Let it be
Le Québec est-il situé très loin de la France? Tout est relatif... En 2008, la planète se rapetisse. La vitesse des ordinateurs! La France, mère-patrie: six heures en avion. Peu quand on songe aux semaines en bateau des temps de jadis.
Je me rapproche lentement d’un certain Sir Paul. On peut bien y revenir, car il y aura d’autres festivités. Le fort aimable Mr. McCartney fut invité par Québec pour chanter en anglais. Pour fêter la naissance de la Nouvelle-France!
Attendez, vous allez voir ce que je veux vous dire. Avec ce bon vieux Beatle-à-fric on est loin de la France. McCartney, c’est plus proche culturellement de New York, de Boston, même de Chicago.
Or, Québec est voisin d’un immense, riche, puissant, imposant pays, les USA. Qui répandent partout leur influence et nous, ce Québec du petit 7 millions d’habitants, faisons face à 300 millions d’anglophones.
Nos visiteurs venus de France sont sous le choc — ils le publient — quand ils débarquent et découvrent la miraculeuse résistance de cet îlot français. On n'est que 2% sur ce continent.
Voilà que Québec-organisation-fêtes oublie ce miracle. J’ai connu des Français éprouvant une sincère, fantastique émotion face à notre incroyable résistance linguistique. Ça vient, j’y reviens à l’aimable Sir Paul.
S’amène donc 2008 et notre anniversaire, avec l’idée qu’il faut fêter ça en grand. Quel artiste prestigieux faire venir? Une Céline Dion? Cela s’imposait. Un spectacle de Robert Lepage? Oui. Le Cirque du Soleil? Eh oui! Qui encore? Un étranger ultra-célèbre? Pourquoi pas? Le budget en argent public a des moyens.
Voilà, c’est ici qu’on doit revenir aux faits têtus. En voisin de l’Empire-USA, il fallait donc aux yeux des déracinés une méga-star bien dans l’axe anglo-saxon. Merde, Elvis est mort! Sinatra aussi. Madonna, y a-t-on songé? Prise ailleurs? Merde!
Car, aux vœux de ces organisateurs citoyens-du-monde, s’agit pas de talent français, s’agit d’inviter un artiste géant, huge, venant d’ailleurs. De Chine? Le mandarin, hum, non. D’Allemagne, d’Espagne, d’Italie? Non, non. Songez empire anglo-saxon, voyons! Pas de ce Johnny Hallyday, ce p’tit frenchy.
Revenons à ci-haut… Oui, nous sommes sur le continent nord-américain. Nos touristes viennent des USA où tout le monde cause in english. Un gérant-potentat a donc eu l’idée d’un anglophone émérite, héro de la pop music, jeune vieillard encore pimpant qui fait commerce de nostalgie. M’sieur Paul, combien vous voulez? Il va n’importe où s’il y a le fric voulu. La charmante vieille idole dit: «Kouaybec, here I come!»
Jadis, un tel comité culturel aurait invité, disons, les ballets russes. Ou un génie comme Rostropovitch. Fin des concerts pour élites. Le promoteur, l’impresario de nos temps, ouvre une prairie à Woodstock. On y parsème des clôtures, des kiosques à cossins, surtout à bière, des dames pipi, des écrans géants, des colonnes de haut-parleurs et en avant la zizique!
Oubliez ça, du Mozart! L’époque actuelle du tapage, des tintamarres, fonce. L’ex-star britannique aux jolies chansons que j’aimais fait moins de bruitage. Ça élimine les voyous, ces holligans sur pelouse! Compris tout le monde?
Samuel de Champlain en devenait un show pop. Fin d’un cérémonial prestigieux, oubliez l’événement historico-culturel. Il y en a eu ailleurs, à rassemblements confidentiels, jolies médailles, diplomates à verre de mousseux, salons à dorures.
C’est que l’anniversaire 1608, c’est aussi un business. Des protestataires, un Curzi ou un Falardeau, doivent saisir que le patriotisme au sein de ces chiards devient obsolète. Hors d’ordre, quoi!
Ils doivent se rentrer dans le coco que Québec est en Amérique du Nord. Ce continent aux 300 millions de têtes qui nous envahissent, nous séduisent comme malgré eux, nous diluent sans le vouloir, nous assimilent sans le savoir.
Le comité pro-McCartney n’entend qu’écus sonnants et trébuchants. La sauce dite internationale est anglo-saxonne partout en Occident. Gilles Vigneault, connu en francophonie, est un inconnu aux States et ne serait pas invité à une fête nationale ni à Boston, ni à Washington. Nos voisins,
USA chauvins, sont des xénophobes et embarrassés par la variété des cultures du monde. Nous, vaillants résistants, avons été floués, trahis, insultés, moqués par des organisateurs à Québec!