L’ancien porte-couleurs des RCAF Flyers et Outremontais André Laperrière sera intronisé le 12 avril au Temple de la renommée olympique canadienne avec ses coéquipiers pour leur médaille d’or en hockey remportée aux Jeux olympiques de Saint-Moritz en 1948. (Photo: Jacques Pharand)
Réhabiliter un héros
Ça a beau faire 60 ans cette année qu’André Laperrière et les RCAF Flyers ont remporté la médaille d’or en hockey aux Jeux olympiques de Saint- Moritz en Suisse, le résidant d’Outremont et son ancienne équipe ne connaîtront qu’une véritable reconnaissance le 12 avril prochain à Calgary. À cette occasion, M. Laperrière et ses coéquipiers seront intronisés au Temple de la renommée olympique canadienne. Une reconnaissance bien méritée.
«C’est vraiment un honneur. […] Quand nous sommes revenus des Olympiques après trois mois partis en Europe, la folie était un peu retombée et nous n’avons pas été reçus comme nous aurions dus», raconte l’ancien défenseur des RCAF Flyers, rencontré chez lui où il demeure avec son épouse Marthe Sabourin.
Un voyage mémorable
Quand André Laperrière raconte ses souvenirs, ils sont animés d’une telle passion et justesse qu’on a l’impression d’y être, d’avoir été assis dans les gradins de l’aréna..
La seule histoire de son repêchage dans l’équipe vaut le détour. Alors capitaine de l’équipe des Carabins de l’Université de Montréal, un coup de fil a fait basculer l’avenir du jeune homme qui avait alors 20 ans. «Un soir, le téléphone a sonné chez moi. Je ne parlais pas très bien anglais et quelqu’un m’a demandé: "Que penserais-tu de représenter le Canada aux Jeux olympiques? Je te rappelle dans 15 minutes, tu dois me donner une réponse",» se souvient-il. La réponse a été positive et le lendemain, M. Laperrière prenait le train pour New York et hop! Le bateau vers l’Europe.
«Sur le bateau, on jouait au shuffleboard contre les joueurs de l’équipe américaine qui se moquait de nous et nous considérait comme une équipe de second ordre. Finalement, on les a battus», rigole l’ancien défenseur qui était le seul Canadien-Français de l’équipe. L’équipe étant financée par le RCAF (Royal Canadian Air Force), les joueurs s’étaient enrôlés dans l’armée et portaient des uniformes de pilote, sans même savoir piloter!
La partie en finale opposera l’équipe à la Tchécoslovaquie. En fin de match, le gardien a eu une punition, et c’est M. Laperrière qui s’est rendu dans les buts pour remplacer à pied levé Murray Dowey. Une prestation qui leur a sûrement valu de remporter le match…
Au cours de ce voyage qui aura amené l’Outremontais à jouer un peu partout en Europe deux mois durant après les Jeux olympiques, plusieurs histoires demeurent à raconter. Comme cette partie contre la Tchécoslovaquie, équipe a qui le Canada a raflé la médaille d’or en finale. «C’était tout un événement. Les Tchèques voulaient se venger! À Prague, il y avait de la publicité partout annonçant le match, et nous avons joué dans un aréna à ciel ouvert devant 21 000 personnes. Si je me souviens bien, nous les avons battus 5-3.»
Et que dire de leur départ de la Tchécoslovaquie pour se rendre à Stockholm? En pleine période d’ébullition entourant l’entrée du pays dans le camp communiste, les autorités soviétiques ne voulaient pas laisser partir l’équipe. «À cause de nos uniformes et que nous voyagions avec des avions militaires, ils pensaient que nous étions de l’armée. Nous avons eu peur, mais avons réussi à leur faire comprendre que nous jouions au hockey», se remémore-t-il.
Ancré dans son milieu
Après ce voyage formateur et empli de péripéties, André Laperrière est rentré au bercail pour continuer ses études. «J’ai eu des offres trois années de suite des Rangers de New York, mais j’étudiais aux Beaux-arts. Je ne voulais pas une carrière dans le hockey et en plus, ça ne payait pas très bien.»
De fil en aiguille, par le biais de son fils qui a joué au hockey à Outremont, André Laperrière s’est retrouvé instructeur, puis directeur du hockey dans l’ancienne municipalité. «Je me suis fait connaître par la population et cette popularité m’a amené à devenir échevin durant 12 ans pour la ville, où je m’occupais notamment des sports et loisirs.»
Le père de deux enfants, aujourd’hui grand-père de trois jeunes a de plus travaillé longtemps en publicité, et à formé sa propre imprimerie où il a bossé comme artiste. «Ce que j’avais appris aux Beaux-arts m’a beaucoup aidé.»
Aujourd’hui à la retraite, M. Laperrière donne des cours d’aquarelle au Manoir Outremont depuis déjà quelques années, en plus de prendre lui-même des ateliers de peinture. Il n’est pas rare de l’apercevoir peindre dans un des parcs de l’arrondissement, entouré de jeunes «fans». Les murs de sa maison sont habités par ses œuvres, dont une où on le voit dans un parc, entouré d’enfants qui le regardent travailler!
Et le hockey? «Pendant un temps, j’ai joué dans la ligue Dépression, sorte de ligue de garage de luxe, où des joueurs comme Toe Blake et Henri Richard ont fait parti de l’alignement.»
Toujours amateur de ce sport, André Laperrière a vécu sa première blessure au hockey…il y a quelques semaines ! «J’étais au Centre Bell et j’ai reçu une rondelle sur la tête. J’ai fait une commotion cérébrale et j’ai été trois semaines à l’hôpital !», ricane le résidant de l’avenue Wiseman. Et dire qu’à l’époque les hockeyeurs jouaient sans casque… Les temps ont peut-être bien changé, mais M. Laperrière demeure aussi jeune et fougueux que lors de ces beaux jours sur la patinoire.