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Revenir dans un coffre de bois ?

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Article mis en ligne le 6 décembre 2006 à 13:00
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Revenir dans un coffre de bois ?
Tous, nous regardons les actualités sans y être vraiment impliqués le plus souvent, moi comme les autres. Des soupirs, de l'ennui, de l'exaspération aussi, et puis on va au dodo.

Or, un lundi soir récent, méchante surprise, me voilà concerné. Et déconcerté. Il est là sur le petit écran, au bord d'un avion qui va partir. J'entends la déchirante chanson finale de Hair quand ça criait: «Claude!» Il a son bagage, il part pour l'Afghanistan, c'est bien lui, mais oui, c'est Claude!

«Un simple soldat», cher Marcel Dubé. De Valcartier. Harper en décidait: fini le jeu du casque bleu, du pacifique mainteneur de paix. La vraie guerre!

Notre Claude à nous y va. Reviendra-t-il dans un coffre de bois?

Le cher neveu de ma blonde laisse une jeune épouse avec un enfant encore au berceau. J'ai connu un petit garçon blond qui aimait son labrador, aimait voguer sur un Sun Fish loué au Chantecler sur notre lac Rond. Aimait avaler en riant une rousse à la terrasse du carrefour adèlois, chez Dino's, servie par la chère Denise.

Studieux aussi, mon Claude, il décrochait un diplôme des HEC, avait un peu de mal à se faire embaucher, se décida à aller jouer le comptable dans... l'armée du Canada. C'était avant le Harper-va-t-en-guerre!

Peut-on imaginer la mère aux abois, Colette? Le papa peu sentimental, Pierre, prof de sciences, qui craque au téléphone quand ma blonde, sa sœur, veut le réconforter ce lundi soir.

Hélas, même maudit soir, à RDI, excellent utile documentaire, mais très énervant sur... l'Afghanistan et ces Talibans plus fanatisés que jamais. Les blessés, les tués. Merde! Et moi, petit bourgeois impuissant à mon pied-à-terre du Phénix d'Outremont, si triste.

Je revoyais Claude Boucher venu cet été avec la jeune mariée pour nous faire voir son beau bébé héritier, si heureux! Il vient de quitter sa jolie banlieue de Québec pour ces montagnes scélérates du sud, Kandahar maudit qui camoufle d'aveuglés fondamentalistes.

J'ai peur, je crains un de ces jeunes fous d'Allah au volant d'un bazou bourré de dynamite, voyageur anonyme qui s'approche de Claude, de ses jeunes camarades de Valcartier. Boum! La mort...

Quoi dire, faire? Toucher du bois, prier, invoquer tous mes morts: «Protégez-le, protégez-le!»

J'entendais, chez Lepage un dimanche soir, mon camarade scripteur, Avard, qui a visité une zone merdique d'Afrique et recommandait que l'on cesse de jouer les vains matamores avec nos jeunes soldats, que l'on expédie nos forces avec des casques bleus pour calmer les «rebelles» et ce gouvernement sanguinaire du Darfour. Là où un nouveau Rwanda génocidaire se joue dans le sang répandu.

Je ne saurais mieux dire. Le Pearson d'un Canada pacifique se retourne dans sa tombe.

Claude, cet été, il y aura encore des voiliers à louer au Chantecler, mon lac Rond ne bougera pas d'une vague, l'été va chanter en harmonie avec mes rats musqués sous mon quai, le grand héron fou, les canards aux cous verts, les fidèles tourterelles, le colibri excité, le cardinal si rouge... Toute cette beauté estivale une fois de plus.

Je ne veux donc pas voir arriver à mon rivage une jeune veuve aux yeux rougis, ni ce bébé grandi qui serait orphelin de père. Alors, je maudis ce Steven Harper le bleu, je maudis le pleutre allié de Bush quand maintenant, tous aux USA lui disent son erreur de faux-croisé. Oh oui! je le voue aux hégémonies, ce cow-boy du «in God we trust»!

Il faut qu'un proche parent soit parti aux portes du Styx pour que mon enragement trouve un point de chute très précis. Mon indignation a désormais un visage familier, aimé.

Claude qui aime tant la vie, qui aime son chien, qui aime la belle ville de Québec et la Corse, où il alla en voyage de noces. Claude qui a une jeune famille, qui aimait bien rigoler avec le «vieil homme», le chroniqueur-écrivain, le chum de sa chère tante Raymonde.

À quoi bon toucher du bois ou supplier ses défunts? La dérive militariste du régime «con-serviteur» à Ottawa contentait tellement M. le Président des USA, un pieux born again, n'est-ce pas? «Born to kill», clamait un film.

À propos du Vietnam, tant de films effrayants, avec la fatale et humiliante déroute finale et aucune leçon à en tirer? Cette guerre là-bas est un méga-Vietnam et on verra un jour des hélicos en pagaille ramenant les boys.

Très prévisible. On ne combat pas des terroristes avec des tanks, quelle farce! Je viens de lire ce matin la corruption totale à Kaboul, l'argent envoyé virant en continuels backshish.

Ô Claude, cache-toi, prends garde, méfie-toi, sois prudent, reviens vite, un enfant mignon aura besoin d'un papa.

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