Le 1777, chemin Dumfries. (Photo: Éric Carrière)
Deux demandes n’obtiennent pas de permis
C’est une quarantaine de résidants qui se seraient déplacés lundi soir pour assister à la séance du comité d’étude des demandes de permis de démolition de la Ville de Mont-Royal. A l’ordre du jour, trois demandes ont été faites, pour le 452 avenue Stanstead, le 995 chemin Moncrieff et le 1777, chemin Dumfries. Les deux premières ont été refusées et la troisième demeure en suspens pour le moment, puisqu’il semblerait y avoir un problème de contamination du sol. Des tests auraient été demandés.
«Nous avons réussi à bloquer deux des trois permis et le troisième demeure à inspecter», de dire Dre Romana Rogoshewska, résidante de Mont-Royal présente lundi. Celle qui est propriétaire depuis 25 ans soutient que bien souvent, ce sont les acheteurs qui laissent les maisons abandonnées pour ensuite forcer une démolition, rénover et revendre à gros prix la demeure. «C’est sûr que si une maison est inhabitée et non-chauffée durant deux ans il y aura des problèmes», croit-elle.
Pour Barbara Handfield Barbeau, résidante et agente immobilière aussi présente à la séance, les maisons sont tout simplement saines et il n’y a pas lieu de les démolir. Bien qu’elle ne souscrive pas à la théorie des acheteurs qui souhaitent faire un flip lucratif, elle soutient que souvent les acheteurs sont des gens qui n’habitent pas Ville de Mont-Royal et que les constructeurs ne sont pas tenus de dire à la population ce qu’ils vont faire de la maison une fois le permis obtenu. «On ne peut pas savoir si la résidence va conserver de son charme, soutient celle qui a vue sa maison d’enfance du 166 avenue Chester démolie par nécessité, mais qui est aujourd’hui «vraiment pas belle.»
Barbara Handfield Barbeau soutient que les trois propriétés ont une valeur patrimoniale, un constat partagé par Dre Romana Rogoshewska, qui dit avoir été membre du PIIA (Plan d'implantation et d'intégration architecturale) et du comité consultatif sur le patrimoine et la culture.
La mairesse Vera Danyluk soutient qu’il est impératif que la population comprenne que les propriétaires font d’abord une demande, qui est ensuite approuvée ou refusée par le comité d’étude des demandes de permis de démolition. «Les membres du conseil sont là pour écouter tous les partis», soutient-elle.
Mme Danyluk, résidante de longue date, se dit très sensible à la beauté architecturale et au patrimoine original de la municipalité. «C’est sûr que de savoir que les gens veulent reconstruire à Mont-Royal pour s’y installer, ça montre qu’il y a un désir de s’investir et qu’il y a une richesse foncière sur le territoire, mais pas à n’importe quel prix.»
En ce qui concerne les acheteurs qui n’habiteraient pas le territoire, la mairesse croit qu’il est possible qu’une demande sur dix soit de telle teneur. «Ceci dit, avec le prix des maisons, je pense que c’est surtout pour les habiter que les gens les achètent. […] Les rôles d’évaluation montrent que les terrains ont une plus grande valeur que les maisons à Ville de Mont-Royal.»
Vera Danyluk ajoute que la priorité est de conserver la valeur patrimoniale et le cachet spécial de Ville de Mont-Royal. «Auparavant, les maisons pouvaient occuper jusqu’à 12% ou 15% du terrain et aujourd’hui ça peut aller jusqu’à 28%.» Selon la mairesse, il est normal que certains propriétaires veuillent agrandir ou modifier leur espace, mais ils n’ont pas systématiquement besoin de démolir.
Qui plus est, il semblerait que nombre de propriétés à Ville de Mont-Royal aient été construites après la Seconde Guerre mondiale et autour du baby boom, maisons qui ont été érigées rapidement et parfois avec certaines failles.
L’agente immobilière Fadia Rassi était présente lundi soir parce qu’elle connaissait le propriétaire de la maison sur l’avenue Stanstead. À son sens, ce ne sont pas toutes les maisons qui doivent être démolies systématiquement, mais que dans le cas des trois cas qui nous intéressent, «les propriétaires avaient de bonnes raisons de vouloir démolir.»
La maison de l’avenue Stanstead aurait un problème important d’infiltration d’eau. Il s’agirait d’une maison sur un très beau terrain, mais malsaine et en mauvais état.
Pour l’ex-résidante de Ville de Mont-Royal, la raison pour laquelle il y avait autant d’inquiétude lundi soir s’explique par le fait que les gens en faveur de la démolition, comme elle, ne se présentent pas systématiquement dans une assemblée de ce type.