C’est devant une salle presqu’uniquement composée de femmes que l’écrivain français et quinzième récipiendaire du Prix des libraires du Québec pour son livre Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel, a participé à une discussion dirigée avec l’animatrice des clubs de lectures Marie-Anne Poggi, lundi dernier à la Galerie d’art d’Outremont. Deux heures de pur bonheur où les thèmes de l’écriture, de la littérature, du cinéma, de l’altérité et de l’amour, entre autres choses, ont côtoyé des lecteurs profondément admiratifs de «leur» auteur.
«Vous êtes entré dans ma vie par la porte de la littérature et j’espère que cette porte ne se refermera jamais», a annoncé tout de go Marie-Anne Poggi, admiratrice de l’auteur devant l’éternel, qui a d’ailleurs déjà mis l’œuvre du lauréat du prix Goncourt des lycéens, aussi pour
Le rapport de Brodeck, au programme de ses clubs de lecture. Cette première phrase a donné le ton à la rencontre où les nombreuses spectatrices présentes ont pu s’exprimer et poser des questions, en plus de faire signer leurs livres à la fin de la séance. Il a été question du film
Il y a longtemps que je t’aime, effort cinématographique de celui qui est aussi scénariste en plus de publier des romans depuis presque 10 ans. «À 46 ans, on dit que je suis un jeune écrivain, mais on dirait aussi que je suis un vieux footballeur», rigole celui qui a vu plusieurs de ses efforts d’écriture récompensés.
Admettant devant un public un peu médusé qu’il travaillait sans véritable canevas ou même qu’il ne se relisait pas vraiment, l’auteur notamment de
La petite fille de Monsieur Linh a aussi abordé ses préférences littéraires. De Montaigne à Rousseau, en passant par la Japonaise Yōko Ogawa, le Québécois Jean Barbe et l’Américain Cormac McCarthy, Philippe Claudel a souligné être d’abord un lecteur avant d’être un écrivain. «Je suis un lecteur ouvert et assez boulimique. J’aime l’émotion, le questionnement et surtout la beauté de la langue.» Cet amour des mots reviendra souvent au cours de la rencontre, M. Claudel n’hésitant pas à parsemer ses dires de citations ou réflexions d’auteurs qu’il affectionne.
Il serait possible d’écrire longtemps sur ce moment unique où le temps s’est arrêté et où il a été question de littérature, pour une fois. Disons simplement que l’auteur élevé en Lorraine s’est attardé à des thèmes qui lui tenaient à cœur, comme dans ses romans. Le deuil, la guerre –«J’ai l’impression d’avoir connu la guerre, je suis comme un ancien combattant…télévisuel, et ça laisse des traces»--, l’anonymat des lieux et des personnages dans ses livres, l’aboutissement du travail de l’auteur avec
Le rapport de Brodeck (presque tout le monde dans la salle l’avait lu), la morale, la poésie.
Marie-Anne Poggi, qui a fait des pieds et des mains pour le recevoir à Outremont, a parlé d’une écriture ciselée, poétique, dure, mais remplie d’espoir, qui allait faire de Philippe Claudel, un auteur classique. «Je suis persuadée que dans plusieurs années, il sera encore là», a-t-elle soufflé, sous l’assentiment des spectateurs, charmés.
Pour en savoir plus, consultez le
www.philippeclaudel.com.