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Un cinéaste vieux jeu : Arcand?

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 16 décembre 2007 à 9:07
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Un cinéaste vieux jeu : Arcand?
Sur le cul, je suis! Sortant contenté du visionnement de L’Âge des ténèbres, tout de même je n’en revenais pas. En 2007, recommander «le retour à la terre»? C’est l’abbé Groulx et les vieux prédicateurs de jadis qui vont se trémousser de joie en leurs tombeaux: «Ce cinéaste affirme qu’on avait bien raison, Canadiens français de retourner à l’agriculture. Nostalgie de nos racines «d’habitant» revenant à la mode? L’Arcand, venu d’un village (Sainte-Catherine-de-Fossambault, je crois ), regretterait son exil, son enfance?

L’excellent acteur, Marc Labrèche, à la fin du film, est montré, calmé enfin, en train de peler des pommes de «che-nous», collaborant aux confitures «bios». On songe aux hippies des années 1960, aux trips souvent foireux à «tomates de Marceau». Ce bureaucrate cocufié quittera son épouse surmenée —excellente Sylvie Léonard— et ses enfants ingrats pour vivre au grand air sain de la campagne. Ce Jean-Marc dépressif, y a vu sa guérison: quitter la bruyante cité, sa grosse maison hypothéquée, l’autoroute bondée et le train de banlieue, le métro saturé. Il va vivre proche du fleuve, à la campagne dans le «camp» de son «popa» et jouir enfin de la vraie vie!

La comique fable filmique (on rit très souvent) de Denys Arcand est claire, elle étonne. Cette solution est une échappatoire très romantique en 2007. En son refuge idéalisé, —est-ce le peintre Cézanne retourné en Provence, refusant Paris et les appuis de Zola?— oui, en sa retraite pastorale, il respire enfin. L’on voit, scène familiale finale, la riche épouse abandonnée, ses filles, qui lui apportent du linge propre. Et ses livres. Imperturbable le héros apaisé ira admirer calmement le bucolique paysage, l’horizon fluvial. Fin.

En résumé, un film étonnant. Comme tout le monde, le cinéaste, historien de formation, est encombré, embarrassé par les temps actuels. Ces inévitables téléphones portables —«ô cellulaires!»— aux oreilles de tant de monde, ses deux rejetons, en sous-sol luxueux à écran large, vissés aux écrans plats pour des jeux vidéos, ces désormais «femmes au travail», ambitieuses comme des «hommes», ce maudit routinier job "steady" à sécurité sociale garantie, où s’épanouissent les tabous dont le très maudit tabagisme tout cela est la dure réalité d’aujourd’hui. Pour les petits bourgeois désormais instruits, diplômés. C’est la «dégénération» —oh! cette chanson passéiste!— survenue depuis que les petits-enfants des agriculteurs vont aux universités. «Maudits progrès» dit le film d’Arcand? Ténèbres maléfiques? La critique sophistiquée de Paris a mal pris cette accusation globale.

En somme, ce film pose: «Comment échapper à notre risible, matérialiste civilisation urbaine?» La réponse d’Arcand: «La campagne!» Certains jugent, comme moi, que c’est bien court. Arcand aurait-il pu trouver une plus moderne «sortie de secours» pour son héros bafoué? Au bout du pèlerinage visuel filmé avec un professionnalisme épatant, car Arcand est surdoué, c’est le vide. C’est cette tragique impasse qui enragera tous les jeunes Cassivi de La Presse. Ce «néantisme» va choquer tous ceux qui réussissent à vivre bien content, bien satisfaits du modus vivendi de 2007.

Le terrifiant diagnostic arcandien est valable, bien mené d’une lucidité justifiée. Mais comme du temps de ce brave Molière, il s’en trouvera pour condamner cette vision. Les avares, les puritains, les précieux ridicules, les «donjuanistes», et autres victimes de turpitudes courantes vont s’écrier: éteignez, assez, insupportable, foin du moraliste (jamais moralisateur Arcand). Plusieurs diront: «C’est un cynique». Allons, on voit bien pire, au théâtre, en littérature, à même la télé parfois. Son lourd constat d’échec ne dérangera que les abrutis.

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