Une lettre d’amour de Stéphane Bourguignon au mont Royal
Il y a les coups de foudre éblouissants et les passions dévorantes. Plus souvent qu’autrement, ces histoires disparaissent en laissant une vague odeur de brûlé. À choisir, je préfère les amours qui s’installent sans faire de bruit. Et pour toujours. Le mont Royal et moi, c’est une idylle comme celles-là.
J’aime cette étrange protubérance qui dort au milieu de Montréal. Même pas une vraie montagne, plutôt une butte avec un ego! Ou un cachalot maladroit qui se serait échoué au milieu d’une île. Mais son physique ingrat ne le rend-il pas plus attachant?
Comme beaucoup d’amours, mon amour pour le «monticule» est d’abord égoïste. Je l’aime parce que j’y trouve le repos, la paix et le contentement. Je peux y prendre une petite dose de campagne en plein cœur de la cité. De l’air jusqu’à s’enivrer; l’immensité pour laisser jouer le regard; l’ombre et le frais dans les jours trop chauds; le silence, denrée rare entre toutes! Sans oublier la neige et le vent, qui, souvent, peuvent remettre bien des choses à leur place…
Égoïste aussi parce que j’aime ce que j’y retrouve invariablement: une distance par rapport à ma vie, à mon travail, à ceux que j’aime. Ici, j’ai l’espace pour espérer et pour rêver. Ici, je peux prendre le recul nécessaire avant de redescendre dans la plaine et tenter de sauter les obstacles qui attendent d’être sautés.
Mais surtout, je vous y vois, riant, discutant, vous joggez, vous patinez, vous concluez des affaires, votre pique-niquez entre amis, vous parlez anglais, italien, portugais, hébreu ou arabe. Vous êtes toute la richesse et la diversité de ma ville et je fais partie de ce tissu, intensément, l’espace de quelques heures ou de quelques minutes. Il faut bien s’oublier un peu, aussi, parfois…
Mais il reste que la particularité la plus extraordinaire de cet amour égoïste, c’est justement qu’il se partage!
Au plaisir de vous y croiser,
Stéphane Bourguignon, porte-parole des Amis de la montagne
(Source: Les Amis de la montagne)