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La verte Irlande en 1920

par Claude Jasmin
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Article mis en ligne le 16 avril 2007 à 8:02
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La verte Irlande en 1920
Le film The Wind that Shakes the Barley, du cinéaste doué Ken Loach, raconte. Que sait-on des Irlandais jadis soumis, envahis au nord par les «goddam blokes»? Peu de choses en général.

L’Empire britannique, plus puissant à l’époque que l’Empire étasunien actuel, contrôlait avec maintes astuces ses colonies. Cela sur tous les continents du monde. Jusqu’à nos portes, on le sait trop. L’Irlande, sa voisine, île moins développée que l’Angleterre, était sa colonie la plus proche quand on excepte le pays de Galles et l’Écosse. Des Écossais tentent actuellement d’obtenir leur souveraineté totale. Il y a, là aussi, des collabos et plein d’Écossais nerveux, peureux, qui doutent d’eux, qui sous-estiment leurs capacités, comme ici, qui s’automéprisent.

J’ai parlé souvent du racisme inversé. Il s’agit d’un pénible manque de confiance en soi. Ce racisme inversé se nourrit des petites gens, des citoyens de classes moyennes, qui continuent toujours à craindre la liberté. Oui, plein de Québécois qui ont pu s’en sortir, qui parviennent à une sorte d’épanouissement personnel, disent: «Ne touchons à rien, ne brassons pas la cage.» Et adieu le patriotisme!

Le film, Le Vent se lève en français, parle d’un vent de 1920 qui est un violent courant d’air pour la lutte en faveur d’une Irlande sans tutelle aucune. On sait la fin heureuse de l’histoire aujourd’hui. Nous connaissons la bonne prospérité de cette ex-colonie.

Que j’aime ces pages d’histoire en images. Elles donnent toujours envie de mieux se renseigner et je cherche des livres sur cette fabuleuse longue bataille irlandaise. Rien à faire, un film est limité dans le temps. Une longue saga, une télésérie ne suffirait pas à narrer adéquatement ces longues années pour gagner la liberté.

Un film reste cependant un efficace et fort moyen pour informer les masses. Le cinéma est un art populaire. Pourtant, un cinéaste est pris par ce métier de résumer, de couper les coins carrés. Inévitable cela. L’historien chevronné haussera les épaules et aura, avec raison, des reproches à faire.

Il n’empêche que Le Vent se lève est un album de photos animées fort bien fait. Je défie tout spectateur de ne pas être chaviré par la force aveugle, brutale, déployée par la soldatesque britannique afin de tuer dans l’œuf l’action libératrice des révolutionnaires de la verte Erin.

La sauvagerie des libérateurs irlandais n’en fit pas moins des carnages sur son territoire à libérer et on ne sera pas surpris de voir des nationalistes irlandais prudents et calculateurs capables de semer la pagaille. Ce sera la classique opposition entre les pactiseurs «bons ententistes» et les révoltés. Avec l’affreuse conséquence, à la fin du film, d’un frère contre son frère! De là des scènes déchirantes, l’amorce d’une guerre civile, ce qui fait bien l’affaire des dominateurs de Londres.

La lutte des indépendantistes québécois n’a absolument plus rien à voir avec cette Irlande de 1920. De nos jours, l’adversaire de notre liberté québécoise se sert non pas de mitrailleuses, mais des connivences des possédants, vénaux, entrepreneurs en tous genres, gros commerçants intéressés, médias aux proprios collabos, enfin de la riche publicité négative très moderne.

Nous formons la seule nation française en ce continent. La seule. Nous avons besoin — et c’est un droit selon l’ONU — de nous gérer nous-mêmes. En 1960, on a vu des jeunes patriotes impatients entrer en clandestinité et faire exploser des bombes. Un demi-siècle plus tard, bien des choses ont changé. L’insécurité s’est amoindri un peu et nous ne verrons jamais, tant mieux, ce «vent qui se lève», avec ses torturés, ses cadavres, ses meurtres. Il faut s’en réjouir.

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