Le Dr Yves Lamontagne recevra l’Ordre du Mérite des Diplômés de l’Université de Montréal le 6 mai prochain.(Photo: Éric Carrière)<
Sur le divan du Dr Lamontagne
Le 6 mai prochain, l’Ordre du Mérite des Diplômés de l’Université de Montréal sera décerné au Dr Yves Lamontagne, président et directeur général du Collège des médecins du Québec (CMQ). Un honneur qui surprend et ravit son bénéficiaire, rencontré dans son chaleureux bureau du CMQ.
«J’ai été professeur à l’Université de Montréal [UdeM] durant 25 ans en psychiatrie à la faculté de médecine et j’ai été sur divers comités. Quand on m’a appelé pour me dire que je recevrais cet honneur, je n’étais pas très chaud à l’idée parce que je voyais les smattes qui l’ont eu avant moi, dont Pierre-Elliot Trudeau, Daniel Johnson, Robert Bourassa, Rémi Marcoux et Jean Coutu et je me suis dit que c’était bien trop pour le p’tit Lamontagne! On m’a un peu serré la vis, mais le fait que j’aie été choisi à l’unanimité me rend bien content. C’est un signe que je vieillis en sagesse», souligne le principal intéressé.
Parmi les réalisations du Dr Lamontagne, qui vient tout juste de quitter Outremont pour Ville-Marie après 17 ans dans le quartier, notons la création de la Fondation québécoise des maladies mentales en 1980 et la mise sur pied du centre de recherche Fernand-Séguin en 1992. «J’ai créé la Fondation des maladies mentales en visant trois objectifs, soit de démystifier, de favoriser la recherche et d’aider les organismes dans la société qui aident à l’intégration des personnes atteintes de maladies mentales», raconte le Dr Lamontagne.
En concevant le centre de recherche Fernand-Séguin, premier centre francophone du genre, le docteur voulait un endroit où on étudierait les trois éléments de la psychiatrie, soit le biologique, le psychologique et le social.
En plus, fort d’une année d’études à Londres en thérapie comportementale et d’une expérience inoubliable auprès des enfants biafrais réfugiés en Côte d’Ivoire, Dr Lamontagne a vraiment donné une poussée incroyable à l’avancement de la recherche en psychiatrie. «J’y suis allé dans les années ‘1970 avec ma femme [Céline Lamontagne, aujourd’hui juge à la Cour du Québec et auteure]. J’étais responsable de 600 enfants qui sont tous morts aujourd’hui et nous avons travaillé comme des cochons […] Ce qui est dégueulasse est que ça se produit encore des tragédies comme celle du Biafra, au Rwanda, au Darfour, au Kosovo. Ce voyage a changé notre vie. Quand tu a vécu ça une fois dans ta vie, tu ne te plains plus jamais après.»
De préposé aux malades au mythique hôpital Saint-Jean-de-Dieu en passant par musicien (pour payer ses études), le Dr Lamontagne a eu un parcours on ne peut plus diversifié, à la hauteur de sa curiosité intellectuelle et émotive. Après l’expérience du Biafra, Yves Lamontagne a passé un mois dans la brousse à observer un guérisseur. «Il appliquait des méthodes de psychiatrie communautaire qu’on a commencé à utiliser dans les années ‘1970, alors que lui ça faisait depuis des générations.»
Auteur d’une trentaine d’ouvrages, le père de deux grands enfants dans la vingtaine se qualifie de speedé. «J’aime ça avoir une vision, et j’aime bâtir le plus possible. Une fois bâti par contre, je passe à autre chose. Quand le centre Fernand-Séguin a ouvert en 1992, j’ai démissionné comme directeur et je suis resté comme chercheur!»
Président du Collège des médecins du Québec depuis 9 ans, Dr Lamontagne a laissé tombé toutes ses autres occupations, sauf son siège au conseil de la Fondation québécoise des maladies mentales, parce qu’il ne peut pas comme «police des docteurs», être à la fois juge et parti.
Ayant toujours suivi des cycles d’emploi de 10 ans, le Dr Lamontagne dépassera pour la première fois son seuil limite, en terminant un troisième et dernier mandat dans trois ans. En homme organisé, sur son bureau trône un dossier «Après CMQ» où dorment quatre projets. «C’est sur que le bonhomme ne rajeunit pas. Quand tu es plus vieux, tu ne penses plus comme à 40 ans. J’en ai 66 et je ne traînerai pas tout ça jusqu’à 92!», rigole-t-il, sans nous dévoiler ses projets.
Que ce soit comme consultant, ou comme auteur (Dr Lamontagne est en révision de son premier roman à sortir chez Québec-Amérique), le petit gars de Rosemont risque de cumuler encore durant quelques années les honneurs. «J’ai reçu l’Ordre du Canada en 1986, l’Ordre du Québec en 1996, j’ai été nommé Grand Montréalais en 2004, je reçois cet honneur d’une institution située à Outremont cette année. Il ne me manque plus que la patinoire Yves Lamontagne dans Rosemont et ce sera Back to square one!»