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Être ou ne pas être Québécois

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 13 septembre 2008 à 8:12
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Être ou ne pas être Québécois
Qui est Québécois, qui ne l’est pas? Question délicate? Les frileux frissonnent avec la peur d’être mal jugés. La vraie question: être ou ne pas être Québécois! On en voit qui cherche de midi à quatorze heures, c’est simple, si facile. Celle ou celui qui vit ici en français, qui parle français dans sa vie de tous les jours, est Québécois. Pas les autres. Point final.

Pourquoi pensez-vous ces «tourniquetttes» autour du pot? La grande peur sotte d’être jugé raciste. Nos sommes, Québécois, de vieille souche ou de souche toute récente, car c’est beaucoup plus de 80% qui vivent en français au Québec. Les racistes —inconscients ou non— sont ceux qui ne parlent pas la langue de la très grande majorité du Québec. Aux colonisés américanisés, s’ajoutent nos assimilés, nommés aussi «anglicisés». Au centre-ville de Montréal ou à Oka ou à Pointe-Claire, paquets de ces ghettos. Parfois pauvres, parfois riches. Tas d’îlots d’«anglaisés». Ils ne sont pas des Québécois. Un Italien parle italien dehors et chez lui, un Espagnol parle l’espagnol. Un "Canadian" comme tout Étatsunien parle l’anglais.

Clair et simple, mais nous sommes entourés de timorés, qui refusent ces termes, craignent de bousculer les descendants des occupants anglos, merde! Nous sommes en 2008, loin de 1760 et du Rapport Durham avec ses fréquentes tentatives de nous diluer, noyer, assimiler, loin de la défaite sur les Plaines d’Abraham, ne plus jamais dire la Conquête, s.v.p.

Voici, là-dessus, des jeunes gens qui viennent de se réunir en congrès jeunesse pour veiller sur l’avenir d’un parti politique, souvent, soi dit en passant, le parti de papa. Ces grands enfants un peu politisés ne sont pas embarrassés du tout de bien montrer —par leurs résolutions votées— qu’ils sont des libéraux très conservateurs. À droite de la droite. Question français, que recommandent ces fils à papa? Vite, enseigner aux écoles primaires la "lingua franca" venue des voisins puissants. Vieille querelle? Oui. Car le principe de réalité, à ne jamais bafouer, enseigne en effet que l’anglais est parlé partout. De Moscou à Pékin, de Tokyo à Prague.

Apprendre une langue étrangère est chose avantageuse, personne ne le nie. Cependant, il faut des occasions de le pratiquer. Sinon… J’ai eu des camarades de travail qui ont appris l’italien, l’allemand aussi, qui m’avouèrent avoir oublié cette langue autre. Qu’ils aimaient tant. Faute d’occasions de le pratiquer. J’ai connu des gens en mes entourages qui, obligés par des emplois précis, ont appris une langue nouvelle en peu de temps en des instituts spécialisés.

Ici, à moins de deux heures en avion de New York, la langue de Melville et de Miller est répandue. Encore pire qu’ailleurs en Occident, au Québec, car les magazines, le cinéma, la télé et la chanson pop, le rock des "USA" sont de perpétuelles offres (populaires) culturelles. En lisant les articles de la presse franco actuelle, on peut mesurer le degré d’aliénation face à cet empire médiatique aux moyens prodigieux. Pourtant, il y a plein de Québécois qui n’auront aucun besoin de la langue anglaise américaine et cela toute la vie (mon cas). Pourtant ces francophones, culturellement seront constamment baignés par les produits de la culture populaires des riches voisins.

C’est pire encore évidemment pour les "Canadians". Les gens de Toronto, hors les profs des universités, sont des Étatsuniens, ils le savent, c’est bien connu des observateurs neutres. Voyagez au Canada en dehors du Québec, vous comprendrez tout, c’est un autre pays. À Vancouver comme à Toronto, des gens lucides, les pieds bien à terre, rêvent alors d’agrandir les "States", de s’y engloutir confortablement. Ainsi, ils se conformeront à une géographie mentale, psychologique, sociologique. Parlant la même langue, partageant la même culture ils sont tous d’origines anglo-saxonnes. Ou bien proviennent de mêmes contrées d’émigration. Sur ce vaste continent, aux us et coutumes d’une même conformité, il n’y a que le Québec pour faire culture à part. Plein de nos apatrides et déracinés volontaires n’en profitent même pas, n’en tirent aucune fierté, collaborent volontiers à l’érosion de la langue française. Des chiffes molles, des collabos.

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