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Transcontinental
François Bissonnette Remax
L'Express d'Outremont / Mont-Royal
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Dans les dédales des cités bangladaises

Article mis en ligne le 5 janvier 2008 à 13:00
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Dans les dédales des cités bangladaises
Un rickshaw équipé d’un cornet crache, dans la langue locale, les mérites d’un long métrage dans les rues de la ville.
Dans les dédales des cités bangladaises
Sous promesse d’une ONG de « visiter le terrain » de l’aide humanitaire, nous demeurons à l’hôtel Al-amin de Bagerhat. Peine perdue. Chaque fois la même réponse: « Non, personne ne va sur le terrain aujourd’hui. Peut-être demain. » Et demain : « Ce ne sera pas possible. Les sièges de la camionnette sont tous occupés. Peut-être la prochaine fois. » Suffit, on se pousse. Direction, découverte des alentours.
Nous ne le savions pas, mais Bagerhat n’est pas qu’un carrefour où un million d’autobus repeints à la main rivalisent en décibel de leurs sirènes assourdissantes. Sitôt dépassées les cabanes de tôles qu’ils nomment des commerces, nous passons devant le cinéma. Dehors, une immense affiche du film de l’heure. Sur elle, une sorte de Vin Diesel asiatique en position de combat devant une Bangladaise aux critères de beauté locaux. C’est-à-dire, 30 lb de bijoux, 15 lb en sari et cinq autres en maquillage. Saviez-vous qu’un rickshaw équipé d’un cornet crache, dans la langue locale, les mérites du long métrage dans les rues de la ville?
Portrait type
Il convient ici d’expliquer l’allure typique d’une ville du Bangladesh. Pas de structures en damier comme au Québec. Pas de panneaux de circulation. Pas de trottoirs. Les égouts? À ciel ouvert... Oui, ça sent fort par moment. Parfois, on a pris soin de déposer sur les canalisations malodorantes des dalles de béton afin de faciliter le passage des piétons. Tout comme le reste des infrastructures du pays, ces dalles subissent l’assaut accéléré du temps. Des trous béants laissent échapper l’infect parfum. Ajoutez à ce tableau un chien qui boit le grisâtre liquide.
Les rues principales sont aussi étroites que les ruelles de Montréal, parfois davantage. On évite tant bien que mal les rickshaws. Un mot sur les kiosques qui vendent de la nourriture. Les Occidentaux que nous sommes, habitués au Ajax et à l’eau de javel, n’ont qu’une envie : vomir. Les comptoirs de bois et de verre ruissellent de taches de toutes sortes : graisse, huile, boue. La viande sèche à l’air libre dans la poussière soulevée par les motocyclettes. Les sucreries se présentent comme autant de pistes d’atterrissage pour les mouches et autres bestioles. Les raisins verts suspendus çà et là donnent l’eau à la bouche. Véritable grappe cueillie pour les géants, un coup d’oeil attentif coupe toute velléité gustative. Encore dans ce cas-ci, les chiures de mouche invite à croquer autre chose.

Les bâtiments. Le Bangladesh est sans doute la capitale mondiale de la brique. Dans les milieux ruraux, des dizaines de cheminées ponctuent le paysage embrumé. On y cuit des quantités faramineuses de briques. Celles-ci participeront à diverses constructions : buildings des villes, mosquées, assises des infrastructures routières, digues, etc. Les bâtiments ainsi constitués sont ensuite recouverts d’une sorte de stucco que les hommes enduiront de peinture, habituellement de couleur blanche. Pour une raison que l’on ignore encore, le fini extérieur issu de ce procédé ne dure pas. Le tout architectural donne alors une impression de décrépitude avancée et généralisée.
Mignon comme tout
Mais on ne trouve pas que désolation dans ce pays. En dehors du désastre causé par Sidr et de la saleté omniprésente, le voyageur a tout de même l’occasion de s’extasier devant les innombrables boutiques de matériel textile. Telles de véritables oasis de fraîcheur, les étagères de fibres de toutes les couleurs scintillent du plancher jusqu’au plafond. Cas de figure, la mode bangladaise incorpore sur ses vêtements de minuscules pièces circulaires miroitantes. La majorité des pièces de tissu accrochées devant les vitrines renvoie ainsi mille feux éclatants. Devant le comptoir, deux, trois, quatre, même huit tabourets attendent la femme conquise désireuse d’acheter.
Second baume, les chevreaux. Un peu partout le long des chemins ou au coeur des agglomérations, de minuscules chèvres gambadent au gré de l’ère du temps. À qui appartiennent-elles? Nous l’ignorons. La même dynamique se présente au chapitre des ruminants d’un format plus imposant. Tiens, voilà une vache au milieu de la route. Où s’en va-t-elle comme ça? C’est un mystère. Après tout, ce bovin nous ressemble un peu. Il ne se préoccupe que de ce qui se trouve en avant de lui.
Par Étienne Laberge et Claude Bouchard

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