L’Outremontaise Marie-Éva de Villers est la première femme à recevoir le prix Georges-Émile-Lapalme, décernée chaque année par le gouvernement provincial à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française au Québec. (Photo: Bruno Desjardins)
Quand l’amour des mots délie la langue française
Durant une entrevue avec l’Outremontaise Marie-Éva de Villers, le choix des mots est important, la structure des phrases est primordiale et l’usage correct de la langue française est indispensable. Il faut s’y attendre, puisque l'auteure du Multidictionnaire de la langue française a reçu récemment le prix Georges-Émile-Lapalme.
Il s'agit de la plus haute distinction décernée chaque année par le gouvernement provincial à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française au Québec.
«C’est un privilège, un grand bonheur. Ce prix a déjà été remis entre autres à Pierre Bourgault et Marc Favreau. De venir à leur suite est très flatteur. Je suis la première femme à recevoir le prix», dit-elle.
Pour Marie-Éva de Villers, le rayonnement de la langue française au Québec est passé notamment par les femmes, qu’elles aient été religieuses, mères de famille ou institutrices.
L’état de la langue
Pour cette Chevalière de l’Ordre national du Québec, récipiendaire du prix Camille-Laurin de l’Office québécois de la langue française et médaillée de l’Académie des lettres du Québec, le français au Québec est menacé par la proximité de l’anglais et par son statut minoritaire en Amérique. Toutefois, «il y a un attachement profond des Québécois à leur langue.»
Citant en exemple les mots téléchargements, courriels, baladodiffusion et autres mots qui sont l’équivalence d’un vocable anglais, Marie-Éva de Villers montre que quand les équivalents français proposés sont «raisonnables», les Québécois les acceptent. «Ils n’aiment pas utiliser les mots en anglais», ajoute-t-elle.
La petite histoire d’un dictionnaire d’ici
À propos de l’unique Multidictionnaire de la langue française, publié chez Québec Amérique, Mme de Villers ne manque pas de mots. «Le concept même de cet ouvrage est de répondre le mieux possible aux questions des Québécois», explique l’Outremontaise de naissance.
Le Multi traite de l’usage réel du français au Québec et des difficultés que les Québécois rencontrent quand ils écrivent. Ce travail de moine est intégré dans un seul ordre alphabétique englobant la quasi-totalité des difficultés du français, telles que la conjugaison, les anglicismes, les québécismes et les abréviations. Le tout est souvent accompagné de tableaux explicatifs.
«C’est un dictionnaire rapide et facile à consulter», considère l’auteur de l’ouvrage inspiré par son travail à l’Office québécois de la langue française (OQLF).
L’organisme recevait de nombreuses demandes de consultations concernant l’orthographe ou l’usage de certains mots, explique Mme de Villers. À partir de ces requêtes, elle a proposé de rédiger un dictionnaire de l’OQLF sur les difficultés du français rencontrées par les Québécois. Le projet a été refusé, le mandat de l’organisme étant d’élaborer la terminologie spécialisée plutôt que généralisée.
Celle qui travaille aujourd’hui à l’École des hautes études commerciales (HEC), comme directrice de la qualité de la communication, a alors cogné à la porte des Éditions Québec Amérique avec son idée. La suite est connue. Le Multi connaît un succès indéniable et en sera à sa vingtième année d’existence au moment de la sortie de la cinquième édition, en 2008. Avec cette nouvelle mouture et le prix Georges-Émile-Lapalme, la résidante d’Outremont couronne en beauté sa carrière toujours très active de linguiste.