Elle n’était pas contente, la madame…
C’est que, c’est un peu vrai, j’ai été impoli: après avoir participé, sous sa bienveillante gouverne, aux cinq réunions du comité consultatif formé d’une vingtaine d’éminents citoyens d’Outremont, j’ai craché dans le potage à la dernière rencontre... En déclarant que je me dissociais des conclusions du comité, selon lequel le projet de développement de la gare de triage était prometteur, porteur, bien planifié, novateur, beau.
Les informations pour arriver à ces conclusions me semblaient si incomplètes, rudimentaires ou carrément absentes que je me suis senti l’espace d’un instant transporté à Disney World et que j’ai eu un malaise, surtout devant la maquette soigneusement illuminée du projet...
J’ai alors souligné une nouvelle fois qu’au moins trois aspects du projet menaçaient sa viabilité et sa pertinence à titre de projet «structurant» pour Outremont.
Premièrement, l’absence totale d’information à propos d’une dimension du projet qui me semblait pourtant avoir une certaine importance: son financement... On avait beau répéter que le montage financier «était à définir», ça me laisse toujours perplexe pour des projets dépassant (sans doute de beaucoup...) un milliard...Comme si le fait de dessiner des plans et de faire des maquettes en carton allait déclencher des cataractes d’argent nouveau en faveur d’une université qui se dit en crise financière profonde et bientôt en manque chronique d’étudiants... En fait, la seule chose quasi certaine est que cet argent proviendra des fonds publics, c’est-à-dire de nous... Alors, puisqu’on y est, pourrait-on savoir quel sera l’impact du projet sur le compte de taxe foncière?
Deuxièmement, les prévisions des impacts du projet sur la circulation apparaissaient si irréalistes qu’elles relevaient davantage de l’étude de publicité-marketing jovialiste que de l’estimation raisonnée des conséquences sur un territoire limité, aux rues étroites et dont les voies de transit sont surchargées. L’étude réussit même à prétendre que la réalisation du projet (800 logements et une fréquentation quotidienne projetée de 10 000 personnes dans les sites universitaires) permettra la diminution des flots de circulation dans certaines des rues. L’importance du rêve...
Et, ultimement, la densité, qui se traduit dans les faits par le désir de l’université de construire beaucoup de bâtiments et d’en maximiser les hauteurs. Réflexe d’entrepreneur bien connu (le matériel est déjà là, pourquoi ne pas en profiter pour en construire un peu plus?), qui se traduit dans les faits à la source de tous les autres problèmes: les coûts énormes, la circulation fébrile, les espaces verts limités à un invraisemblable terre-plein de 27 mètres de largeur sur toute la longueur du projet, un parc à chiens et un terrain de baseball et une durée de réalisation du projet qui dépassera certainement 20 ans...
Je l’ai noté dans son regard, ma réaction critique pourrait l’avoir un peu crispée, la madame de la firme de consultation chargée par l’Université de Montréal du processus de «consultation». Mais, de là à exclure le compte-rendu de cette dernière réunion du site web où peuvent pourtant être consultés les comptes rendus de toutes les autres réunions de ce comité, c’est ma foi presque de la petitesse, surtout de la part de gens en apparence si bien élevés…
Marc Dumont
Ex-membre du «comité-conseil» des citoyens d’Outremont