La piste cyclable, un exemple remarquable de planification urbaine
Félicitations à l’arrondissement d'Outremont et à sa mairesse pour l’implantation de la piste cyclable!
Le chemin de la Côte-Sainte-Catherine est une artère principale ouest-est de la Ville de Montréal assurant la liaison routière entre le boulevard Décarie et les avenues du Parc et Mont-Royal. En créant une piste cyclable permanente très large, les planificateurs de l’arrondissement ont réussi à réduire le chemin carrossable ouest-est à une seule voie, ce qui, dans la réalité de tous les jours, ne correspond aucunement à l’étude de la firme Dessau qui laissait entrevoir deux voies carrossables.
Ce qui entraîne que: lorsqu’un autobus s’arrête à un arrêt prescrit, aucun véhicule ne peut le contourner ou le dépasser, créant un ralentissement important de la circulation, et lorsque les véhicules désirant tourner à gauche vers le nord (par exemple sur McEachran, Stuart, Laurier, Saint-Joseph, Villeneuve) doivent s’immobiliser et attendre le feu vert clignotant, aucun véhicule ne peut les contourner ou les dépasser et créent à leur tour un ralentissement important de la circulation.
Vous avez ainsi non seulement réussi à réduire la vitesse de la circulation à moins de 40km/h, mais à toute fin pratique, à l’immobiliser. Vous pourrez dorénavant réaliser d’importantes économies sur la surveillance par radar.
Non seulement la superbe piste cyclable ralentit-elle la circulation des véhicules personnels, mais aussi de tous les véhicules d’urgence, de transport en commun, de taxis, de livraison, de service, d’entretien... et des pompiers!
Et bien sûr, il n’y a désormais aucune possibilité de stationnement du côté sud du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Vous perdrez peut-être des revenus en contraventions à cet endroit, mais vous libérerez par le fait même vos diligents préposés aux contraventions qui pourront concentrer leurs efforts louables et profitables sur le reste de votre territoire.
Bravo aussi pour avoir choisi d’implanter la piste cyclable de façon permanente avec un imposant terre-plein séparateur de près de deux mètres de large (1,9m) en béton! Ceci contribuera certainement au déneigement et à l’entretien.
Vous avez sans doute prévu le déneigement adéquat de la piste cyclable pour les cyclistes qui l’emprunteront au cours des mois d’hiver. Il faudrait vérifier si la loi provinciale sur les pneus d’hiver s’applique aux vélos.
Bien sûr vous auriez pu peindre la piste cyclable, comme sur la rue Saint-Urbain, ou installer des poteaux séparateurs amovibles qui auraient pu être retirés pour la période hivernale «non-cyclable» et permettre d’évaluer la faisabilité à long terme de la piste cyclable, et ce, à un coût considérablement plus abordable et raisonnable. Mais peut-être aviez-vous prévu une piste de ski de fond ou de motoneige?
Votre sagesse a prévalu. Vous êtes forts! Bravo pour avoir réussi à colmater le déficit pour l’entretien des infrastructures routières et piétonnières de votre arrondissement. Le coût prévu de 2M$ a certainement été dépassé (puisque je ne trouve à ce jour aucun bilan final des coûts de la piste sur le site de l’arrondissement), mais c’était une dépense hautement justifiée dans une période où l’économie roule si bien et que les surplus budgétaires abondent.
Bien sûr, le boulevard Édouard-Montpetit, qui longe le campus de l’Université de Montréal, aurait été une alternative à considérer. Allant d’ouest en est (en sens unique vers l’ouest de Côte-des-Neiges à Décarie, donc plus sécuritaire pour les cyclistes), ce boulevard se termine à l’avenue Vincent-d’Indy.
Les cyclistes auraient donc pu emprunter la piste cyclable du boulevard Édouard-Montpetit, tourner à droite sur Vincent-d’Indy, puis circuler en toute quiétude, loin de la circulation dense du chemin de la Côte-Sainte-Catherine, sur le boulevard Mont-Royal qui traverse le haut Outremont, longe la belle montagne et aboutit à l’intersection des avenues du Parc et Mont-Royal et du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Un trajet un peu plus long mais tellement meilleur pour la santé des adeptes du vélo!
Mais cette alternative a été sagement rejetée. Il fallait à tout prix éliminer ce que la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, qualifie «d’autoroute Côte-Sainte-Catherine». La mairesse estimait en effet que la portion du chemin de la Côte-Sainte-Catherine réservée aux voitures serait moins large et donc que la circulation y serait «automatiquement» ralentie.
