Les premiers réfugiés du climat sur le bord de la rivière Bikshali.
(Photo: courtoisie)
Dans les contrées dévastées
Pour se rendre à Bagerhat, dix heures de voiture. Dix heures de dépassements sur la gauche, sur la droite, entre deux rickshaws. Cinq cents freinages à la dernière minute. Les routes du Bangladesh sont étroites et cahoteuses. Le conducteur ne parvient presque jamais à atteindre la vitesse vertigineuse de 70 km/h. Pas besoin de sport extrême dans ce pays, la conduite automobile procure les sensations recherchées.
Bagerhat donc. Hôtel Al-Amin. La chambre donne pleine vue sur un arrêt d’autobus, klaxons à volonté. L’espace consacré au stationnement dans un pays occidental est ici remplacé par une panoplie de petites baraques de commerçants qui s’empilent les unes sur les autres.
Nous sommes dans cette ville pour constater les dommages causés par Sidr. Dans le District de Kulna, les organisations non gouvernementales fourmillent. Oxfam, Handicap International, Save the Children, CARE, World Vision et bien d’autres s’activent pour offrir un peu de réconfort et de quoi manger aux familles dans le besoin. Elles estiment que de 50 % à 95 % des récoltes de riz ont été anéanties par la vague salée.
Quelqu’un doit se rendre à Barguna, à l’entrée du delta du Bangladesh. Nous sautons sur l’occasion. Encore six heures de transport. En fin d’après-midi, nous sommes sur le bord de la rivière Biskhali à la rencontre de nos premiers réfugiés du climat. Dans le secteur, Sidr a frappé de plein fouet. Aucun arbre n’a amorti sa trajectoire.
Ils attendent tous, près du point de distribution de nourriture financé par la Communauté Économique Européenne. Sultan Ahamed raconte que ce soir-là, il y avait du vent. Les plus futés se sont réfugiés dans des abris anti-cyclones. Le lendemain après-midi, tout était détruit. La tempête n’avait laissé derrière elle que le désarroi des survivants.
Ils sont des milliers à vouloir s’emparer d’une ration. Cette femme a attendu toute la journée pour obtenir un coupon de nourriture, sans succès. Le responsable d’une ONG explique qu’il est extrêmement difficile de s’y retrouver. La dame ment peut-être. Lorsqu’on demande aux victimes si elles ont obtenu de l’aide, elles répondent systématiquement que non. Elles en veulent plus. Compréhensible, quand on a tout perdu.
Une seule nuit à Barguna. Le lendemain, nous prenons la voiture jusqu’à Barishal, puis l’autobus jusqu’au « Bus stand » de Bagerhat. Nous passons les trois jours de congé national dans cet hôtel. Cette année, le 21 décembre, c’est la fête religieuse Eid-ul-Azha pour les musulmans. Le pays en entier est fermé. Nous profitons donc de l’absence des équipes d’urgence pour utiliser Internet et travailler un peu. Mine de rien, on a aussi du lavage à faire... dans la petite chaudière.
Claude Bouchard et Étienne Laberge
(Photo: courtoisie)