Gare de triage: les points de vue divergent
À la suite de l’élaboration du plan directeur des espaces de l’Université de Montréal (UdeM), le Syndicat général des professeurs et professeures (SGPUM) a déposé un mémoire visant à encadrer l’aménagement de l’institution. Parmi ses dix recommandations, le SGPUM propose de privilégier la rénovation de l’ancien couvent des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et de céder le développement foncier et immobilier des terrains de la gare de triage à l’un des ordres de gouvernement.
«Le processus menant au plan directeur doit être transparent et doit comprendre un regard critique. Il faut prendre six mois ou un an pour décider ce qui est faisable et pour présenter les options offertes. Collectivement, on va ensuite être en mesure de prendre les meilleures décisions pour l’Université. On ne veut pas qu’il arrive la même chose qu’à l’UQAM, on ne veut pas d’un autre îlot Voyageur», soutient Louis Dumont, président du SGPUM et professeur titulaire à la Faculté de médecine.
Parmi les signataires du document intitulé En quête du meilleur scénario possible. Pour la préservation et l’essor durable du campus de l’Université de Montréal figure Jean-Claude Marsan, professeur à la Faculté de l’aménagement et candidat à la mairie de l’arrondissement pour Projet Montréal lors des élections du 16 décembre.
Dans son mémoire, le SGPUM met en lumière deux points devant guider le développement de l’UdeM: «Garder le cap sur la mission universitaire et favoriser la préservation du patrimoine bâti, dans une optique de développement durable».
Le Syndicat propose aussi de construire le pavillon des sciences, non pas sur le site de la gare de triage, mais plutôt à proximité du pavillon Lassonde de l’École Polytechnique, d’élaborer un plan d’entretien et de rénovation des immeubles situés sur le campus actuel et de s’assurer que l’Université n’entreprenne «aucun projet immobilier dont le financement ne soit en totalité assuré par des fonds externes».
Développer le campus actuel
«Si on dépense beaucoup d’argent pour le site d’Outremont, il n’en restera plus pour rénover les pavillons actuels. Regardons d’abord sur le campus actuel pour voir ce que l’on peut faire. Dans dix ans, on verra s’il est saturé», signale M. Dumont.
Il propose de rénover le 1420 Mont-Royal, l’ancien couvent des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, afin d’y loger certaines facultés et de construire le pavillon des sciences près du pavillon Lassonde. «C’était déjà prévu du temps du recteur Robert Lacroix. Et les Amis de la montagne avaient accepté cette entente.»
Cinq nouveaux bâtiments, peu de consultation
La directrice générale des Amis de la montagne, Sylvie Guilbault, ne souscrit cependant pas à cette nouvelle construction sur le mont Royal. «Il y a eu un accord sur l’ensemble du plan directeur de 1995, sur les grands principes. Mais cinq nouveaux bâtiments ont été construits par l’UdeM et les organismes et les citoyens n’ont pas été consultés. On ne peut pas autoriser une institution à développer sur une période de 15 ans parce que les sujets ne sont pas débattus sur la place publique. Les cinq bâtiments construits pendant ce plan directeur créent une masse importante sur le mont Royal. À notre avis, il n’est pas souhaitable qu’un nouveau pavillon près du Lassonde s’ajoute.»
Acheté en 2003 au coût de 15 millions$, le 1420 Mont-Royal est en vente depuis septembre puisque l’UdeM argue que l’aménagement s’avère trop onéreux. «Dans le cas du 1420, nous sommes très déçus que l’UdeM n’ait pas conservé le bâtiment. C’est une mauvaise nouvelle parce qu’on ne sait pas qui va l’acheter pour aménager quoi. L’UdeM nous a confirmé plusieurs fois que pour eux la rénovation du 1420 était trop chère», indique la directrice générale des Amis de la montagne.
L’UdeM, promoteur immobilier
Le SGPUM reproche à l’UdeM de se transformer en promoteur immobilier dans l’aménagement du campus Outremont. «L’Université doit confier le rôle de promoteur immobilier à un ordre de gouvernement ayant les reins plus solides.»
Pour ce faire, le Syndicat suggère à l’UdeM de céder le développement foncier et immobilier de la gare de triage à la Ville de Montréal ou au gouvernement du Québec. «Le contrat de vente avec le Canadien Pacifique ne permet pas à l’UdeM de céder la gare de triage à un particulier. Mais il peut le céder à un ordre de gouvernement. On pourrait réserver une partie des terrains pour un futur aménagement universitaire. De cette façon, ce n’est pas l’UdeM qui casquerait pour la mise à niveau.» En vertu de cette recommandation du SGPUM, l’Université récupérerait un montant estimé à 30 millions$ pour la mise de fonds et les dépenses connexes.
Processus transparent?
«Il manque vraiment d’études sérieuses. Il n’y a pas moyen de consulter les chiffres ou les analyses sérieuses. Curieusement, les mémoires ne sont pas disponibles au grand public alors que toutes les études que l’UdeM se targue d’avoir menées sont, elles, disponibles. On demande depuis un an de voir les études démontrant que l’aménagement du pavillon du 1420 Mont-Royal coûtera trop cher», déplore le président du SGPUM.
Pour M. Dumont, la décision de l’INRS [Institut national de la recherche scientifique] d’aménager son nouveau pavillon dédié aux nanotechnologies à Laval plutôt que sur le site de la gare de triage constitue un dur coup pour l’UdeM. «On le voit, le projet perd de plus en plus d’intérêt pour d’éventuels bailleurs de fonds et des organisations voulant faire partie de l’espèce de technopôle que l’on voulait y construire.»
(Photo: Courtoisie)