Cinq jeunes du secondaire ont exposé leur vision de l’avenir et de l’état de la planète lors d’une table ronde samedi dernier. Une rencontre rafraîchissante avec des adolescents inspirants et inspirés.(Photo: Martin Alarie )
La terre des Jeunes
Les sceptiques seront confondus. Que ceux qui jugent que les jeunes ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez et se soucient bien peu de l’avenir de la planète ont intérêt à rencontrer le groupe d’élèves du secondaire que le Montréal Express a interviewé. Avec ces jeunes conscientisés, sérieux, motivés et lucides, l’avenir ne peut qu’être optimiste.
Ils étaient cinq jeunes de secondaire 3 à 5 provenant d’horizons différents et avaient été pour la plupart choisis par leur commission scolaire pour discuter de la planète, de leurs préoccupations face à l’environnement et au futur de la Terre.
D’entrée de jeu, ils ont reconnu l’importance des gestes individuels et le besoin d’agir incessamment. «On favorise la conscientisation individuelle, mais il faudrait réglementer les industries», a révélé Vannaro Diep, président du conseil étudiant de l’école George-Vanier à Laval et élève de secondaire 5. À 17 ans, il milite pour le Parti québécois et il croit qu’il est impératif d’étendre l’action individuelle à la collectivité pour que des changements soient visibles. Un constat auquel François-Michel Hastir de l’école Louis-Riel à Montréal acquiesce. «On ne parle pas assez de ces gestes simples qui peuvent faire la différence », renchérit le jeune homme qui milite pour Greenpeace, Amnistie internationale et qui participe à un comité dédié à l’environnement au sein de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).
À la maison, les efforts pour l’environnement ne se font pas au même rythme. Par exemple, chez Isaac, il y a trois bacs de recyclage, mais Vannaro réprimande souvent son père qui veut s’acheter un véhicule utilitaire sport. «Chez nous, nous sommes passés de zéro à trois voitures en un an», confie Eva sous le regard médusé de ses pairs. Les cinq jeunes semblent toutefois s’appliquer à modifier ou encourager les habitudes prises par leurs parents. «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se change», rappelle Vannaro.
L’école, un milieu vert ?
Pas tout à fait, si on se fie aux commentaires des jeunes autour de la table. Les cafétérias utilisent de la vaisselle qui n’est pas recyclée, les lumières dans les couloirs sont souvent allumées inutilement et les initiatives quant à l’environnement ne sont prises que par une poignée de professeurs. «Il y a presque plus de déchets dans la cour d’école que de gazon», signifie Isaac Cyr, élève de 3e secondaire à l’école Chambly sur la Rive-Sud de Montréal. Tous s’entendent pour dire que l’état de la planète n’est pas assez à l’ordre du jour dans leur école. «Sur une période de neuf jours, nous pourrions avoir un cours sur l’environnement. Il faudra se battre pour la survie de tous», rappelle François-Michel qui rêve de panneaux solaires sur les toits de l’école.
Pour Donna Edwards, élève de troisième secondaire à l’école James Lyng dans l’arrondissement de Saint-Henri, il semble qu’il n’y ait pas encore assez de problèmes visibles pour penser qu’il y ait un problème. «Par exemple, nous avons un système de recyclage de cannettes à l’école, mais les élèves les jettent n’importe où», se désole-t-elle.
Eva Albert, de l’école Saint-Laurent dans l’arrondissement du même nom, croit que cela dépend des écoles. Surprise d’entendre parler des initiatives que les autres participants ont lancées dans leur école, Eva croit que plus de temps devrait être consacré à l’environnement dans les classes. «Ils devraient nous sensibiliser au problème dans les écoles parce que ça va venir plus vite que l’on pense», signale l’élève de 4e secondaire.
«Il faut plus impliquer les jeunes à l’école et le faire pour vrai», ajoute Donna.
Et le gouvernement ?
S’ils étaient ministre de l’environnement ou même premier ministre du Canada, aucun des jeunes sondés ne lésinerait sur la question de l’état de la planète.
«Il faut taxer les pétrolières, favoriser les éoliennes, taxer les voitures qui polluent, investir dans la recherche, électrifier les chemins de fer, subventionner le transport en commun», énumère le futur politicien Vannaro. «Il faut arrêter de couper les forêts et avoir une grosse réforme verte. Si une industrie veut être polluante, elle doit payer», ajoute François-Michel.
Eva, quant à elle, aimerait prévoir une sortie chaque mois dans les écoles où les journées seraient centrées sur l’environnement, pour sensibiliser les jeunes assez tôt à la problématique. Isaac, lui, s’inquiète du sort des animaux et de la santé générale des êtres humains. «La santé est reliée à l’environnement», souligne-t-il. Une inquiétude partagée par Donna qui juge impératif de penser aux animaux. «Il n’y a plus de glace pour les ours polaires, et ce n’est pas de leur faute».
Un message d’espoir
Si les cinq jeunes avec qui le Montréal Express a discuté se désolent du sort de la Terre, ils sont optimistes et ont des messages clairs pour les adultes.
«Aux parents et aux grands-parents, je vous dis de penser à vos petits-enfants, à quel genre de monde vous voulez pour votre entourage. Il y a quelque chose à faire dès maintenant, mais ce n’est pas éternel», énonce François-Michel.
Selon Donna, «il faut arrêter d’utiliser des choses dont on n’a pas besoin et qu’on utilise quand même».
Et le mot de la fin, aux allures de slogan électoral, revient à Vannaro: «Polluer ça tue, mais un petit geste vert, ça aide !»