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François Bissonnette Remax
L'Express d'Outremont / Mont-Royal
Culturel Mademoiselle
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Sonder le cœur de Stéphane Bourguignon

Geneviève Allard par Geneviève Allard
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Article mis en ligne le 12 décembre 2006 à 5:15
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Sonder le cœur de Stéphane Bourguignon
Avec son quatrième roman, Sonde ton cœur, Laurie Rivers, l’Outremontais Stéphane Bourguignon réalise un changement de cap dans sa carrière d’auteur. Un changement de cap prometteur. (Photo: Martine Doyon)
Sonder le cœur de Stéphane Bourguignon
Son nom a été sur toutes les lèvres et sur nombre de pages de journaux au mois de janvier. Les médias ont pratiquement tous fait des critiques dithyrambiques de son roman Sonde ton cœur, Laurie Rivers, et l’auteur a pris part à un véritable marathon d’entrevues. Rencontre avec le populaire Outremontais Stéphane Bourguignon, au cours d’un déjeuner-lancement de son livre, un froid matin de la fin janvier.
La première question que L’Express d’Outremont lui a posé est: «Est-ce qu’il y a une seule question à laquelle vous n’avez pas répondu et que vous désireriez aborder?» L’auteur esquisse un sourire laissant bien voir qu’il a parlé plusieurs fois de la trame de son bouquin, de la recherche et du road trip qu’il a fait pour s’imprégner du Montana et du Midwest américain, dont il parle dans son livre. Il a aussi beaucoup développé longuement de son changement de cap, après les succès télévisuels La Vie, la vie et Tout sur moi, ainsi que la réussite commerciale et critique des romans Le Principe du geyser, L’Avaleur de sable et Un peu de fatigue. Ces œuvres avaient un peu, si l’on caricature, cantonné Stéphane Bourguignon dans le rôle du spécialiste des trentenaires en quête de soi et de liberté vivant sur le Plateau-Mont-Royal.

«Je n’ai pas mis l’accent sur le drame en entrevue, dit-il en réponse à notre question. On a beaucoup parlé [dans les médias] de la politique américaine, mais ce n’est qu’un point de départ dans Sonde ton cœur, Laurie Rivers. Il n’y a pas de crime qui se passe, mais on a toujours l’impression qu’il va en arriver un. Le sentiment de drame est important parce que c’est un des moteurs de la lecture du livre.»

Le drame, c’est celui de Laurie Rivers, jeune enseignante de 26 ans dans une petite ville du Midwest. Laurie tente de faire bouger les choses, d’éduquer les jeunes et de leur en montrer un peu plus que ce que leur Idaho natal leur propose. Elle s’occupera donc du cas particulier d’Alice Hubbard, jeune fille obèse fraîchement débarquée de Houston. Laurie tentera de l’aider à perdre du poids, et ce, malgré le désaccord des parents de cette dernière. Avec un autre élève, Kevin, elle aura une relation qui montrera à quel point les actions de Laurie peuvent être questionnables d’un point de vue éthique.

En sondant le cœur de Laurie, on y voit aussi la vie de couple insatisfaisante de celle-ci, ses rapports complexes avec sa mère, et un passé trouble et douloureux. «Elle trouve son immense blessure de l’adolescence. J’ai aussi souvent mis le mot cœur dans le livre, par exprès. Nous, on découvre des choses sur Laurie bien avant elle. Si elle s’écoutait, elle se trouverait. Et dans sa relation avec son mari, et dans son rapport avec Kevin, et dans son investissement avec la cause d’Alice, et dans la hargne contre sa mère. Dans son cœur bouillonne des choses qui vont la mener à sa perte.»
Le grand roman américain
Le titre du livre, aux allures de mélodramatique chanson country, allait de soi pour celui qui habite Outremont depuis environ quatre ans. «Aussitôt que je suis arrivé à écrire dans le texte "sonde ton cœur avec attention Laurie", j’ai su que c’était ça. […] Il y a un petit quelque chose de quétaine. Ça fait partie du plaisir et donne l’esprit du roman américain traduit.»
Son roman a d’ailleurs une touche américaine. Normand de Bellefeuille, éditeur littéraire de Québec Amérique, faisait remarquer durant le déjeuner-lancement que le manuscrit avait été lu par un spécialiste québécois de la littérature américaine, et qu’il avait salué son travail. De plus, le scénariste et écrivain a rencontré des romanciers et des enseignants de l’université du Montana, institution par laquelle beaucoup d’écrivains étrangers sont passés dans les années 1970. Avec l’un d’eux, il a parlé de l’Irak, de la division de la société américaine sur la question, du fait que tous ont un proche sur le champ de bataille, du tabou de la guerre, du malaise et du rythme de vie lent et figé de l’Idaho. Ce côté figé, Stéphane Bourguignon l’a utilisé tout au long du livre pour montrer que la beauté du paysage du Midwest a quelque chose d’immensément oppressant.
Discours de la méthode
Pour la première fois dans un de ses romans, l’auteur qui planche présentement sur la deuxième saison de Tout sur moi s’est extrait du livre pour ne pas extraire le lecteur du milieu dans lequel il a voulu les mettre, soit le Midwest américain. Ce livre, qui a nécessité une véritable démarche de détective, a beaucoup plu à Stéphane Bourguignon.
Son style d’écriture est aussi intéressant. «J’ai utilisé des phrases cassantes, un peu cliniques, pas confortables ni lisses, a-t-il expliqué aux groupes de journalistes et de libraires présents au déjeuner-lancement. J’ai tenté d’éviter de répéter les patterns des trois premiers romans. […] Ce livre laisse entrevoir un avenir réjouissant. Les trois premiers livres étaient une tentative énergique de dire qui j’étais. Avec Sonde ton cœur, Laurie Rivers c’est plus un regard sur le monde que sur moi».

Les thèmes se suivent et se ressemblent quand même un peu. Il s’agit toujours pour lui de voir comment réussir à vivre en société, en famille ou en couple tout en restant soi-même, et comment accéder à la liberté totale du soi, si possible. «C’était aussi le thème dans La Vie, la vie, devenir soi-même et se réaliser. Le regard sur les choses est le même, c’est la façon de l’exprimer et de le mettre en scène qui est différente».

Et cette prochaine mise en scène, pourrait-elle peut-être avoir lieu à Outremont? «Non, je ne pense pas, signale-t-il en riant. C’est trop bucolique, ça va trop bien pour y situer un livre, ça me prend plus torturé que ça!»

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