Jean Vegman est friand des tankas.
(Photo: Éric Carrière)
Poète du quotidien
«Je me suis dit, j’habite ici à Ville Mont-Royal. C’est tellement beau, c’est la cité jardin. Ce qui m’inspire, c’est la vie quotidienne, les choses que l’on tient pour acquises et que l’on ne prend plus le temps de voir», mentionne Jean Vegman. Porte ouverte sur Mont-Royal avec l’exposition Photos-Poèmes.
Résidant depuis 40 ans à Ville de Mont-Royal, Jean Vegman expose son travail sur le mur d’art de la bibliothèque Reginald-J.-P.-Dawson (1967, boulevard Graham) jusqu’au 24 juillet. Ses Photos-Poèmes marquent un intérêt certain pour le patrimoine et cristallisent une nostalgie du passé et un fort sentiment d’affection pour Ville de Mont-Royal. «J’ai fait une symbiose de l’image et du texte», explique celui qui est membre de la Table ronde sur l’art de Mont-Royal (TRAM).
Des mots aux images
«La poésie ne se vend pas! Je me suis dit que j’allais mettre de l’image au texte. Quand je travaillais encore, j’ai commencé à prendre des photos avant d’entrer au bureau, des statues, comme celle de Norman Bethune ou des escaliers. Et j’ai écrit des textes.»
M. Vegman a travaillé, entre autres, au sein de la fonction publique fédérale. «J’ai été conseiller en emploi. Pendant 25 ans, je me suis occupé des immigrants récemment arrivés. Je les aidais à se trouver un travail, un organisme pour avoir des cours de français. J’aimais beaucoup ce travail, peut-être parce que je suis moi-même un ancien immigrant», mentionne le Parisien de naissance qui a notamment résidé au Maroc avant de s’établir au Québec.
Durant ces années de travail comme conseiller en emploi, l’écriture s’est plus discrète, compagne des fins de semaine ou des vacances. «J’ai toujours écrit. Je me vois jeune, à l’école primaire avec un petit carnet. Avec les années et les déménagements, j’ai perdu tous ces écrits. Mais, le besoin d’écrire a toujours été là», indique celui qui a deux fils.
Le résidant de Mont-Royal évoque le plaisir de parler de l’écriture et du bonheur de la création. «J’aime parler de ce que je fais. Une exposition comme celle-là, c’est une façon de parler de mes écrits, de montrer ce que je peux faire.»
Poèmes étonnamment courts décrivant le quotidien, les écrits de M. Vegman ont été publiés dans trois recueils: Transparence paru chez Guy Maheux, Poèmes d’hier chez Prométhée et Poèmes interrompuspublié à compte d’auteur. Un de ses tanka, un poème japonais de 31 syllabes sur cinq lignes et ne contenant pas de rimes dont M. Vegman est friand, a été publié dans La Revue du Tanka francophone.
«Le tanka est mon somnifère», écrit M. Vegman, qui se réveille régulièrement aux aurores tenaillé par le désir d’écrire. «L’inspiration vient au milieu de la nuit. J’écris et après je peux me rendormir!»
Bien que ses tanka prennent souvent forme la nuit, l’artiste de Ville de Mont-Royal les retravaille le jour. «Chez moi, il y a trop de choses à faire! Je ne peux pas écrire. J’aime aller prendre un café et écrire», signale celui qui affectionne particulièrement la boulangerie Première Moisson pour se laisser prendre au jeu de l’écriture. Crayon à la main et appareil photo en bandoulière, Jean Vegman capte le quotidien de Ville de Mont-Royal. L’exposition Photos-Poèmes, une rare occasion de prendre le temps de regarder.
Au siècle de voies rapides
chacun va rigide
droit à son labeur
et ses rendez-vous à l’heure
nostalgie de la lenteur
(Photo: Éric Carrière)
(Photo: Éric Carrière)