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Transcontinental
François Bissonnette Remax
L'Express d'Outremont / Mont-Royal
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Épaisses enveloppes brunes!

Article mis en ligne le 19 janvier 2008 à 12:46
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Épaisses enveloppes brunes!
Aspirant artiste, je me consacrais très exclusivement au monde des arts et spectacles. Une passion qui abolissait tout, vraiment tout. Je discernais à peine «l’autre monde», le réel. Mais, ne voulant pas mourir idiot, je navigue désormais sur ce vaste continent, «le réel.» J’en lis des affaires, tenez, une information de la Presse Canadienne (P.C.) me tire l’œil, j’y viens tantôt.

Rêveur donc, paresseux —les mères d’ados savent cela— on chante: «Travailler c’est trop dur» et puis on prend femme et on en a des enfants, alors faut se lever tôt. «Trois fois dix ans», passés aux décors de variétés pour la télé. Le "job steady" où j’ai continué d’ignorer cet «autre» monde, la vie commerciale. Artistes de la Société Radio-Canada (SRC), nous n’avions aucun contact avec les vendeurs de «temps publicitaire», un séparatisme anormal. Ma compagne de vie en fut, jeune secrétaire, de ce monde, y calculant des espaces de studio pour les cigarettes "Player’s" pour la série Les Plouffe.

En ce moment même, partout, des gens cherchent des annonceurs, indispensables à la survie d’une télé, radio, magazine, journal. Bon, quoi cet article de la P.C. Dans une étude —pour le Conference Board— un expert déclare que «Le Canada fait mal sa promotion aux "USA" depuis qu’un nouveau Congrès y détient le pouvoir.» Le Canada-Québec se ferait damer le pion même par le Mexique ou le Chili. Paraît qu’on ne saurait pas faire pression, ni influencer le Congrès (désormais démocrate.) Nous, pourtant «le plus gros partenaire» des "USA"! Nos entreprises ne ciblent pas bien les entrepreneurs américains d’un secteur commun. Je m’instruis ainsi sur «l’autre» monde: 1-Ces démocrates élus vont freiner la folle cadence du libre-échange. Le Canada va pouvoir souffler. 2-Les Chinois sont en voie de devancer le Canada en importations. Une honte!

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—Jeux olympiques bientôt— de «libéraliser» son marché, le Canada-Québec en profitera, car les prix s’ajusteront. J’apprenais. Farouche lutte et perpétuelle. J’ai de l’admiration pour les audacieux entrepreneurs qui donnent des jobs, mais j’en éprouve moins pour les financiers prêteurs d’argent, forcément spéculateurs. L’argent des banques est «à louer», les chers entrepreneurs en ont besoin, mais ces financiers restent sourds à toute solidarité sociale, ne s’activent qu’en vue du fric, «à la hausse». Si ce n’est pas «rapidement rentable», les gros vont fuir. Même toi, même moi, petit bourgeois à REER, souhaitons des profits, pas vrai? Sommes donc des complices du système. Cette dépêche dit: «Vite, allez installer à Washington d’habiles lobbyistes.» Dans ma candeur «d’artissse», je croyais: «Tu présentes un bon produit et bingo!, tu gagnes!» Et bien non, faut faire antichambre, louer (cher) des lobbyistes. La qualité d’un produit? Foutaise! Une autre planète pour l’artiste avec ses tableaux ou ses romans. Le business: une concurrence anormale? Un jeu trouble?

Quoi? L’artiste, lui aussi, devrait s’acoquiner avec «qui il faut», chercher «contacts et réseau», sinon, nada, pas de notoriété? Le talent: une foutaise? Ô Conference Board! Il y une voie rapide pour la consécration, un raccourci pavé de calculs concrets. Oui, j’aime m’informer sur la réalité. Je garde en mémoire le cri du génial Rimbaud exilé en Éthiopie pour «brasser des affaires»: «Me voici à terre avec un dur devoir, étreindre la réalité». Défroqué de poésie, il part vendre des fusils, aura des esclaves et, à sa mère de Charleville, il recommande de «Bien placer l’argent gagné.»

Résumé: nos "businessmen" se font damer le pion et on leur conseille de payer des «grenouilleurs» là-bas à Washington. On songe alors à cette grasse grenouille allemande, l’ex-copain de Brian Mulroney, avec ses enveloppes brunes. Bonne chance organisateurs de fins banquets, de parties de golf, de croisières luxueuses en chic yacht. Nous, ceux de l’autre monde, allons peindre, sculpter, composer des musiques, monter des chorégraphies, rédiger romans ou poèmes et… en baver!

Tenez, ces jours-ci, j’achève un livre de souvenirs, la narration d’un temps où je faisais jouer cinq petits-fils, un roman vrai, celui d’une époque en moniteur de jeux, avoir voulu divertir les enfants de mes enfants. Je le termine sans aucun démarcheur, ni aucun lobby. Ah oui, un autre monde, pauvre candide!

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