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La grosse patente

Article mis en ligne le 7 mars 2007 à 18:01
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La grosse patente
Il était une fois un charmant terrain de soccer situé quelque part dans la partie nord de l’arrondissement. Bordé de sapins qui sentaient bon, des enfants gambadaient matins et soirs d’été à la poursuite du ballon rond. Le tracé blanc du sentier se démarquait nettement du gazon, un peu comme le yellow brick road du Magicien d’Oz.

Je traversais souvent ces lieux avec mon ami Sam et m’attardais à les regarder jouer. Ensuite, on continuait vers le parc canin par le petit chemin contigu à «l’aréna», comme on l’appelait à l’époque. C’était avant qu’il ne devienne le Centre communautaire intermachin.

Un jour, les bulldozers sont venus. Ils ont tout rasé. Aujourd’hui, il y a un parking à la Wal-Mart, asphalté et surélevé, rempli de machines. On n’arrête pas le progrès.

Maintenant, l’Université de Montréal nous arrive avec un méga-projet «structurant», «porteur», «vert», et tout le tra-la-la. La disparition de la cour de triage n’est pas une mauvaise chose en soi. Celle des espaces verts, tels le parc canin, le terrain de baseball et le jardin communautaire – avec sa faune de petits mammifères qui sont là depuis toujours et ses magnifiques arbres quasi centenaires – constitue un désastre intégral.

Et qu’on ne vienne pas nous parler de «relocalisation» pour ce qui existe déjà et fonctionne très bien. Même la cour de voirie d'Outremont devrait rester là où elle est.

Si l’Université de Montréal achète le terrain de la cour de triage pour ses propres besoins et ceux de quelques partenaires privés, en évitant la folie des grandeurs, fort bien. Mais qu’elle reste dans la cour de triage.

Si d’autres intérêts, en coulisse, utilisent l’institution comme cheval de Troie pour se faufiler dans la démarche en flairant le coup d’argent pour nous enlever la seule verdure qui reste dans le secteur – avec la bénédiction de nos élus – cela ne passera pas comme une lettre à la poste. «Ils» prétendent ériger 816 unités d’habitation dans une orgie de brique et béton dont, paraît-il, «30% à des prix abordables» et, par conséquent, corrigez-moi si je ne me trompe, 70% à des prix inabordables. Quand j’ai aperçu la maquette lors de la journée d’information-muffins-cafés, je n’ai pu m’empêcher de penser aux ensembles ubuesques de la Roumanie de Ceaucescu.

Je souhaite bonne chance à nos élus s’ils prétendent présenter cette grosse patente dans la campagne électorale de 2009 (c’est-à-dire, demain matin), comme la troisième merveille du monde. On sera déjà dans la pagaille: bruit, poussière, camions, confusion, circulation, rage, frustration...

Un tsunami va déferler. Il détruira notre habitat et provoquera un exode vers des lieux plus sereins.

Si les résidents du quartier, de l’arrondissement, de Parc-Extension et de Ville de Mont-Royal ne se couchent pas devant les bulldozers, ils n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Carlos Lopez

Outremont

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