Dans la classe de sixième année de Claire Caillé, à l’école Dunrae Gardens, les élèves lisent des livres, pratiquent la conjugaison et font des compositions en français. La moitié de leur journée est d’ailleurs consacrée à l’apprentissage de cette langue. (Photo: Jacques Pharand)
Jongler avec les langues sur les bancs d’école
Ils sont plongés dans la lecture du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, font la conjugaison des verbes avec doigté, rédigent des dictées régulièrement et sont bien loin de l’apprentissage des «oui», «non» et «merci».
Dans les corridors et la cour d’école, le français et l’anglais se mêlent à une kyrielle d’autres langues. Les élèves des deux écoles primaires anglophones de Mont-Royal, Dunrae Gardens et Carlyle, ont un niveau de français assez élevé, même s’il s’agit de leur deuxième, voire de leur troisième langue.
Mallary Favretto est en sixième année à l’école Dunrae Gardens. Le matin, l’écolière de Mont-Royal apprend l’anglais. L’après-midi, elle dompte les rudiments du français avec son enseignante, Claire Caillé. «Le plus difficile ce sont les verbes. Parfois je me mélange dans les terminaisons», explique la jeune fille aux racines italiennes dans un français impeccable.
L’an prochain, Mallary se dirige à l’académie LaurenHill, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, où elle poursuivra ses études secondaires dans la langue de Shakespeare. «Je vais là parce que ma sœur et mon frère y sont.»
Toutefois, l’élève ne redoute pas de perdre son français, même si elle ne le pratique pas à la maison. Dans son équipe de soccer, plusieurs de ses amis ne parlent que dans la langue de Molière.
Des programmes adaptés à la réalité locale
Dunrae Gardens et Carlyle, qui accueillent des élèves de Mont-Royal et des quartiers environnants, offrent des programmes adaptés à la réalité locale, qui est multiculturelle et bilingue.
«Dans ma classe, il y a environ 15 nationalités. Des Indiens, des Srilankais, des Grecs. […] Le tiers d’entre eux ont une langue maternelle autre que le français et l’anglais», indique Mme Caillé, qui enseigne le français à l’école Dunrae Gardens depuis 21 ans.
«Dunrae Gardens a un programme d’immersion française avec 68% d’enseignement en français pour ses quelques 425 élèves, explique Michael Cohen, porte-parole de la Commission scolaire English-Montreal (CSEM). Quant à Carlyle, le programme est celui d’anglais de base avec 32% de son contenu offert en français.»
La CSEM offre aussi un troisième type d’enseignement primaire, le programme bilingue, dans lequel 50% de l’enseignement est dispensé en français.
«Je vois une différence avec il y a 15 ans, raconte Mme Caillé. Aujourd’hui, les parents veulent que leurs enfants demeurent au Québec et sont conscients de la nécessité qu’ils apprennent le français.»
Ceux qui envoient leurs enfants à Dunrae Gardens voient leur progéniture évoluer uniquement en français durant tout le premier cycle et dans les deux langues au deuxième cycle.
C’est le cas de Joseph Najjar, lui aussi un élève dans la classe de Claire Caillé. «Je suis habitué de parler français à la maison parce que mon père est libanais et me parle dans cette langue.»
Le jeune homme, qui s’exprime aussi en anglais et en libanais, se dirige vers des études secondaires en français au collège Notre-Dame. Il fera face à des difficultés au début, notamment parce qu’il trouve qu’écrire sans faute lui donne du fil à retordre, mais il ne semble pas du tout effrayé par la perspective de changer de langue d’apprentissage.
Quant à l’école Carlyle, qui accueille 230 élèves, les objectifs sont un peu différents. «Le français de base est enseigné de la maternelle à la sixième année, signifie Cynthia Bernard, institutrice en cinquième et en sixième année depuis huit ans dans cette petite école primaire. Nos objectifs sont d’interagir en français, de s’adapter à la communauté francophone, de comprendre des textes et de démontrer sa compréhension. Nous faisons aussi beaucoup d’écriture.»
L’école a ceci de particulier qu’elle reçoit aussi des élèves dans une classe d’accueil. Pour Mme Bernard, les résultats de l’apprentissage sont tangibles et impressionnants. «Ça change tellement! C’est incroyable de voir l’enfant évoluer en français et en anglais. Souvent, ils entrent en immersion pour les deux langues.»
Anglophones vs francophones
Mais les élèves des écoles anglophones sont-ils meilleurs en français que les francophones en anglais? «Il faudrait aller comparer dans une école française», dit Mme Caillé. «Je pense qu’on pousse encore plus», juge Mme Bernard.
La directrice de l’école Dunrae Gardens, Françoise Barlier, fournit tout de même une piste de réponse. «Je crois que c’était différent comme philosophie. Auparavant, les écoles anglaises avaient un avantage parce que les cours de français débutent dès la première année. Depuis cette année [2006-2007] par contre, les élèves francophones ont des cours d’anglais dès la première année.»
Quoi qu’il en soit, les élèves anglophones s’expriment, de façon générale, assez aisément dans deux langues ou trois langues et sont bien loin des vieux débats linguistiques québécois…