Claudine Bertrand (Photo: Courtoisie)
Autour de l'obscur
L'hommage à l'amie en poésie
Confrontée au décès de sa meilleure amie Louise Blouin, la poétesse Claudine Bertrand lui rend un hommage poétique dans son récent et 15e livre Autour de l'obscur. Ce portrait émotif ne laisse rien à la peine, mais tout à l'espoir. En mots simples et courts, la musique des images transforme la souffrance et chante l'indicible d'une amitié de longue date…
«Louise était une amie de 30 ans, raconte Claudine Bertrand. Nos maris se connaissaient et nous nous sommes rencontrées ainsi. Elle est devenue la marraine de ma fille et nous étions toutes deux très proches. Amoureuse des mots et de la poésie comme moi, enseignante comme moi, elle a, elle aussi, travaillé dans l'édition. Elle fut longtemps directrice de production aux éditions Les Écrits des Forges…»
Claudine Bertrand tenait à lui rendre hommage tout en dessinant par la poésie un portrait émotif de cette amie disparue. Disparue ou simplement absente? Choisir le mot est d'importance: la lecture de Autour de l'obscur propose de traverser cette souffrance en allant au-delà.
«La poésie aide à la transformation de la tristesse en message d'apaisement. Certains l'appellent la résilience.»
Sauf que ce qui les passionnaient toutes deux, la poésie donc, fut le langage commun de cette amitié. Elle fut aussi l'accompagnatrice des derniers moments de l'amie Louise.
«Jusqu'à la fin, les poèmes que je lui lisais lui donnaient des sourires et des étoiles dans les yeux. Son rapport à la poésie représentait pour moi le sens de l'émerveillement.» Louise Blouin s'en est allée le 15 juin 2007.
«On dit qu'entendre de la poésie, c'est écouter la musique intérieure de l'autre», propose Claudine Bertrand en ouvrant une chaleureuse conversation sur la poésie qui émeut, qui bouscule; qui inquiète parfois. Mais qui, plus souvent qu'à son tour, emporte ailleurs, plus loin et nous rappelle par l'imaginaire que nous sommes vivants.
«Ce livre garde Louise vivante dans ce qu'elle avait de plus beau et fort, la poésie. Cet art est le prolongement vivant de ce que Louise a été, est et sera encore dans mon imaginaire et ma vie.»
Un art mal-aimé?
Claudine Bertrand s'est consacrée à la poésie «parce que cet art me permet d'exprimer le plus fortement les émotions et l'intériorité de ce que je ressens. Peut-être aussi que cet art est mal-aimé, et j'ai toujours eu de l'intérêt pour les gens dans la marge. Sans doute parce que, enfant orpheline, je cherchais d'autres approches pour écouter ce qui n'est pas entendu…»
Enseignante au Collège de Rosemont en concentration Lettres, la poétesse outremontaise forme tous ceux qui aspirent aux métiers des mots. Et regrette l'exiguïté de la place laissée à la poésie dans les cursus.
Selon elle, il faut dire aux jeunes que les mots sont comme des notes de musique. Il y a des règles comme il y a le solfège. «Il faut donc s'entraîner comme on fait ses gammes, jouer avec les mots seuls ou ensemble comme on joue d'un instrument, et laisser les idées qu'ils induisent s'emboîter "mot à mot" pour composer une mélodie d'images et de sonorités verbales.»
Disponible en librairie pour une quinzaine de dollars, Autour de l'obscur est publié chez L'Hexagone, «une maison d'édition spécialisée en poésie, fondée par le poète Gaston Miron en 1953», rappelle la poétesse.
Enrico Granafei
Commentaire mis en ligne le 28 janvier 2009Je trouve la comparaison entre la musique et la poésie simplement genial. Il est vrai qu'il faut s'entraîner comme on fait ses gammes.Il est vrai qu'il faut apprendre les règles pour pouvoir jouer avec les mots.
Comme musicien et compositeur on fait ça tout le temps surtout quand on doit écrire les paroles d'une chançon, alors que la poésie à l'état "pur" est encore consideré comme un act de creation quasiment magique que l'on peut pas apprendre.
Il est bien de vouloir enseigner aux jeunes gens comment faire de la poésie, comment s'eprimer avec les mots sans avoir peur de le faire. Bravo Claudine