Écrivain prolifique, Bertrand Gauthier publie deux ouvrages par année en plus d’aller à la rencontre des élèves lors de ses tournées scolaires.
(Photo: Courtoisie)
Le réfugié poétique de Bertrand Gauthier
«Pour Les Carnets d’un réfugié poétique, je voulais faire un roman pour les adolescents dont le personnage principal serait un gars. Il n’y a pas beaucoup de modèle de gars dans la littérature et quand il y en a ils sont souvent unidimensionnels. Ils portent des anneaux, ils sont rebelles et gothiques! J’ai rien contre cela, mais à un moment donné c’est l’envahissement total.» Les Carnets d’un réfugié poétique: une histoire adolescente éloignée des stéréotypes usuels.
L’écrivain outremontais Bertrand Gauthier est bien connu comme éditeur jeunesse puisqu’il a fondé les Éditions de la Courte échelle. Des générations d’avides lecteurs ont raffolé des personnages d’Ani Croche, des jumeaux, de Zunik ou de Louna.
Le personnage principal du roman Les Carnets d’un réfugié poétique, Volcano alias Maxime-Olivier Belhumeur-Ducharme, veut réinterpréter le monde à sa manière. «Il ne veut pas entrer dans la grande machine et se faire avaler comme son père. Il ne rejette pas son père comme personne, mais pour les valeurs qu’il représente», indique M. Gauthier.
Le roman fait écho à des sujets d’actualité sur la planète et mettent en scène un jeune allumé, épris de culture et qui jette un regard critique sur la société. «On voit comment il perçoit notre société, mais ce n’est pas un journal intime. Les carnets permettent une forme beaucoup plus ouverte», mentionne celui qui a mis trois ans à écrire Les Carnets d’un réfugié poétique.
Qu’est-ce qu’un réfugié poétique? «Maxime-Olivier Belhumeur-Ducharme se réfugie dans la poésie, à l’intérieur de lui-même. Mais par l’art et la création, il réussit à entrer en contact avec l’extérieur, avec sa muse, avec Florence.»
Écrivain prolifique, Bertrand Gauthier publie deux ouvrages par année en plus d’aller à la rencontre des élèves lors de ses tournées scolaires.
Par l’entremise de Maxime-Olivier Belhumeur-Ducharme, l’auteur met en scène les révoltes, espoirs et questionnements de nombreux adolescents. «Pour les ados, on fait surtout du roman du Moyen-âge. On idéalise cette époque avec les chevaliers et les princesses parce qu’on panique sur la nôtre. On oublie que l’espérance de vie au Moyen-âge était de 30 ans!»
Une forme littéraire éclatée
Les Carnets d’un réfugié poétique ne constitue pas un roman traditionnel avec un récit linéaire. Poèmes, haïku, slam, entrevue de 30 secondes, ligne ouverte, dialogue théâtral et journal intime composent différentes pièces détachées du roman.
Ces différents procédés rendent compte de l’éclatement des formes de communication et d’écriture. «Les Carnets d’un réfugié poétique sont particuliers au niveau de la forme. Je prends les outils que les jeunes utilisent et je me les approprie en y intégrant des informations que je trouve intéressantes. De cette façon, je m’en sers à un autre niveau.»
Un exemple? En ne se rendant jamais au destinataire, les courriels sont détournés de leur utilité et prennent une dimension poétique. «Les courriels sont très littéraires. J’ai voulu leur redonner leurs lettres de noblesse.»
Admirateur du slammeur français Grand Corps Malade, l’auteur a composé des raps pouvant être lus ou scandés «puisqu’ils sont très musicaux». Aussi, le bloc littéraire consacré aux lignes ouvertes représente le fond sonore de la société. «Tout est bruyant maintenant et le niveau sonore est tout le temps élevé. On ne murmure plus.»
Les travers de la société
Le Ritalin, la tyrannie de la beauté et de la minceur sont parmi les sujets abordés. Volcano se rebelle aussi contre la cruauté affichée par les dieux.
«C’est une sorte de satire, c’est l’énumération des horreurs qui se passent sur Terre. Il y a 50 ans, j’aurais parlé de Dieu. Maintenant, je parle des dieux. Avec la mondialisation, même les religions se sont mondialisées. Il y a plusieurs dieux, je ne voulais pas faire de discrimination!»
Projets d’écriture
Emballé par l’accueil réservé à son roman, il réfléchit à l’écriture d’un second tome. «J’aimerais écrire Les nouveaux carnets d’un réfugié poétique. Je me donne deux-trois ans pour l’écrire. Je ne veux pas faire exactement la même chose ou retourner dans un récit traditionnel. Il commencerait où l’autre se termine et je pourrais creuser les insécurités de Maxime-Olivier.»
Pour les tout-petits, le prochain Louna Je suis Louna et je suis une étoile du cirque sera sur les rayons des librairies cet automne. Il planche aussi sur l’écriture d’un roman d’épouvante.
D’heureux moment de lecture en perspective pour les jeunes lecteurs friands de l’écriture de Bertrand Gauthier.
(Photo: Courtoisie)