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Deux nations, un seul pays

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 16 octobre 2008 à 14:50
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Deux nations, un seul pays
Cela existe, un pays habité par deux nations. Parfois même davantage, cela s’est vu.

Ainsi, la fédération de la Yougoslavie, qui en contenait tout un paquet ou celle de l’ex- URSS. On connaît l’échec, la fin de ces grandes associations de nations différentes, n’est-ce pas?

Il n’y a pas à être pro ou anti-fédération de naissance, allons! Il y a à partager des intérêts communs, des avantages économiques.

Pour former semblables melting-pots, parfois, il y a eu, hélas, la force! Rien de démocratique. De cette rude façon, la nation minoritaire, dépourvue de militaires, est mise dans le grand sac du plus fort. Comme tant d’autres Québécois, je ne suis pas un anti-fédéraliste automatique.

En 1867, pour connecter les régions dites des Maritimes avec les plaines du far west, le tout avec l’énergique et populeuse Ontario, on installa une fédération canadian. Nous, les francos, avons pu y voir avec raison un bon arrangement. Évidemment, c’était dix régions anglos versus une seule française… Certains de nos politiciens clairvoyants y prévoyaient des périls. Mais bon, cela se fit.

En 1867 nous étions (les deux nations) à peu près 50-50. C’est un équilibre et c’était rassurant. Il fut rompu peu à peu. Notre dénatalité — dégringolade — d’un bord, leur émigration organisée de l’autre bord, ce ne fut pas bien long que «l’autre» nation du pacte, nous, passions sous la barre du 50%, puis du 40%. Puis ce sera 30%, et, actuellement, 22% ou est-ce 20%? Bientôt 18 % dans la fédération, moins encore? C’est prévisible.

Grave danger à l’horizon. Tout le monde peut comprendre qu’une minorité perd ses atouts, sa force de négocier et n’aura plus aucun pouvoir.

Dans n’importe quelle réunion importante du Parlement d’Ottawa, face à un tournant qui serait nuisible à notre épanouissement collectif, nous serons sans aucun recours. Battus. Quand on prendra le vote, nous nous ferons écraser. Ce sera normal, correct, dans les normes démocratiques. La règle admise partout dans le monde.

À cette assemblée vitale et essentielle aux yeux des Québécois, une voix (celle de l’Honorable Président) dira: «Bon, assez des chicanes qui s’éternisent! Fin de la querelle, nous allons prendre le vote. Qui est contre ce projet de loi?» Et 85 mains se lèvent, unanimes. Pour nous protéger, il y aura quoi, 10 ou 15 mains levées? Coup de maillet frappé: c’est voté, passons à autre chose!

Voilà notre avenir et pourquoi, malgré quelques bons succès de jadis, malgré des progrès et cela dès 1867, je ne peux plus accepter d’appartenir à cette fédération. Aucun racisme, colère, rage, hargne, mépris envers l’anglo. Aucune agressivité, vaine nostalgie d’une Nouvelle-France, ni excessif patriotisme ou vengeance de 1760 envers l’anglo-saxon.

Clarté, lucidité de bien savoir qu’en un semblable pacte, une petite minorité est perdante. L’union ne peut plus être juste, l’ancienne union de deux nations étant devenue une farce.

On a lu que l’écrivaine ontarienne célèbre, Margaret Atwood, serait de tout coeur avec le Bloc de Duceppe «si elle était québécoise». Quand j’ai lu sa déclaration, j’étais —enfin! — un peu rassuré, car il était malsain, anormal qu’aucun – aucun! – intellectuel, artiste ou écrivain de «l’autre Canada» (ROC) n’ait appuyé notre combat pour l’indépendance.

Une honte pour le Canada anglais, une anomalie unique au monde. Partout ailleurs dans le monde, il en allait autrement. En Israël, par exemple, des intellectuels, des auteurs, se rangent du côté de la Palestine, luttent même pour un pays palestinien, blâment sévèrement leur propre pays dans certaine circonstances. Comme on avait vu des Français se ranger en faveur de l’Algérie algérienne. Ici, au cher Canada, nos anglos des milieux artistiques, tous, ils étaient, et sont, contre notre normal désir d’émancipation.

Eh bien, je me trompais: Mme Atwood, plus tard, expliquait qu’elle avait voulu dire qu’être Québécoise et craignant Stephen Harper, là, oui, elle voterait Bloc. Comme si c’était un pis aller, quoi! Juste une façon, mieux que rien, de faire perdre un adversaire détesté à Ottawa. Merde!

Le sinistre et anormal tableau unanime de nos intellos anglos reste donc comme avant. King à Ottawa en 1939 disait «none is too many» face aux juifs demandeurs d’asile. Ainsi, pas un seul écrivain anglophone pour appuyer le normal besoin de liberté de leurs collègues écrivains québécois indépendantistes!

J’en serais très gêné, être anglo-saxon. Pauvre Canada, va!

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