Annonces gratuites | Enchères en ligne | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne | Weblocal
L'Express d'Outremont / Mont-Royal
Ovation 2008
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

Avancez en arrière!

par
Voir tous les articles de
Article mis en ligne le 23 novembre 2006 à 1:00
Soyez le premier à commenter cet article
Avancez en arrière!
Que les jeunes le sachent, ce cri, «avancez en arrière», était l'habituel commandement dans les tramways de ma jeunesse. Injonction comique, non? Le populo des travailleurs obéissait volontiers pour libérer l'avant du tram aux heures de pointe.

Le métro à Montréal, c'est mieux, jeunes gens chanceux de la génération X! Au fait, on n'a pas trouvé de nom générique pour nous autres, les nés en années 1930, 1940... Pourquoi donc?

Suis-je un «enfant de la Crise»? Vrai et faux, car dès 1939 éclatait la guerre et, étrangement, une prospérité allait surgir tous azimuts. Surtout avec l'après-guerre quand j'avais 15 ans, avec toutes ses neuves commodes inventions, ses modes «modernes», le renversement d'us et coutumes catholicards. Vint la télé, les spectacles au salon. Oh! la pilule contraceptive, fin de tant d'angoisses. Et quoi encore?

Ainsi, hier midi, me voyez-vous qui sonnait rue Casgrain dans mon cher Villeray pour y voir l'appartement numéro 1, celui du fils de mon fils, Simon Jasmin, et de sa compagne Zoé. Déjà en ménage? C'était pas hier qu'à bout de souffle, je lui faisais un grand fort de neige dans sa cour de la rue Garnier. Ô vieillesse!

Son père Daniel, mon fils inventeur de jeux de société, vient de m'offrir son dernier-né, Baby Boomer. Je l'ouvre, en sors les objets et bang! Encore un coup sur la caboche du vieil homme. J'arrive bien mal à bien répondre aux cartes à questions, un gros zéro!

Mais quand le beau-frère Jacques s'amène, triomphe! Un boomer, lui! Son vif plaisir de jouer à ce Baby Boomer... Il trépigne de bonheur, il connaît les noms des Fantastic Four et des Beatles, lui. Il sait les titres des célèbres tounes d'Elvis Presley, lui.

Ma jeunesse, c'était Frankie Laine, Johnny Rae et le boogie woogie, ou Sinatra tout jeune. Quand s'amènera Christian, le fils du beau-frère, pas encore 40 ans, ce sera encore mieux. Sa joie de connaître tant de réponses, de remporter des jetons face au sablier resté plein!

Pour parfaire ma culture populaire boomerienne, me voici réduit à lire les cartes en tentant de retenir l'année du Woodstock. Des Baronets, Classels, Sultans et autres Hou-Lops! C'est quoi au juste, ce Offenbach? Ce certain Gilles Villeneuve, ce cube rubique, ce walkman? L'Osstidcho... ah oui! Le Fugitif, une série-télé? Pink Floyd, les Séguin, Cat Stevens? Alien, un film, hein? Led Zeppelin, Harmonium, Peter Gabriel? Patof, hum... La Labatt Bleue, la Kawasaki 900 cc? Quoi ça, ce Cadbury, ce Sun Life?

Daniel m'avait seulement commandé des illustrations peintes de son Baby Boomer et puis... salut le paternel! Le temps fuit, les générations passent.

Jean Leclerc ou Robert Charlebois peuvent bien mal juger les nouveaux venus, je les connais encore plus mal qu'eux. Je garde donc, prudent, le silence.

Viendra-t-il, en 2026, un jeu nouveau sur ces Ariane Moffat, Pierre Lapointe, Trois accords ou Loco locass? Un jour, les petits-enfants de nos petits-enfants vont échouer à leur tour, les mains vides de jetons, ignares à leur tour. L'éternel joug, ou jeu, de la vie qui file.

Avec Simon-à-Daniel-à-Claude et Zoé, nous sommes allés luncher à La Piccola en Petite-Italie. Étudiants, ils m'ont parlé de leurs envies, de leurs espoirs. Aussi de leurs «z'artistes» bien aimés, pris sur iPod, sur MP3, sur Internet. Du Chinois à mes pauvres oreilles de demi-sourd que je deviens.

Néanmoins, sortis boulevard Saint-Laurent, ces enfants de boomers m'écoutaient bien attentivement leur raconter l'église du coin, de ma jeunesse, virée en condos. De Baggio-les-vélos qui est disparu. Du dictateur Mussolini peint à la voûte de Santa Madona della difesa qui n'a pas bougé de son cheval. De la pizzeria toujours là, rue Dante angle Henri-Julien, qui sent encore bien bon. Du vieux cinéma Château qu'on a classé, où le preacher laïc, Roger Drolet, fait ses sermons.

Baby boomer ou non, il y a des choses qui durent, des affaires qui restent. Sur les trottoirs, je gagnais un peu. Un père de baby boomers ramassait des jetons en bavardant de son époque.

Zoé écarquillait les yeux. «Mais oui! Plein de chevaux dans nos rues, laitier, boulanger, frites, glace pour nos glacières, le maraîcher l'été et encore le cheval pour le bois et le charbon l'hiver.»

Simon ouvrait la bouche. «Mais oui! Une vraie gueuse, bohémienne en longue robe verte, nez crochu, sous la marquise illuminée du Plaza avec son perroquet picosseur de cartes pour 15 cennes, prédisant l'avenir.»

Et ce fougueux joueur d'orgue de Barbarie, le fier buandier chinois à longue couette, sa grosse poche de linge à laver sur le dos, ce petit bossu affûteur de couteaux avec sa meule ambulante!

Chacun son jeu? Inutile, cher Daniel, de fabriquer un jeu pour toutes ces curiosités d'antan, car nos gens sont morts, se meurent, finiront tous bientôt par mourir. N'empêche, chanceux les boomers, j'aurais bien aimé ça qu'il nous soit venu jadis un créateur de jeux pour nos nostalgies à nous, les aînés.

Vos commentaires

Nom complet:
(requis)


Adresse courriel:


Vos commentaires :
(requis)


Svp inscrire le mot affiché ci-dessus Impossible de lire le mot?

Svp inscrire le mot affiché ci-dessus:


Chez nos voisins


La question du net


Liens