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Deux générations, trois femmes

par Julie Charette
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Article mis en ligne le 6 mars 2008 à 16:34
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Deux générations, trois femmes
Animatrices à la maison des jeunes l’Espace-Temps, Gaëlle Baumans et Florence Tremblay Gagnon sont reconnues pour leur engagement actif dans l’arrondissement. (Photo: Éric Carrière)
Deux générations, trois femmes
C’est ce samedi que l’on souligne la Journée internationale des femmes. Pour l’occasion, L’Express d’Outremont s’est entretenu avec trois femmes impliquées dans leur communauté, deux générations qui en ont long à dire sur leur rôle dans l’arrondissement et dans la société. Rencontre avec Gaëlle Baumans, Florence Tremblay Gagnon et Charlotte Michaud.
Animatrices depuis un an et demi à la maison des jeunes l’Espace-Temps, Gaëlle Baumans et Florence Tremblay Gagnon connaissent tous les racoins d’Outremont. Meilleures amies depuis huit ans, elles ont fréquenté l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont. Âgées respectivement de 20 et de 21 ans, elles sont reconnues pour leur engagement actif dans la communauté et pour leur langue bien pendue! «Toute notre vie est à Outremont. On connait le quartier par cœur!», confie Florence en précisant qu’elle souhaite emménager avec Gaëlle en juillet dans un appartement situé…à Outremont!

Détentrice d’un diplôme d’études collégiales (DEC) en arts et lettres, Gaëlle poursuivra ses études l’an prochain en cinéma à l’université. Pour sa part, Florence complète présentement son DEC en danse et prendra part à la fin du mois aux auditions de l’atelier de danse moderne de Montréal.

Paresseux les jeunes d’aujourd’hui? Florence et Gaëlle cumulent à elles deux près de cinq emplois! «C’est important de commencer à travailler lorsqu’on est jeune parce qu’on apprend la valeur de l’argent», signale Florence.

Observatrices privilégiées des relations entre les jeunes, elles constatent des différences générationnelles. «Nous, on a été moins touchés par le matérialisme. Aujourd’hui, ils ont des cellulaires, des iPod. À 13 ans, ils ne savent plus quoi demander à Noël. Et ils sont surprotégés par leurs parents. Ils prennent tout pour acquis, mais on les aime pareil!», rigole Gaëlle.

«Les jeunes d’aujourd’hui participent moins, ils viennent moins que nous à la maison des jeunes. Nous, on appréciait plus le fait d’être en gang. Ils ont tellement tout matériellement. Nous on faisait peut-être des conneries, mais on ne s’en foutait pas», mentionne Florence.

Les deux animatrices identifient deux valeurs qu’elles mettent de l’avant tant dans leur vie professionnelle que personnelle: la confiance et le respect. «Il faut établir un lien de confiance avec les jeunes et le respect, notamment de l’autorité peu importe la situation», indique Gaëlle.

La maison des jeunes catalyse en quelque sorte leur sentiment d’appartenance à l’arrondissement. «On sait que l’existence de la maison des jeunes ne tient qu’à un fil. Si ce n’était de la participation des jeunes et des animateurs, elle ne serait plus là», estime Florence. «Avec la maison des jeunes, on a un contact avec tout Outremont!», renchérit Gaëlle.

De nos jours, l’adolescence apparaît comme une étape privilégiée, bien que mouvementée, de la vie. «L’adolescence est souvent considérée comme quelque chose de fragile. C’est vrai jusqu’à un certain point. Les jeunes veulent tester les limites des gens et comme animatrices, on veut leur donner des repères. C’est une période importante de la vie, c’est une période d’apprentissage et elle prend de plus en plus d’importance», explique Gaëlle.

Pour Florence, le passage à l’âge adulte n’est pas de tout repos. «Ça fait deux ans que je suis en appart et que j’ai des responsabilités. Mais, je n’ai pas envie de devenir une adulte. C’est comme si tous les problèmes que j’ai eus c’était parce que j’avais peur de vieillir.»