Que le chemin de la Côte-Sainte-Catherine soit une artère majeure de la Ville de Montréal n’était pas une considération importante en vue des enjeux. Toujours selon la mairesse, «l'aménagement de la nouvelle piste cyclable permettra de conserver le même nombre de voies de circulation en périodes de pointe, ce qui n'affectera pas les conditions de circulation. Toutefois, la largeur des voies sera réduite, ceci afin de diminuer la vitesse et faire respecter la limite de 40km/h en vigueur sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine.»
Maintenant que la piste est à toutes fins terminée, il est évident pour les automobilistes que la promesse de deux voies a été sagement rejetée. Il est impossible de circuler à deux voitures de front. Pour ce qui est des véhicules d’urgence, des autobus, des camions de livraison... eh bien, ils n’auront qu’à emprunter une autre route plus adaptée à leurs besoins!
D’ailleurs, une route alternative qui verra certainement une augmentation appréciable de circulation, au grand bonheur des résidents d’Outremont-en-Haut, sera l’itinéraire suivant: le boulevard Édouard-Montpetit, puis Vincent-d’Indy, puis Mont-Royal jusqu’à Parc. Pourquoi des vélos quand on peut augmenter la circulation véhiculaire? Tellement plus joli et tellement moins achalandé (pour l’instant)! D’autres route alternatives logiques et peu incommodantes pour les résidents seraient aussi à considérer: les avenues Bernard, Van Horne, Lajoie, Ducharme...
Je n’ai pas fait une étude aussi approfondie (et aussi dispendieuse) que celle de la firme Dessau retenue par l’arrondissement pour son étude de faisabilité, mais à premier abord, voici quelques statistiques incontournables: la période de l’année où il y a possibilité de circuler à vélo à Montréal s’étend (très généreusement) du 1er avril au 30 octobre. Soit environ 210 jours. Le reste de l’année, il fait trop froid, ou il neige, grésille, pleut... Enlevons maintenant le nombre de jours «cyclables» de la période où le temps est inclément, environ 40% selon Météo Média, et on se retrouve avec environ 125 jours «cyclables».
Maintenant, voici le pourcentage des gens qui utilisent le vélo comme mode de transport régulier, selon Métro: «À Montréal, quelque 110 000 personnes utilisent leur vélo comme mode de transport principal, ce qui correspond à environ 8% de la population. À ce nombre s’ajoutent les 131 000 personnes (10% de la population) qui ont adopté le vélo comme mode de transport occasionnel. En tout, 241 000 Montréalais (18% de la population) utilisent le vélo pour se déplacer.»
Mais ces statistiques se rapportent à toute l’année. Comme il n’y a environ que 125 jours «cyclables» dans l’année à Montréal (pour le monde normal), le 8% de la population qui utilise le vélo comme mode de transport principal est donc réduit proportionnellement à 2,6% sur toute l’île de Montréal sur une base annuelle.
Alors bravo encore pour avoir préféré satisfaire 2,6% de la population au détriment du reste des utilisateurs de véhicules pollueurs criminels qui ne savent pas respecter la limite de vitesse de 40km/h lorsqu’ils empruntent les chemins paisibles d’Outremont! Pour terminer j’aimerais inciter tous les automobilistes, camionneurs, chauffeurs de véhicules d’urgence (et même les malades qu’ils transportent), préposés à l’entretien des rues... à s’arrêter (ils le seront probablement déjà) et à féliciter personnellement la mairesse d’Outremont lorsqu’ils l’apercevront déambulant allègrement sur la piste cyclable à moins de 40km/h. Étant donné son enthousiasme formidable pour la piste cyclable, elle devrait l’emprunter tous les jours, 12 mois par année, alors vous aurez maintes occasions pour lui témoigner votre gratitude.
(Pierre Fauteux, résident «adjacent Outremont»)
Nicolas
Commentaire mis en ligne le 6 janvier 2009Étant cycliste 12 mois par année, je suis complètement d'accord avec vous! Les gens roulent trop vite en voiture, et perdent contact avec la réalité. C'est à cause d'eux qu'il y a des milliers de blessés chaque année sur l'île de Montréal. Cette piste cyclable remet les automobilistes à pied d'égalité avec l'autobus et le vélo.
Bravo!