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Madeleine de Sainte-Madeleine

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 23 octobre 2008 à 14:51
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Madeleine de Sainte-Madeleine
Madeleine, jeune, va à la messe à Sainte-Madeleine, rue Outremont. Son papa, un courtier, est mort très prématurément. Alors sa maman, jeune veuve, est retournée vivre avec ses vieux parents rue Hutchison, près de Van Horne.

Certains dimanches, pour changer de routine, ma cousine Madeleine descend au sud par l’avenue du Parc et se rend à la messe de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End, coin Saint-Laurent et Laurier.

Hélas, une maman veuve est souvent nerveuse, fragile, et veillera de trop près sur sa fille unique. Madeleine restera célibataire longtemps. Des flirts normaux, au Parc Saint-Viateur et ailleurs, mais Madeleine, une jeune-vieille-fille, ne ramène jamais au foyer de la rue Hutchison un cavalier assez smart aux yeux de sa difficile mère Maria, qui est la sœur aînée de ma mère.

J’ai beaucoup aimé Madeleine, ma belle cousine. Dans les années 1930, quand ma mère se trouvait démunie, entre deux bonnes qui nous quittaient pour cause de mariage, c’est la belle grande cousine Madeleine qui venait nous garder rue Saint-Denis. Elle était toujours souriante, enjouée, vive, débrouillarde pour inventer des jeux.

La semaine dernière, Madeleine est «disparue», comme dit, cocasse, la nécrologie. Ma cousine vient de quitter, à jamais, ce coquet appartement dans un de ces centres pour aînés boulevard Gouin. Vaste lieu à hauts buildings nommé la Colin Avenue du Québec. Là où le canal floridien bien connue des snowbirds est remplacé par la belle rivière des Prairies.

La dernière fois que j’y étais allé, il y avait un soleil radieux et mille milliers de reflets éblouissants couraient sur l’eau tout au bout du boulevard Saint-Michel. Madeleine allait bien.

Notre cousine d’Outremont, fille unique, jouissait d’une meilleure vie que nous tous. Par exemple, en fin de nos vacances-en-ville, Madeleine venait nous faire voir sa collection de photos — on rit pas — prises au bord de la mer!

Photos du chic hôtel Normandy, tout blanc, et cela, nulle part ailleurs, ma chère, qu’à Old Orchard. Station balnéaire nous semblant au bout du monde pas encore devenue, à la fin des années '30, ce lieu populaire et bon marché. Photos inouïes pour notre trâlée! Nous l’enviions, l’admirions qui semblait danser dans son seyant maillot à jupette au milieu des rouleaux blancs du rivage maritime.

Quand ma chère «mémeille» Albina mourut en 1942, papa hérita d’un modeste magot et ce sera alors — adieu balconville l’été! — la première location d’un chalet. Où? En très basses Laurentides, au pays actuel de Vigneault: Saint-Placide.

Rendus là — une vraie jungle pour des enfants du macadam — notre bonheur un jour quand maman, toute heureuse, nous annonce: «Les enfants, ma petite nièce adorée s’en vient au chalet pour passer deux semaines avec nous.»

La joie! Madeleine, une fois bien installée dans une chambre du grenier, revêtit son maillot à jupette, celui de la photo d’Old Orchard, et, en riant, donna l’ordre à la marmaille: «À vos costumes de bain, tous! Première leçon de natation, suivez-moi tous!» Du chalet du père Masson, on put voir le grouillant défilé jasminesque sur le sentier herbeux et pierreux, passant devant la si jolie vieille église, pour se rendre au vieux quai du bord du lac des Deux-Montagnes.

En ce temps-là, jamais assez de précautions: nous nous enduisions d’huile d’olive sur tout le corps (anti-rayons-méchants) et nous portions des casquettes à palette ou des chapeaux à larges rebords sur le crâne, des bouées gonflées à la taille (tripes de roues d’auto), enfin, de pesants running shows aux pieds. Madeleine, experte nageuse — vraie Esther Williams d’Hollywood — patiente, toujours souriante, nous initia au crawl, à la nage de côté, à celle sur le dos. À plonger du quai aussi.

Le temps fila et les années passèrent. Madeleine viendra habiter rue Everett, dans Villeray, avec sa mère vieillissante, et donc moins contrôlante. Elle se dénichera enfin un compagnon et ira habiter dans Ahuntsic une de ces petites maisons que l’État avait fait construire pour nos vétérans.

Un garçon sera son seul enfant, Pierre. Le voilà maintenant vieil orphelin lui aussi. C’est fou la mémoire d’enfance, non? Quand je vais nager à l’Excelsior, je repense souvent encore à cette monitrice experte en natation, Madeleine, ma belle cousine… morte!

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