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Mourir en été en Algérie?

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 4 septembre 2008 à 14:40
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Mourir en été en Algérie?
Le grand Pascal (Blaise) déclarait: «Le malheur de l’homme c’est qu’il ne peut rester assis dans sa chambre.» Devenu vieux, je m’étonne de rester longtemps —bien longtemps— assis sur ma galerie. À écouter un pic-bois acharné par exemple. À guetter mon matou-Valdombre sous les sapins, à rire de mes Donalda et Alexis, marmottes qui se cognent le nez partout. Ou bien à voir naviguer avec superbe «Monsieur», mon rat musqué. Mais jeune, rester assis? Non. «Une vraie queue de veau», disait ma mère.

Voici un jeune neveu, Christian, engagé par la très solide firme d’ingénierie SNC-Lavalin. Tout le monde est content mais il aurait pu partir, à contrat, pour l’Algérie, là où ça vient de sauter à mort. On vient d’écouter ça aux actualités télévisées! Ne plus jamais nous revenir. Ce «paquet de tués» dans un de ces attentats «islamistes». Mais non, mon neveu est parti travailler très au nord de l’Algérie en atlantique-nord, dans l’âpre pays de l’une des plus belles chansons de Dubois quand Claude évoque des chiens hurleurs, des glaces luisantes, des rochers enneigés, oui, Christian analyse des sols là, au lointain Labrador. Rien, mon pauvre Pascal, d’un «assis dans sa chambre» hein?

La mort en Algérie, merde, au pays de l’enfance ensoleillée du grand Camus, le p’tit garçon pauvre et intelligent d’une femme de ménage. «Assis dans votre chambre», à l’abri de tout fanatisme, promettez-moi de lire <@Ri>L’ÉtrangerDes branches de jasmin.

Mon Thomas grandi n’ira pas en Algérie, non. Avec ses économies d’un job-étudiant il a filé en Europe avec deux amis. France, Hollande, Belgique et, dernièrement en Espagne. J’entends un air de guitare, ô flamenco!, un chant du poète Federico Garcia Lorca et il a vu les «molles architectures» de Gaudi. Le papi à Sainte-Adèle, écoutait les nouvelles. Oh la la, bang! En Espagne justement: un avion vient de s’écraser; bilan:150 morts. Mon jeune Thomas? Mourir en été? Non. De Val-David, téléphone de Daniel, mon fils, qui me rassure: «Oui, Thomas était dans un avion. Mais pour Paris et il s’en revient.» Ouf!

Je suis d’une génération qui voyageait si peu: avoir vu la Gaspésie à vingt cinq ans! Voir un jour Londres, Rome et Paris. En 1980, à presque 50 ans grâce au fric d’un prix littéraire, le France-Québec.

Quand je chante «revoir Paris», c’est pas l’envie qui manque mais je fais des calculs : il y a ceci et cela, les préparatifs, les prévisions, les réservations, des complications possibles. Frayeurs connes et craintes niaises? Prétextes pour ne pas partir? C’est dérangeant voyager n’est-ce pas? Des valises, les passeports, des billets, des hôtels. Et… l’avion (qui tombe en feu à Madrid!) que n’apprécie guère ma dulcinée. Bon, on y va pas. Plus facile. Paresse? Ça se peut. Anti-nomadisme crasse ? Sommes devenus des sédentaires profonds? Ça se peut. La sainte paix et à tout prix? Éviter ainsi des désagréments. J’ai un peu honte d’obéir à la sagesse du fameux penseur, Blaise Pascal: «…le bonheur, rester assis dans sa chambre».

C’est qu’«on est si bien sur la terre où nous sommes nés» (Louis de Ratisbonne). Les années passent, nous serons très vieux un jour, éprouverons-nous des regrets? Peut-être. Mais qui osera l’avouer: certains (beaucoup?) partent sans cesse pour, comme on dit, changer leur mal de place. Sans le dire, à personne, ils ont mal, insatisfaits de leur existence, ils s’ennuient avec eux-mêmes. La compagne, le compagnon de vie, hélas, ça ne suffit plus guère au bonheur. Il y a lassitude ou trop de mauvais souvenirs, des erreurs de conjugalité, des griefs rentrés, tus, cachés…enterrés par l’accommodement raisonnable du vouloir vivre ensemble malgré tout».

Partons. Oublions. Se distraire de nos mornes existences avec l’exotisme d’un ailleurs. La croisière de vies à la dérive fera mine de s’amuser, quoi, on verra des nouveaux visages: «Bavardons sur le pont, montrons photos des petits enfants charmants, de nos jolies demeures rafistolées.» J’ai eu des confidences.Tout cela n’excuse rien, ni ma paresse, ni mon besoin de confort tranquille. Rester assis dans la chambre, vieux Pascal? Le bon fauteuil moelleux et louer d’excellents ilms sur DVD.

Guetter mes petites bêtes… Hélas, tempus fugit, j’aurai 80 ans, j’aurai mal à mes vieux os, serai plus sourd que jamais avec la vue toute faible. Ce sera trop tard pour dire: «Revoir Paris ». Thomas —ou mes autres petits-fils— viendra me narrer des anecdotes de ses voyages. Comme le Grec Ulysse, bonhomme Homère, il a fait un beau voyage. Moi, le pépère, bien dans mes coussins (content Blaise Pascal?), je me bercerai en guettant le chat Valdombre, la marmotte Donalda, Rat-Monsieur. Peut-être un porc-épic égaré… Ou bien ce sera encore l’hiver et, ma canne à la main, le vieillard fera le tour du lac sur son anneau? Mon Thomas aurait pu dire: «Les gars, si on allait aux Canaries voir où l’auteur —de Shippagan, de Kamouraska et de la si belle toune Évangéline— Michel Conte est mort?» Et l’avion qui s’abat!

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