Féministes les jeunes filles d’aujourd’hui? «Pas vraiment, mais nous le sommes au fond de nous. Nos mères se sont battues et nous ont élevés comme ça. Nous n’avons jamais eu à nous battre. Ce que les féministes des années ‘70 ont prouvé c’est que les filles sont aussi fortes que les hommes», souffle Gaëlle.
Le bonheur, la sagesse
«Il ne faut pas avoir peur des mots. Les gens ont le besoin de s’excuser quand il y a une reconnaissance de l’âge. Je ne comprends pas pourquoi, il y a des choses merveilleuses à tous les âges. Ce qui est intéressant c’est une certaine atteinte à la sérénité, un bien-être de soi-même. Je trouve qu’on a peur des mots. C’est parce que l’on a peur de la réalité. Et ce que j’aime en vieillissant c’est que j’accepte tranquillement cette réalité», souligne Mme Michaud en parlant de l’utilisation du mot vieillir.
Visage bien connu à Outremont, elle fêtera en avril sa vingtième année de travail comme agente immobilière. «Je crois beaucoup au travail, j’aime travailler. Le travail c’est la santé et mentalement il nous garde en forme. Souvent à la retraite les gens s’ennuient!», indique celle qui avoue sans gêne ses 73 ans.

Née à Rimouski, elle a fait son entrée dans la métropole alors qu’elle était âgée de neuf ans. Avant de s’occuper des maisons de l’arrondissement, elle a exercé dès ses 15 ans divers métiers. Elle a notamment été intervenante auprès des filles-mères à l’hôpital de la Miséricorde, agente de voyage et travaillée au sein du secteur des ressources humaines pour une filiale de Northern Telecom et de Bell Canada. À la suite de la fermeture de cette filiale, elle s’est retrouvée à 53 ans sans emploi. «Là, je me suis dit que je n’aurais plus jamais de patron de ma vie! J’aimais beaucoup les maisons et j’avais l’expérience du contact humain. J’ai décidé de suivre le cours pour devenir agent immobilier. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si cela n’avait pas marché!»

Elle constate que les temps ont bien changé pour les jeunes. «C’est plus important l’adolescence aujourd’hui que dans mon temps. On était des enfants et puis tout d’un coup on devenait des adultes. Aujourd’hui, on donne beaucoup d’importance à l’adolescence, on dit que c’est difficile. Moi, je n’ai pas connu cela», signale celle qui avoue un goût pour l’histoire et l’architecture.

Mère d’un fils, elle souligne la place grandissante occupée par les pères dans la vie de leurs enfants. «Je n’en reviens pas de voir le nombre de pères qui participent à l’égal des mères à l’éducation des enfants. Je trouve qu’ils sont présents et très habiles, c’est un changement merveilleux!»

L’ouverture d’esprit et la responsabilité reviennent régulièrement dans le discours de Mme Michaud. Deux valeurs qu’elle croit nécessaire de cultiver à tout âge. «Je trouve que si l’on reste fermé dans notre petit monde, on manque beaucoup de choses.»

L’Outremontaise d’adoption souligne que les jeunes femmes ont maintenant des opportunités inimaginables pour les femmes de sa génération. «Elles peuvent exercer tous les métiers et faire des études. Je crois que le plus grand problème des jeunes femmes, c’est l’équilibre entre la famille et la carrière. C’est vraiment un choix personnel. Le plus important c’est d’être responsables pour soi-même. Moi, j’ai géré du mieux que je pouvais!»

Alors que la jeunesse est célébrée et mise de l’avant, Mme Michaud mentionne la beauté émanant des rides. «Quand je regarde des photos, celles que j’aime représentent des gens ayant la peau toute plissée, comme les marins ou les cultivateurs. Cela montre tout le caractère et la grandeur de la vie d’une personne.»

Le bonheur de vieillir pour Mme Michaud? «Je pense que mon expérience de vie peut apporter aux gens. À l’âge que j’ai si on n’a pas atteint un certain niveau de sagesse, cela veut dire que l’on a manqué quelque chose à quelque part. La sagesse n’est pas ennuyante», confie Charlotte Michaud en esquissant un sourire.







(Photo: Éric Carrière)



(Photo: Éric Carrière)

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