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Papa vivant à Outremont!

Article mis en ligne le 18 mai 2008 à 8:18
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Papa vivant à Outremont!
Un vendredi matin ensoleillé. Enfin, enfin, des chaises et des tables rondes aux terrasses de l’avenue Bernard. La vie vive à nouveau. Je parle à une jeune journaliste. Je réponds à ses questions. Elle est venue en vélo et a déposé son casque sur une chaise. Calepin sorti et le stylo à la main. On déguste des allongés. Soudain qui je vois ? Mon père pourtant mort en mai 1987! Il marche vers nous dans l’avenue Bernard.

Papa est avec une belle grande dame noire aux cheveux d’un acier brillant. La beauté! Ce n’est pas vraiment mon père et c’est mon père. C’est ce bon comédien qui incarnait mon père dans mon feuilleton télévisé autobiographique. C’est un acteur, c’est Jacques Galipeau. Je l’ai su, il vit au vaste domaine dit Le Manoir, le haut voisin du Phénix, chemin Bates où moi je loge. Une ex-usine à macaroni, de Kraft.

Or, ce matin-là cette Sylvia qui m’accorde une interview va s’écrier —elle aussi— «Papa?» Nos rires! Quel hasard, non? Accolades, bises et embrassades. Pour La Petite Patrie, en 1974, Florent Forget, son réalisateur, examinant les photos de mon album familial s’était écrié: «Je vois bien ton père et ta mère. Et je sais dès lors qui choisir.» Ce sera Gisèle Schmidt, ma mère. Et Jacques Galipeau, mon père. Forget aimait bien arranger des concordances physiques.

Jacques reparti, je raconte à l’envoyée de La Presse: «Vous auriez dû voir la scène: on tournait dans la cuisine du logis natal où vivaient mes vieux parents et votre papa bousculait mon paternel: «Allez vite vous cacher ailleurs M. Jasmin, car on va tourner une scène maintenant».

Mon père protestait: «Je suis chez moi, on a qu’à me filmer, c’est moi le vrai père de l’auteur». Franches rigolades rue Saint-Denis à cette lointaine époque! Tous les deux, pipe au bec, éternelle tasse à café à la main, devisaient joyeusement durant les pauses. Galipeau —mes soeurs n’en revenaient pas— semblait le clone de notre papa. Tout un saut: nous revivions 1950 en 1974!

Je regrette —pudeur, temps de la reporter compté— de n’avoir pas questionné un peu Jacques Galipeau sur sa compagne, cette noire superbe. Rentré au Phénix, je me suis mieux souvenu: dans une autre vie où, critique d’expos, je faisais les galeries —pour La Pressejustement. Je voyais souvent Jacques Galipeau en méditation active chez Lippel, une galerie consacrée à l’art primitif africain. Avenue Bernard, je venais de le voir avec, à son bras, l’art, la beauté!

Dans l’avenue Bernard, ce vendredi matin là, la beauté passait, cette compagne au bras d’un comédien qui incarna mon père. Ce papa, petit restaurateur qui, retraité de son magasin en sous-sol, s’embarquera dans une foisonnante production de plateaux de terre cuite; céramiques illustrant «son» art primitif fait de modelages candides. Que l’on peut admirer aujourd’hui au prestigieux Musée des Beaux-Arts du Québec.

Ce soir-là, chez Jean-Duceppe, sortant de l’hallucinante et renversante composition de Guy Nadon en psychiatre ébranlé pour Équus, je tombe sur le «fils du père». Je raconte mon midi à l’acteur Vincent Bilodeau, vaillant alter ego. En un même jour, parfois, la vie prend des tours étonnants, non?

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