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François Bissonnette Remax
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Fumistes, imposteurs: J’ai peur!

Article mis en ligne le 5 avril 2008 à 9:43
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Fumistes, imposteurs: J’ai peur!
J’aime bien rire de moi à l’occasion. Cette fois, oui, j’ai vraiment peur. Nous découvrons des écrivains qui fourrent des mots fictifs dans la tête des morts. Parfois des vivants! N’est-ce pas inquiétant, cette mode?

On a fait parler les muets. Exemple, ce roman avec une Hélène, jeune épouse de Champlain. Or il n’y a nulle archive, aucun document vérifiable, l’auteure inventait! Un procédé que j’ai condamné publiquement, que je juge «déraisonnable», mot à la mode. Une imposture.

Déjà que je ne sais trop quoi penser de tous ces directeurs de théâtres qui adaptent, raccourcissent des textes classiques. Une effronterie et les auteurs morts depuis longtemps sont impuissants à dénoncer ces ravages. Il y a pire? Nous lisons qu’on a installé feu-Hubert Aquin, et qui encore, dans une fiction, un roman. Désormais, on ne se gêne pas pour leur fourrer dans la gueule des propos inventés. Pauvres décédés! Malheureux célèbres disparus. Comment qualifier de faire parler des auteurs vivants, personnages connus, sans aucune consultation. Ces façons!

Ces usurpateurs mettent: «libre création». Ces manières! De candides lecteurs penseront que ces répliques, ces pensées sont vraies et furent puisées, extraites de ses ouvrages alors qu’il n’en est rien. Oui, imposture. Ces imaginatifs (!) mettent: «roman historique». Ah, un roman et on fabrique son Aquin? À son goût! Le mot roman autoriserait de telles manipulations? Liberté du créateur, je veux bien, mais danger, très facile de travestir ce mort —ou ce vivant— lui faire dire, ou lui faire faire, le contraire de ce qu’il aurait fait, mis dans les circonstances du roman en question.

Une arnaque, un canular, non, cela frise le vol d’une conscience. Tenez, j’ai une idée. Voulant être lu à tout prix, je ponds un roman: on verra notre Émile Nelligan sur les quais de Montréal bambochant, courant les garçons, s’enivrant à la taverne de Jos Montferrant, avec nul autre qu’Arthur Rimbaud, un temps jeune marin bourlingueur. Une bonne idée? Ça se vendrait comme pains chauds, j’y fonce?

C’est une forme de «tripotage», plus grave, d’outrage à cadavre. C’est interdit par la loi. Faire cela avec des vivants: un truc pour engranger du gros fric? Voyez cela: on nous présenterait une Duras sobre, un Hemingway «antiarmes», un Pierre Falardeau fédéraliste. Ou encore un Michel Tremblay en frénétique coureur de jupons. Mode actuelle s’ouvrant sur n’importe quoi; vite une loi pour empêcher ce soi-disant «roman historique».

J’ai peur. Facile, et sans grand danger de représailles, de «coupailler» à grands coups de ciseaux un Racine ou un Shakespeare, un Beckett ou un Tchékhov (on vient de le faire). Pas moins facile, en folle littérature romanesque, de s’emparer d’un personnage vivant, de lui mettre dans la bouche, à pleines pages, des idées qu’il n’a jamais eues. N’y a plus de frontières au monde du tripotage, c’est triste!

Nous vivons une époque navrante, la liberté sert à n’importe quoi. Voyez le vaste filet du "net", nous savons bien, tous, qu’il y a des sites remplis de faussetés. Avec massacres de réputations mis en ligne par des fumistes désoeuvrés.

Une virtuelle police, nouvelle, en a déjà plein les mains, on cherche comment sévir, punir. Un libertarisme déboussolé va s’écrier: «On doit interdire d’interdire». La belle affaire quand des écrivains inconnus —en quête féroce d’un public— s’autorisent volontiers à «planter» dans leur manuscrit un «très connu», à lui faire dire n’importe quoi, tout ce qui lui passe par la tête à ce fumiste-à-la-plume (ou au clavier). Oui, j’ai peur.

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