Marc Labrèche et le mépris!
Déception encore lors de cette «extase» télévisée? Oui et pour la même raison qu’en regardant le Bye-Bye 2007 de RBO. Parlons mépris. Lequel? Celui de croire que nous sommes tous incapables de rester attentifs à un sketch qui dure au-delà d’une minute. Dans ces deux cas, c’est le mode «clip». Court, punché parfois, mais pas toujours. Résultat: notre Labrèche bien-aimé en une avalanche de propos —de fort bonnes idées souvent— mais illustrés à la va-vite.
Au suivant, au suivant! Cette mode navrante des "quickies" est navrante. On ne retient rien puisque tout n’est que "flashs". Un fatras indigeste! Les scripteurs doivent comprendre et accepter un fait: les gens ne sont pas des abrutis, le public de la télé humoriste sait apprécier un sketch disons de huit petites minutes. Allons: le public peut garder attention à davantage qu’un clip d’une minute. Oui, il y a mépris et, partant, démagogie.
Ce désolant préjugé sur les téléspectateurs fait que d’excellents sujets de caricature, faute d’une élaboration un peu consistante, tournent au carrousel d’images très vite oubliées. Il faut, le lendemain du spectacle «garroché», lire les articles concernant cette sorte de fricassée pour mieux apprécier leurs contenus. On avait tout oublié. Jadis, nous avions droit à des sketches (en ces sortes de revues d’actualités) bien mieux élaborés. Il en résultait un contentement autrement plus solide. Des morceaux d’anthologie télévisuelle le prouvent.
En une heure, à cause des pubs disons plutôt en 45 minutes, ces nouveaux et jeunes idéateurs et scripteurs peuvent très bien n’installer que cinq ou six sketches. Pas 25! Faisant cela dorénavant, le téléspectateur se sentirait moins envahi, débordé, bousculé, il gardera un bien meilleur souvenir, une bien meilleure appréciation du travail fourni. Le talent étonnant d’un Labrèche mérite cela. Les talents des RBO aussi. Le public québécois mérite ce traitement intelligent. Et aussi cette confiance.
La manière «vite-vite» fait qu’un bon livre, un excellent film, se réduit à une mention «pitchée» et qui sera vite noyée dans le flot du «vite-vite». C’est la plongée dans l’infertilité, la perte de temps. Hélas le gaspillage éhonté —au fond— d’une bonne volonté comme devenant hors propos, encombrante, sans cible utile. Ce déjà trop rare temps d’antenne pour la culture en devient futile et réduit à zéro résultat. Tant d’efforts pour soutenir la culture populaire, ou autre, se diluent ainsi en vain commentaires.
Changeons cela: soyez convaincus, producteurs, réalisateurs, que le public n’est pas qu’une girouette incapable de la moindre concentration. Cette conception de l’imbécile téléspectateur est de plus en plus humiliante. Rompez vite avec ces mauvaises manières et plaidez avec moi auprès de vos diffuseurs. Dire carrément que vous voulez respecter l’intelligence du monde qu’on dit ordinaire. Cassez ce vilain moule du clip fastidieux. Un peu de courage que diable! Ne croyez surtout pas les complaisants —et intéressés— qui entourent les artistes.
Nous sommes bien plus nombreux que vous pensez à souhaiter le respect. Le brillant, talentueux Labrèche —comme RBO et tant d’autres humoristes— mérite mille fois que ses scripteurs se forcent les méninges, qu’ils fuient la maudite paresse du «vite-vite». À la télé, personne ne veut de longues démonstrations ou de conférences soporifiques, non, il s’agit de concevoir des sketches un peu consistants et non plus se contenter —paresseux va!— d’une brève volée d’images de 50 secondes pour conter une situation hilarante qui mérite un temps convenable. Qui, le premier, va oser rompre avec cette mode niaise du «paquet en rafale» de clips fuyants? À bon entendeur, tous mes saluts!