardonnable.
Alors, les larmes d’un Mario Roy, ou de quiconque se trouvant pas moins aveuglé et oublieux, sont une parade louche, un paravent suspect. Le masochisme a ses limites.
Que la nation anglaise du Canada dépense 7 millions$ d’argent public pour embellir —embaumer — le monstre raciste, c’est son choix. On nous permettra de féliciter le courage des dirigeants de notre réseau français public de jeter à la poubelle pareille entreprise.