Marie-Paule Duchesne: une inoubliable militante
La triste nouvelle a d’autant plus durement frappé les souverainistes d’Outremont qu’on la croyait invincible. Bien des tumultes et des soubresauts ont secoué le Parti québécois (PQ) depuis sa fondation en 1968. Mais toutes ces années durant, Marie-Paule Duchesne n’a jamais cessé d’être notre repère de constance et notre modèle de persévérance. Et pourtant, le 19 mars dernier, elle s’est éteinte, doucement, dans son sommeil. À chaque jour depuis toujours, son ardeur militante était à la fois la chose la plus certaine et néanmoins la plus étonnante. Une fois passée l’incrédulité, la mouvance souverainiste de notre circonscription devra tout de même se résigner. Marie-Paule ne sera plus là.
Venue au monde en 1922 tout comme René Lévesque, Marie-Paule Duchesne née Mayrand s’est activée au PQ dès les tout débuts. Les plus âgés d’entre nous entendent encore ses irrésistibles appels à mettre l’épaule à la roue, à l’aube des années 1970. Je l’ai connue en 1987, en faisant mon entrée à l’exécutif du PQ d’Outremont, au moment du retour aux affaires de Jacques Parizeau. J’avais 25 ans. Elle en avait 65, et était registraire du PQ d’Outremont depuis une quinzaine d’années. Déjà à l’époque, elle connaissait tout le monde et tout le monde la connaissait. Cette année-là, le PQ revenait de loin et nous savions tous que le chemin serait dur et long. Mais dès les premiers instants, Marie-Paule m’avait vivement impressionné. J’ai aussitôt compris que le jour où il faudrait traverser les inévitables épreuves de la vie militante, je pourrais toujours m’agripper à elle. C’est bel et bien ce qui s’est produit durant les vingt années suivantes.
Elle qui a pris part à tous les combats péquistes, bloquistes et référendaires depuis quatre décennies aura été dans Outremont un inépuisable filon de motivation pour toutes les militantes et tous les militants qui ont eu le bonheur de la côtoyer. Comment nous, les jeunes, aurions-nous pu voir cette femme de deux générations notre aînée afficher cette extraordinaire combativité et ne pas au moins tenter d’y mettre autant d’énergie qu’elle? J’en avais fini par la surnommer «notre phare d’Alexandrie», ce à quoi elle réagissait chaque fois en émettant le même petit rire humble et embarrassé de celle qui, bien qu’ayant occupé presque toutes les fonctions dans notre organisation, n’a jamais cherché les honneurs. Tous les chefs l’ont connue et admirée assez pour l’appeler par son prénom. Cela lui suffisait. Les seules ambitions qu’on lui ait connues étaient collectives: Marie-Paule voulait faire du Québec un pays.
Une telle suractivité aurait tôt fait de mener n’importe qui d’autre au surmenage. Mais l’inépuisable Marie-Paule s’est également dévouée corps et âme pendant des décennies au groupe Aide-Partage de la paroisse des Dominicains de Saint-Albert-Le-Grand, qui apporte son soutien aux immigrants récents de Côte-des-Neiges. Elle a aussi été un pilier de l’organisation des bénévoles du Musée du Château Ramezay.
Aujourd’hui mon amie Marie-Paule n’est plus. Sa maison de l’avenue de l’Épée, là où ont eu lieu des centaines de réunions, est vendue. Force est donc d’admettre que cette force de la nature n’en était pas pour autant éternelle. Mais le flambeau des causes qu’elle a si courageusement défendues est déjà transmis. Et son héritage demeure. Merci pour tout, Marie-Paule Duchesne.
Christian Gagnon, membre de l’exécutif du PQ d’Outremont de 1987 à 1998 et de l’exécutif régional du PQ de Montréal-Centre de 1998 à 2005