La coquetterie bangladaise dépasse les saris et scintillants bijoux.
Noix de coco en famille
À la recherche de nouvelles sensations, nous sortons de notre quadrilatère habituel – hôtel, restaurant, stand à bananes. À la grande surprise, Bagerhat n’est pas qu’un coin de rue nauséabond et un arrêt d’autobus bruyant.
Suivant on ne sait trop quel chemin, nous découvrons le centre de l’activité de cette ville où couturiers et marchands de légumes se côtoient. Comme d’habitude, une longue procession d’adultes et d’enfants suivent les deux étrangers. « Mais qu’est-ce qu’ils font dans ce coin perdu ? ». On se posait justement la question ce matin en se réveillant.
Quelqu’un nous suit depuis longtemps. Un homme qui parle anglais veut nous faire visiter le coin. De manière détournée, il souhaite nous mener à son commerce. Étrangement, ce type de personnes se retrouve souvent dans nos pattes. Complet veston et souliers propres annoncent une nuisance potentielle. Question de se tirer d’affaire, nous hélons un rickshaw : destination n’importe où sauf ici !
Du marché bondé de la ville, la rivière mène jusqu’aux champs de riz. Sur le bord des routes sont disposés des abris en paille. Arrêt sur une Bangladaise aux yeux pers. Étonnante. Elle se garde tout de même de montrer ses dents noircies.
Même dans les campagnes, les deux Canadiens attirent l’attention. Sitôt descendue du véhicule, une jeune femme nous emmène de force visiter sa cour arrière. Est-ce une bonne idée ? Ces gens espèrent-ils voler les caméras ? Peu importe. L’occasion de pénétrer dans le quotidien des habitants peu fortunés ne se présentera pas deux fois. Nous franchissons la palissade. On nous montre les champs de riz et les murs endommagés par le cyclone. On ne comprend rien de leur mots, ils ne comprennent pas les nôtres. Un langage s’installe : quelques mots en anglais, d’autres en bengali, des signes et beaucoup d’onomatopées.
La jeune femme ne lâche pas une minute sa nouvelle amie blanche. « bondhu ». Amie. Elle lui serre la main. La tient par les épaules. Elle aimerait tant dire quelque chose qui puisse faire du sens dans la tête des arrivants de l’Ouest.
Ils sont finalement vingt-cinq. Nous sommes là, dans leur univers depuis bientôt une demi-heure. Ils nous offrent de l’eau. Nous ne pouvons pas accepter. Qui sait ce que l’eau renferme ? Fièvre dengue, dysenterie, tuberculose...
Devant le refus, on nous montre les cocotiers. « Coconut ? » Un jeune homme s’approche avec deux noix de coco et une machette. On en croit pas nos yeux. Des grands verres de lait de coco directement de l’arbre. On nous apporte des cuillères pour manger l’intérieur du fruit. La chair est tendre et friable. Étrange mais pas désagréable.
Ce qu’ils ont le sens de l’hospitalité les Bangladais. Ces gens nous invitent même à souper. Ils miment l’action de manger. « Rice ? ». « Na, na. Don nobat ». Merci, Merci, on doit partir maintenant. Le jour descend.
Nous quittons cet endroit avec une seule certitude : nous avons vécu une expérience d’une rare intensité. Eux aussi, par leur curiosité, leurs sourires et leur désir de nous garder plus longtemps. Il y a de ces choses qui n’ont pas besoin d’être dites pour être comprises.
par Etienne Laberge et Claude Bouchard